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Noces et festins; V Aurore

9ûO L'Él'OQUE ROMANTIQUE.

travers duquel le poclc mms lait surgir queliiue vasle conceptioa de sa pliilosoj)liie peisoiitielle.

Les lliyons et les Uinbics (184U) nous offronl un pareil mélange. Ce recueil nous fait rélro^'r.uler jusqu'aux Orientales ou aux Ballades par certaines pièces; d'autres font pressentir la grande inspiration humanitaire des Mis('mlilcs* . Car le poète, plus que jamais, aflirme sa mission : il est l'étoile qui guide les peuples vers l'avenir. 11 se remet à prêcher sur les événements du jour, tantôt gravement moral, ou amèrement satirique, et penché sur les petitesses du monde. Çà et là quelques chefs-d'u'uvre : des souvenirs des Feuillantines, charmants de pittoresque ému; la Tristesse d'Otympio, si paisible en somme et si peu désespérée dans l'antithèse de nos joies éphémères et de réternelle impassibilité de la nature, presque consolée par le déploiement

des formes magnifiques Que la nature prend dans les champs pacifiques,

et surtout par rinépuisable douceur du souvenir, enRn cette fantaisie. Écrit sur lu vitre d'une fenêtre flamande où l'artiste se plait à montrer par un court et triomphal exemple ce que son imagination sait l'aire des mois et du r) tlime.

Après 18iO, le poète se tail pour treize ans. Incertitude dans l'inspiration, maîtrise de lajaj^ture, réelle mais élioile sensibilité, inaptitude et préletilion à penser, puissance de suggestion et d'ébranlement, don des sensations originales et précises, don d'agrandissement fantastique de la sensation réelle, voilà ce que le poète a révélé jusqu'ici. Il a fait assez pour étie un maître : aujourd'hui que nous voyons se dérouler toute son œuvre, nous apercevons qu'il tâtonne encore et cherche ses voies. 11 n'est pas encore la voix du peuple : il n'a pas encore capté, pour remplir sa poésie, un des grands courants du siècle. De catholique légitimiste il est devenu libéral : mais à peine le souflle démocratique de 1830 l'a-t-il eflleuré : ses instincts humanitaires restent hésitants, suspendus, épars; il s'est laissé attachera la dynastie de Juillet, il a accepté d'être pair de France. Eu 1848, sous la Hépublique, il fera bonne tigure à droite, soutenant d'abord le prince Louis Bonaparte : il viendra à l'idée républicaine et démocratique très tard, presque à la dernière heure, en 18jO. Alors il tient l'inspiration qu'il lui faut pour soutenir sou imagination et pour être par surcroit l'idole d'un peuple pendant trente ans.

i. Les /Jeux (jiiitares, Rencontre. Et Oceano nox est l'abstraction gcntimcDlalo qui dovioudra le récit épiqiio des Pauvres Gens.

Avant 1850, il faut bien noter que V, Hugo donne peut-être moins sa caractéristique par la poésie que par le roman et le théâtre. Dans le roman, il était un romantique de la premîeréTieure"par Han d'Islande (1823), contemporain des Odes classiques : puis il avait fait Notre-Dame de Paris. Mais la poésie dramatique surtout l'avait mis en renom : de Cromwctl (1827) aux Burgraves (1843) on peut dire qu'il lui consacra les plus vigoureux efforts de son génie. Enfin, dans le Rhin (1842), il avait donné par la prose un pendant aux Orieiîtales : sensation celte fois, et non plus rêve, vision réelle des choses, et suggestion d'images par leur immédiate impression. Dans toutes ces œuvres, les grandes facultés de l'artiste trouvaient leur exact emploi : toutes les formes du monde extérieur, nature et histoire, se laissaient évoquer par son imagination vigoureuse, ordonner en vastes ou pittoresques tableaux, où sa « pensée » profonde élisait des symboles, sans que la médiocrité, le vague ou la banalité de cette pensée eussent d'importance. Les genres ou thèmes objectifs convenaient à ce tempérament plus riche de formes que de fond; ces romans, drames, voyages, mettaient V. Hugo sur la voie du lyrisme épique. En un sens, Notre- Dame de Pains et les Burgraves sont les deux premiers chapitres de la Légende des siècles.

V. Hugo » s'achèvera, s'épanouira précisément à l'heure où le naturalisme recueillera la succession du romantisme : c'est alors qu'il donnera la mesure de son génie, et que nous essaierons de le définir tout entier.

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