‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 356 sur 504 · Mémoires, l. 1, p · texte numérisé non relu

Mémoires, l. 1, p

2. Je me reprocherais do ne pas citer cette ph^a^e de la lettre de René à Céluta ; ' « Je vous ai tenae sur ma poitrine au milieu du désert, dans les vents de l'orale,

lorsque, après vous avoir p.ntée de l'autre côté du torrent, j'aurais voulu vous poignarder pour tixer le bonheui' dans votre sein et pour me punir de vous avoir donné ce bonheur! »

902 LA LITTÉRATURE l'ENDANT LA JU.VuLL i'KiN ET L'EMI'IKE.

mes sentiments.... Je suis un pénible songe.... Je m'ennuie de la vie; Tennui m'a toujours dévoré; ce qui intéresse les autres hommes ne me louche point.... En Europe, en Amérique, la société et la nature m'ont lassé. »

Eudore nous révèle encore et toujours la même personnalité, assez délicatement localisée à l'aide des Confessions de saint Auf^uslin, où Chaleaubriatid trouvait une lotiue nislonque appropriée à son âme inquiète : mais à chaque instant la fiction se déchire, et 'Eudore découvre l'auteur. Ouvrons cet admirable sixième livre : « Plusieurs fois, pendant les longues nuits de l'automne.^lje me suis trouvé seul, placé en sentinelle, comme un simple soldat, aux avant-postes de l'armée. Tandis que je contemplais les feux réguliers des lignes romaines et les feux épars des hordes des Francs, tandis que, l'arc à demi tendu, je prêtais l'oreille au murmure de l'armée ennemie, au bruit de la mer et au cri des oiseaux sauvages qui volaient dans l'obscurité, je réfléchissais sur ma bizarre destinée.... Que de fois, durant les marches pénibles, sous les pluies ou dans les fanges de la Ratavie; que de fois à l'abri des huttes des bergers où nous passions la nuit; que de fois autour du feu que nous allumions pour nos veilles à la tète du camp; que de fois, dis-je, avec des jeunes gens exilés comme moi, je me suis entretenu de notre cher pays. » Et voilà à quoi sert d'avoir servi dans l'armée de Condé, septième compagnie bretonne, couleur bleu de roi avec retroussis à l'hermine ' ! Chateaubriand n'avait pas besoin de nous le dire; on sent que cette vie militaire a été vécue.

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