ORATEURS PARLEMENTAIRES
Il y eut sous les deux monarchies constitutionnelles un grand développement d'éloquence. Le système électoral, souvent modifié dans ses détails par des lois de circonstance, demeurait en général organisé, de façon qu'il ne laissait arriver à la Chambre que des bourgeois de la classe aisée, gens de belle tenue et d'intelligence cultivée, qui avaient le goût des idées claires et prenaient plaisir à suivre les exercices de la parole : la Chambre des pairs était, par définition même, une sélection des classes supérieures *. Le
1. Inutile de distinguer les nobles des bourgeois; le savoir-vivre et réduoalion, établissent, en dépit des préjugés et des rancunes, l'assimilation de la noblesse et de la bourgeoisie, en face du peuple. Au reste, les oraleurs des prétentions nobi- . liaires, dans les deux Chambres sont presque toujours des robins, c'est-à-dire des bourgeois, d'origine ou d'éducation. — A consulter : Chabrier, les Orateurs politiques de la France, 1.888, in-16; J. Reinach, le Conciones français, Delagrave, 1893, in-12; Cormenin, le Livre des Orateurs, 1836, in-8.
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romantisme ne pénétra guère dans l'éloquence parlementaire avant 1848 : sous la Ilestauralion, Chateaubriand apporta parfois à la tril)une ses vastes images, le superbe étalage de son moi mélancolique. Sous la monarchie de Juillet, Lamartine fit chanter son àme en harangues lyriques. Mais la plupart des graves et sérieux bourgeois qui abordaient la tribune, les libéraux notamment, étaient des hommes de goût classique, formés à l'école du xviii^ siècle et des idéologues, nourris de Voltaire et de Montesquieu, philosophes, juristes, dialecticiens, de sensibilité médiocre ou restreinte, d'imagination froide, et plus que modérément artistes.
Les débats parlementaires eurent plus d'ampleur sous la Restauration : en toutes circonstances éclatait le conflit de deux mondes, de deux sociétés; il s'agissait de conserver ou de détruire l'œuvre de la Révolution. Sans cesse, il fallait recourir aux principes de l'ancien droit, ou du droit nouveau, les expliquer, les fondre, les dissoudre, rechercher le sens des grands événements d"où le présent était sorti, et dresser comme des inventaires de leurs résultats moraux ou sociaux. Il se faisait journellement à la tribune de vastes leçons de philosophie historique ou politique.
Les orateurs légitimistes n'ont pas de quoi nous retenir : et pour certains, je le regrette. J'aurais aimé à présenter cet admirable Hyde de Neuville, si héroïque, si dévoué et, ce qui est plus rare, ,si clairvoyant dans son dévouement aux Bourbons ' : mais il ne fut pas orateur. Au contraire, parmi les libéraux, les orateurs illustres sont en nombre. Je sacrifie sans regret celui que V. Hugo appelle « l'éloquent Manuel » : il serait, je pense, oublié, avec son éloquence pâteuse, si les « mains auvergnates " du vicomte de Foucauld ne l'avaient « empoigné » dans un jour de scandale *. M. de Serre et le général Foy ' valent mieux : M. de Serre, avec ses précisions subtiles et pressantes, ses audacieux raisoimemenls de légiste, son froid jugement d'homme de gouvernement, savait user a