‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 365 sur 504 · Om commandant de la cavalerie-, et de l'Équitation · texte numérisé non relu

Om commandant de la cavalerie-, et de l'Équitation

4. C'est alors qu'il St sur le manuscrit de Longus la fameuse tache d'encre-, qui donna lieu à tant de débats.

Lanson. — Histoire de la Littérature française. 30

912 L'ÉPOQUE ROMANTIQÙB.

sances sur M. le Maire et de taquineries au curé, éclate celte jolie note champêtre : « Les rossignols chantent et l'Iiirondeile arrive. Voilà la nouvelle des champs. Apri'S un rode hiver ot trois mois de l'àcheiix temps, pendant lesquels on n'a jiu l'aire charrois ni lahoiirs, l'année s'onvre enlin, les travaux repreniKMit leur cours. » Sus paysans, ses vignerons, amoureux do la lorre, laborieux, rudes et simples, ont une sorte de grâce robuste qui évoque l'image des laboureurs attiques de la Paix : et lui-mùme s'est composé son personnage à demi idéal de vigneron tourangeau, tracassier, processif et bonhomme, d'une façon qui rafipelle le talent des logographes athéniens à dessiner les ligures de leurs clients. Le défaut de Courier, c'est qu'on sent trop cet art, et l'effort de l'écrivain : nous aimerions un peu plus d'abandon; et pourtant, en son genre, il fut un vrai artiste, et tout à fait original.

J. de Maistre et P.-L. Courier sont diversement, mais également classiques : Lamennais ' est un romantique, fils de Rousseau et de ChateaubriaiKl~;'TêT)5ion de VifrolTês lui disait que son génie était enfant de la tempête. An milieu de l'incrédulité révolutioimaire, Lamennais avait gardé sa foi : à vingt-deux ans, il faisait sa première communion, avec une grave simplicité de petit enfant. Slais s'il se sentait chrétien, il ne voulait pas être prêtre.;, il se fit ordonner sous la pression de son directeur et de son frère, dans une angoisse profonde. 11 se^évéla par un livre qui le plaça pour son début aux côtés de Chateaubriand et de J. de Maistre : l'Essai sur^ Vindifférencc en matière de religion. Il y combattait avec une âpre éloquence, à grands coups de logique et d'imagination, lalhcismo politique, celui qui fait de la religion un instrument de desp^sme pÔUî" lier le peuple, le déisme, qui croit fonder une religion dite naturelle sur la seule raisdh7 le p^rotestantisme et toutes les doc-

1. Biographie ; Ilngues-Félicilé-Robert de La Mcnnais (1780-1854), né à Sainl-Malo, prêtre en 1816, fonda avec Chateaubriand, Villèle et Booald le Conservateur. Il avait, dans un premier voyage à Rome en 1824, refusé le chapeau de cardinal que lui offrait Léon Xll ; en 183'2, Grégoire XVI le condamna. Les Paroles d'un croyant furent écrites en 1833, en quelques jours, à la Chesnaie, près de Dinan, où il s'était retiré. Il eut sons la Hestauration et sous la monarchie de Juillet de retentissants procès de presse. Après la révolution de 1848, il fonda un journal, le Peuple constituant, et fut élu député : il n'eut pas d'influence. 11 mourut sans se réconcilier avec l'Église. — Éditions: Essai sur l'indiff'éreitceen matière dereligion, Avn\. in-8, 1817-1S23 ; Paroles d'un croyant , 1.S34, in-8; Affaires de Rome, 1836, in-8-. Esquisse d'une philosophie, 4 vol. in-8, 1841- 1846; Amschaspands et Darvands, 1S43. in-8. Œuvres complèles, Paris, 1836-1837, 12 vol. in-8 ; Correspondance, publ. par E. Forgues, 1865, 2vol. in-8; Œuvres posthumes, publ. par A. Blaize, 1866, 5 v. in-8. Lettres int'dites à Montalemhert, publ. par G. Forgues, 1898. Lettres à Benoit d'Azy, p. p. Aur. Laveille, 1898. — A consolter : Sainte-Beuve, Portraits. Kenan, étude en tète du Livre du Peuple. Spuller, Lamennais, Hachette, 1892. P. Janet, la Philosophie de Lamennais, Hevue des Deux Mondes, 1889, 1" févr., \" et 15 mars. F. Brunetière, Lamennais, Revue des Deux Mondes, 1"' février 1893. A. Roussel (de l'Oratoire de Rennes), Lamennais, d'après des doc. inéd.^2 vol., 1893; ^amennai* intime, 1897; Boutard, Lamennais, sa vie el tes doctrine», 1905-1908, S vol.

trines latitudinaires, qui, reconnaissant une révélation, croient avoir le droit de choisir parmi les dogmes, de rejeter ceux-ci et de prendre ceux-là. Lamennais, attaquant l'individualisme et le principe de l'évidence cartésienne sur lequel il repose, plaçait la vérité dans le consentement universel, accord merveilleux dont une révélation de Dieu peut seule être cause, dont la tradition seule est la manifestation; et de la tradition, l'Église est dépositaire, le pape interprète et gardien. Tout s'attache à l'autorité du pape, et c'est une théocratie que Lamennais entend constituer.

Au contraire de J de Maistre, légitimiste avant tout, Lamennais est avant tout catholique. Il avait le gallicanisme en horreur, parce que, le voyant dans son temps, il n'y apercevait qu'un instrument de règne : cette Église d'État n'était à ses yeux qu'un athéisme politique. Quand il s'aperçut que l'ultramontanisme aussi se mettait au service du pouvoir, que le pape agissait en souverain temporel et liait sa cause à celle des rois, quand il vit par toute l'Europe le clergé se faire le gardien des principes légitimistes plutôt que des principes évangéliques, Lamennais rompit d'abord avec la légitimité; il devint libéral; il lui sembla que le règne de Dieu par l'autorité était actuellement impossible; il tâcha d'y revenir par la liberté', il chercha dans le développement complet de la liberté des garanties contre le despotisme et l'anarchie, et les conditions de l'ordre et de la vie sociale.

Il conçut l'idée hardie et féconde d'un catholicisme démocratique ^; il voyait dans les idées libérales et égalitaires un fruit lointain de l'Évangile, et si l'Église semblait actuellement tourner le dos à la société moderne, il croyait pouvoir l'en rapprocher par une originale conception de l'évolution du dogme ^, toujours immuable en son essence et en ses formules, mais susceptible de divers sens et d'applications diverses, selon les époques et les esprits. Il fonda en 1830, avec Montalembert/ et Lacordaire, un journal, Y Avenir, pour défendre le catholicisme contre la monarchie bourgeoise, matérialiste et athée selon la formule de V Essai. Il venait soixante ans trop tôt. L'Église ne le comprit pas. Lamennais, Montalembert et Lacordaire allèrent à Rome : un beau livre, les Affaires de Rome, sortit de ce voyage, et la rupture délinitive de Lamennais avec l'Église. Le pape l'avait reçu froidement et finalement le condamna : il était souverain temporel, et l'on était trop près de la révolution qui avait interrompu le culte. Lameunais se laissa circonvenir, se soumit, se rétracta; puis,

Page 1