‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 346 sur 504 · Béffxion sur la paix intérieure (H'ib), 2" part., ch. i · texte numérisé non relu

Béffxion sur la paix intérieure (H'ib), 2" part., ch. i

2. Elle écrit au début de sa Littérature ces lignes funestes : « L'épalité politique, principe inhérent à toute constitution philosophique, ne peut subsister que si vous classez les différences d'éducation avec encore plus de soin que la féodalité n'en mettait dans ses distinctiong arbitraires ». Il y a là en f;erme la lutte des classes; et ce conseil porto la bourgeoisie libérale à répéter la faute de la noblesse privilégiée du xviii' siècle. Cela aboutit à rendre suspect au peuple l'homme bien élevé autant que le propriétaire et le capitaliste : il sent peut-être plus le mépris qui le tient !• distance, que la richesse dont il est exclu-

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Quanta la religion, Mme de Slaël a cununencc par rindilTérence, par le vollairianisme : elle n'a pas du tout l'acceut religieux de Rousseau. Ce qui lui fera comprendre Rousseau, ce seront les Allemands : elle deviendra, dix ans avant sa mort, une chrétienne Tervente, hors de toute église et de toute confession : le duc de Broglie délînira son état « un latiludinarisme piéliste », c'est-à-dire un protestantisme libéral, très indépendant, très peu Ihéologique, plutôt mystique; celte religion est à la fois très rationnelle et très sentimentale. Toute son àme s'intéresse dans sa croyance, et la crise d'où elle sort « convertie « l'achève plutôt qu'elle ne la change. Son acte de foi est un acte hardi didéalisme romanesque : elle objective son enthousiasme. Dieu lui est nécessaire, afin que son elfort vers le bonheur n'ait pas été vain. Dieu, en son infinité, est bien cet objet d'amour infini qu'elle a cherché à travers tant d'expériences douloureuses. Puis elle s'est aperçue que ea philosophie était insuffisante : que l'art d'ennoblir la vie par des passions nobles n'était pas une règle sul(isante de vie, que le plaisir, même le plaisir de la pitié, n'était pas la vertu ni un fondement solide de vertu; et Kant lui a offert son postulat du devoir. Mais, en femme qu'elle reste toujours, l'impératif catégorique ne peut rester en elle à l'état de commandement intérieur, abstrait et formel : il faut qu'il se réalise; et du 'devoir, Mme de Staël passe à Dieu. Du jour où son esprit au-dessus du sentiment, conçoit la ■ loi morale, elle est chrétienne. Et la foi, chez elle, donne satisfaction à la raison : Dieu est pour elle la lumière qui éclaire l'univers et la rend intelligible. Dieu donnait à son esprit l'infini delà science comme à son cœur l'infini de l'amour.

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