‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 366 sur 504 · Avenir, 30 juin 1831 (X · texte numérisé non relu

Avenir, 30 juin 1831 (X

se relevant aussitôt, il lança ses admirables Paroles d'un croyant, qui lircnl une sensation profonde. C'était un livre apocalyptique, l'cril en versets, tour à tour violent et tendre, sombre et serein, où nulle doctrine positive ne se formulait, mais où éclataient toutes les tendances di-mocratiquos et socialistes de l'esprit évani,'oli(lue, une charité passionnée, douloureuse, révoltée contre l'État et l'Éf^liso oppresseurs des faibles.

Lamennais est un grand poète ' : il est peintre et prophète; tous ses écrits sont éclairés de paysages sobrement, puissamment décrits, avec un frémissement étrange de vie et de sensation. Lamennais, avant Hugo, et avec une profondeur de pensée, une flamme de passion, où Hugo n'a pas atteint, a été un étonnant visionnaire^, un grandiose créateur de symbolejj de formes tantôt pathétiques et tantôt fantastiques, qui donnent une force incroyable de pénétration à l'idée abstraite qu'elles revêtent.

P.-J. Proudhon ^ traversa le catholicisme : il en sortit vite. Il subit plus profondément l'intluence de Rousseau et, semble-t-il, celle de Hegel. Je ne sais s'il étudia directement l'œuvre du philosophe allemand : du moins lui doit-il sa méthode. Dans tout sujet, Proudhon pose la thèse et Vnntithèse, et cherche la sijntttèse. Thèse, communauté; antithèse progiriété : la ejjnthè'se se fera en retenant les élérnents utiles delà thèse et de l'antithèse, par la doctrine de l'auteur. Pareillement, thèse, liberté; antithèse, autorité; frynthêse, fédération. Ainsi procède Proudhon, faisant une œuvre qui avait chance de déplaire à tous les partis parce qu'il conservait quelque chose de toutes les doctrines : logicien vigoureux, écrivajn^passjonaé et parfois déclamatoire, théoricien réputé inconsistant, encore que sui' les choses essentielles il ait suivi une direction assez constante.

1. On aura une idée de son tour d'imai;ination par ce seul passage : « Les Bourbons re.'iennent, ils reparaissent au milieu d'un peuple nouveuu, enlourés des solennelles anliqunilles de l'ancien régime, de prélats anti-concordataires pleins des idées servili-s d'autrefois, ennemis de tout ce que n'avait pas vu leur jeunesse, fiere de n'avoir rien appris depuis quarante ans; de vieux abbés dont l'ambition moisie dans l'exil infectaii li's antichambres du Château ; de vulots aux genoux d'autres valets : tout cela R<' remuait et fourmillait à la cour dos IJIs de Louis XIV, connue des vers dans un cndavre. • (XII, 262.)

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