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Inipriuiéu eu 1730, jouéo eu

OU à un réalisme défïoûtant; elle se joue avec une séeurité trop cynique dans riniitation des nueurs mauvaises et ignobles. Les honnêtes gens Unissent par ne plus rire que du bout des lèvres et par demander autre chose. Or, au théâtre, dès qu'on ne fait pas rire, on ennuie, si l'on ne fait pleurer.

En même temps s'éveillaient dans les âmes des besoins nouveaux. La « sensibilité » naissait. On appelle de ce nom au xvin" siècle la rétlexigu. de rinteliigence sur les émotions, réelles OTï possibles, de la sensibililé.; c'est moins le sentiment que la conscience et suitout la ^loliou du sentiment. Une àme sensible est cèlle"qui comprend les occasions ou elle doit sentir, et qui produit avec le plus de vivacité possible toutes les actio\is extérieures qui répondent à ces occasions de sentir. De là cette promptitude, que nous constatons sans cesse, ti s'émouvoir sur des faits hypothétiques, ou sur des idées abstraites.

On voit poindre cette sensibilité à la fin du xvn'' siècle : la transformation morale et religieuse de la société en favorise le développement. Quand toutes les pensées de l'homme se rabattent vers la terre, le plaisir prend une valeur inlinie. Or dans une société énervée par l'excès de l'exercice intellectuel et la pratique de la politesse, le plaisir est dans le sentiment; on ne .sait plus agir. Mais, en même temps, dans cette société le sentiment est rare; il n'en devient que plus précieux, et transfère sa valeur à l'idée du sentiment, qui est son substitut ordinaire. Voilà comment aux environs de. 1700 on commence à trouver une singulière jouissance à épier en soi et autour de soi les manifestations sentimen-tales. C'est d'abord à propos de l'amour, de l'amitié, que ce goût s'exerce : puis la philosophie inonde les esprits; à la place de l'amour de Dieu, elle met l'amour de l'humanité; à la place de la nature corrompue, elle oflre la nature toute bonne. L'humanité, la natureVtous les lapports sociaux, toutes les actions sociales deviennent pour les âmes des occasions de vibrer avec intensité, ou de s'amollir délicieusement. Mais alors l'observation psychologique. disparait : la sensibilité commande certaines façons de voir et d'expliquer l'hoiiime.

Cette explication était nécessaire pour faire comprendre la naissance, le succès, la valeur des genres sérieux issus de la comédie, cl (|u'on a nommés ogmédie larmoyante et drame. Boursault, Destouches, Piron même avaient déjà mêlé quelques "scènes attendries ou émouvantes dans leurs pièces '. Mais personne encore n'avait posé en principe que le rire peut être absolument éliminé de

1. l)auà Esope à la cour ; daas le Glorieux, et daus les Fils iny^cata.

i rœuvre ç£n»«îtnT. La Chaussée • fit celte révolution. Dans le Pré- I ^gTa lu mode (173oi, il mêla encore quelques scènes comiques, assez mauvaises du reste, aux scènes pathétiques. Dans MtUanide (1741j, le palhélique régna seul. La Chaussée eut un immense succès : les femmes surtout, plus avides de sentiment, se déclarèrent pour lui. Vohaire, si classique, et qui .se moquait de La Chaussée et de son genre bdlard, se mil à faire des comédies larmoyantes *; mais il e.vigeait, assez puérilement, qu'on maintint le mélange du comique et du pathétique; il ne voulait pas du drame purement larmoyant.

C'était {)0urlant ce drame purement larmoyant qui se justiliait le ])lus aisément, et à qui l'avenir appartenait. Car un fait curieux se produisit. Dans les vives polémiques qui s'engagèrent, les partisans du nouveau genre et ses ennemis ne le comparaient pas ordinairement à la comédie pure, mais à la tragédie : de La Chaussée à Beaumarchais, le grand argument qu'on fait valoir en sa faveur, c'est qu'il est plus vrai, et plus moral que la tragédie, parce qu'il peint des personnages pareils à nous, dans des situations pareilles à celles où nous nous trouvons tous les jours. Si bien que ce genre, qui se détache de la comédie, aspire à remplacer, non la comédie, mais la tragédie.

Les œuvres de La Chaussée, gâtées par le romanesque des intrigues, par la fausse sentimentalité des caraclèiës, par la vairue ' boursouflure du slXTe, sont a' peu près illisibles aujourd'hui. Mais elles signalent un moment considérable dans T^iistoire do notre théâtre; elles marquent le point de départ de la comédie contemporaine. Les faiblesses, les impuissances de l'exécution n'annu- ; lent point l'importance de l'idée première. Laissant la peinture du • monde et des ridicules mondains, La Chaussée prend pour objet la vie intime, les douleurs domestiques : il développe les tragédies des existences privées, le mari libertin ramené à sa femme par la jalousie, le riche ou noble fds de famille épris d'une pauvre fille, le fils naturel en face de son p<re, etc. 11 pose, dans ces cas émouvants, les thèses morales qu'impose à son attention le conflit actuel

1. P.-C. Nivelle de la Chaussée, né à ^aris en 1691 ou 1692, d'une famille de ûiinn- (iei.s, fil imprimer en 1719 une critique anonyme des Fables de Lamolle; ruiné par le syslpme do Law, il eut pourtant de quoi vivre dans l'aisance. Il était des sociétés du comte de Livry, de Mlle Quinaull et du comte <'<>; Clermonl. 11 se Cl connaître à qniiranle ans f)!\r'\'Épflre de Clio contre les Ihéorius antipoéliques .le Lu Moite, et aborda le Ihéàire en n;« par la Fausse antipntliie. 11 donna ensuite le Pn'juiji' à la mode (i'iK,;, Mi-Umide {\'7i\), la Goia amante (ni*,, V Homme de Fortune {ll'ol. nu théâtre de kma il.; Pompadour, à Bi;nnviic). H mourut lu 14 mars i~bi. — ÉdiUon : 1~G2, 5 vol. in-12, Paris, Praull. —A consulter : G. Lansou. IVivclte de la Chaussée et la comédie larmoyante, Paris, 1887, in-1'2. F. Brunelière, Epoij. du th. fr., 12« conT.

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