Souvenirs, Pion, in-8, t. III, 1S
2. Séaace du 4 mars 18-33. Manuel (I775-1S27), répondanl à Cbaloaubriand sur la guerre d'Espagne, avait paru faire l'apolopie de la condamnalion do Louis XVI. L'expulsion fut discutée les 9 et 3 mars, et votée. Le vicomte de Foucauld commandait les (îendarmcs requis pour faire exécuter le vole.
3. Le comte do Serre (111&-IS21), Lorrain, émigré, ofûcier de l'armée de Coodé, rentré en 1802, avocat à Metz, puis m«i:islrat impérial, suivit Louis XVIll à Gand, fut président de la Chambre on 1817, niiiiislro de la justice en 1818 et 1821, ambassadeur à Naples en 1822. Il s'était séparé des libéraux en iS2Q. Discours, 2 vol. iu-8, 1865. — Le comte Max.-Séb. Foy (1775-1825), général do division eu 1810, député de l'Aisno en 1819, do Paris en 1.824 : il se donna pour rûle principal de défendre dans leur réputation et leurs intérêts colloclifs ou individuels les aacieos soldats do la Révolution et de l'Empire. Discours, 2 701. in-8, 1836.
l'occasion des effets sentimentaux, et produire cette éloquence ronflante ou grondante que trop souvent les magistrats sont enclins à prendre pour le sublime. Le général Foy, sous un luxe d'images dont l'éclat a fané, et sous de grands mouvements dont l'accent paraît ampoulé aujourd'hui, cachait une remarquable force desprit, une rare audace d'invention oratoire qui se marquait surtout dans la position des questions : on peut voir, à propos du milliard des émigrés, avec quelle franchise d'attaque il établit son argumentation sur Je terrain le plus dangereux.
Laissons aussi Camille Jordan *, un survivant de la Révolution, le clair et prolixe orateur des Cinq-Cents, qui n'apprit jamais à être court, mais dont l'abondance était souvent relevée d'une alerte ironie; laissons le duc de Broglie qui taisait à la Chambre des Pairs son apprentissage de doctrinaire. Nous retrouverons bientôt Guizot, qui fournissait au maréchal de Gouvion Saint-Cyr le beau discours sur la loi militaire de 1818. Deux orateurs dominent l'éloquence parlementaire de la Restauration : Benjamin Constant et Royer-Collard.
Benjamin Constant ^ fut de ces hommes à qui le public ne marchande pas l'admiration, et qui n'obtiennent jamais pleinement sa confiance ou son respect. Il avait l'àrae inquiète, profondément personnelle, avide de plaisirs et de sensations, l'imagination ardente et mobile, l'esprit souple, vaste, actif, lucide : joueur incorrigible, amant toujours passionné et prompt à changer, causeur étincelant, homme d'État inconsistant, déroutant l'opinion par de soudaines
1. Camille Jordan (1771-1821), Lyonnais. Discours, in-8, 1826. — Le duc Victor de Broglie (1785-1869), gendre de Mme de Staël, fut un des principaux doctrinaires, plusieurs fois ministre sous Louis-Philippe : Écrits et Discours, 1863, 2 vol. in-8; Souvenirs, 4 vol. in-S, C. Lévy.
2. Biographie : B. Constant de Rebecque (1767-1830), né h Lausanne, reprit la nationalité française comme descendant de famille française réfugiée en Suisse après la révocation de l'édit de Nantes, membre du Tribunat après le 18 Brumaire, exclu comme opposant avec Chénier et d'autres, fut très lié avec Mme de Staël et l'accompagna en Allemagne et en Italie; ministre de Napoléon aux Cent-Jours, journaliste libéral sous la Restauration, député en 1819. Louis-Philippe lui donna, en 1830, 100 000 francs pour payer ses dettes. — Ses grands ouvrages sur la religion ont été sans influence : Constant y considère surtout le sentiment religieux comme fait psychologique et social; l'époque n'était guère favorable à une telle étude.
Éditions : Adolphe, 1816, in-12. De la religion considérée dans sa source, ses formes et ses développevients, 1824-1831, 5 vol. in-8. Du polythéisme romain considéré dans ses rapports avec la philosophie grecque et la religion chrétienne, 1833, 2 vol. in-8. Discours, 1828, 2 vol. in-8. Mélanges de littérature et de politique, 1829, in-8. Œuvres politiques, in-12, 1874. J. -H. Menos, Lettres de B. Constant à sa famille Paris, 1888. (Mme Lenormant), Z^e^res de B. C. à Mme Récamier, in-8, 1821. Lettres à Mme de Charrière, Revue de Paris, 15 oct. 1894. B. Constant, Journal intime et lettres à sa famille et à ses amis, piibl. p. Melegari, 1895; Le Cahier rouge, 1907. — Aconsulter: E. V&^nei, PolitiqKe'i ctinoralistes duwx." siècle; lady Blennerhassett, Mme de Staël, passim et iinlamnient t. II. eh. iv; G. Rudler, la Jeunesse de Benja~ min Constant, 1909; Ph. Godet, Mtne de Charrière et ses ama, 1906, 2 vol.
volle-lace. Il avait une redoutable faculté d'analyse, qu'il exerçait sur lui comme sur les autres : il est impossible de s'observer soimême plus exaclemcnt, de se jufier d'une vue plus nette qu'il n'a fait dans son Journal intime et dans ce roman d'Adolphe qui est un des cbefs-d'œuvre du roman psychologique.
Cette clairvoyance aiguë ne lui a pas servi à mettre plus d'unité dans sa vie: mais, en dépit de ses incohérences, il avait des principes très arrêtés. Sous tous les gouvernements, depuis le consulat ■ 1 de Bonaparte jusqu'à la monarchie de Louis-Philippe, il apporta r*1 le même programme. 11 était foncièrement individualiste : son ' libéralisme était une défense de l'individu contre l'Étal. Il voulait un gouvernement fort, pour protéger l'individu contre toutes les forces capables d'en gêner l'expansion, mais un gouvernement limité, si je puis dire, pour ne pas gêner lui-même ou opprimer l'individu. C'étaient les droits de l'individu qu'il défendait dans les principes de la Révolution, dans les libertés et les garanties octroyées par la Charte. Il mettait au service de son irréductible individualisme une parole incisive, nerveuse, volontiers insolente, dissolvante des idées et meurtrière aux personnes. ~ ^~~" Royer-Collard ' réservait ses coups de boutoir pour les conversations de couloir et les relations personnelles. D'un mot il décousait les réputations et les amours-propres. A la tribune, sérieux, austère, calme, il ne connaissait que les idées. Il avait débuté dans l'éloquence politique aux Cinq-Cents : le Consulat l'avait réduit au silence, et l'Empire en avait fait un philosophe. 11 avait inventé le nouveau spiritualisme, philosophie oratoire, libéralisme philosophique, juste et commode doctrine bien taillée sur l'intelligence et les intérêts du bourgeois français. Cette philosophie, si cruellement analysée par Taine, éleva Royer-Collard au-dessus du niveau commun des bons orateurs, lorsque la Restauration le rendit à la vie politique. Sous la monarchie légitime, il professa la Charte avec un remarquable talent. 11 avait une rare puissance de raisonnement, une clarté et une précision de termes qui rappelaient les maîtres du xvn' siècle, une plénitude de développement qui saisissait .les esprits; et parfois son austère parole était illuminée de sobres images. 11 ne remuait pas les passions, il n'enchantait pas
1. Biographie . Pierre-Paul Royer-Collard (1763-i845), né à Sompuis (Marne), avocat, secrétaire de la première Commune de Paris, dépiilé aux Ciaq-Cenls, exclu au iS Fructidor, fut nommé en 1811 professeur d'histoire de la philosophie moderne à la Sorbonne. Il combattit l'école de Condillac et le sensualisme, et suivit 1-leid et les Écossais. Député de la Marne sous la Kestauralion. élu en 18'27 par sept collèges électoraux a la fois, il s'effaoa après 1830. — A consulter : Vie politique de M. Royer-CoUard, ses discours et ses écrits, publ. par M. de Barante, 1861, 2 vol. in-8. H. Taine, /'bitoso/ihes français du \\x' s. Fafruet, Politiques et moralistes du XiX' s. L. Séché, les Derniers Jansénistes. Spullcr, Royer-Collard, 1895, in-16.
les fantaisies : il emplissait les esprits. Il avait, à force de certitude intime et de lumière épandue, l'autorité.
Inventeur en théorie politique comme en philosopliie spéculative, il était chef d'École à la Chambre, et ses élèves s'appelaient les Doctrinaires, d'un mot qui peint à merveille leur esprit commun. De cette école sortirent les principaux hom.mes d'État de l'orléanisme. Mais le maître était irrémédiablement légitimiste : la légitimité est une pièce essentielle de la doctrine. Il lui faut une dynastie séculaire pour avoir un droit royal avéré, indiscutable : autour de ce droit, le limitant et le soutenant de leurs droits, il dresse les deux Chambres, et il forme ainsi le gouvernement, en qui, et en qui seul, il place la souveraineté *. De chaque côté de cette souveraineté, pour en assurer le jeu et en restreindre l'abus, il institue l'inamovibilité des juges 2, représentation de l'éternelle morale, et la hberté de la presse ^, représentation de l'irrésistible démocratie. Voilà ce que Royer-Collard expliquait en nettes formules, dans d'incomparables leçons, rappelant toujours toute discussion aux principes, et déduisant de la Charte toute doctrine, comprenant bien au reste son temps, et les deux grands faits, non pas créés, mais dégagés par la Révolution * : la lourde centralisation administrative, et la vigoureuse expansion de la démocratie. Enfin, il est du petit, bien petit nombre des orateurs qui n'ont pas vieilli, et qui se lisent vraiment avec plaisir : cela tient à la belle fermeté de son style, aussi grave et moins triste que celui de Guizot.
L'éloquence parlementaire eut de beaux jours sous la monarchie de Juillet. Mais, en général, les discussions s'abaissent. Le libéralisme, en triomphant, se dépouilla de sa générosité, et se fit le défenseur des intérêts, de l'influence, des préjugés d'une classe, avec laquelle il identifia le pays. « L'esprit particulier de la classe moyenne, écrit M. de Tocqueville °, devint l'esprit général du gouvernement; il domina la politique extérieure aussi bien que les affaires du dedans : esprit actif, industrieux, souvent déshonnéte, généralement rangé, téméraire quelquefois par vanité et par égoJsme, timide par tempérament, modéré en toute chose, excepté dans le goût du bien-être, et médiocre... » L'éloquence se ressentit, ainsi que le gouvernement, de cet esprit étroit et positif. Trop souvent même, les intérêts personnels passèrent au premier plan; et