‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 409 sur 504 · ItOMAN LYRIQUE : GEORGE SAND · texte numérisé non relu

ItOMAN LYRIQUE : GEORGE SAND

Le romantisme lyrique, considéré comme l'expansion d'une sentimentalité ejfrénéé et de tous ces états extrêmes dont Chateaubriand et Byron donnèrent les modèles, s'exprima surtout dans le roman par George Sand '.

Aurore Dupin commence à écrire vers 1831, lorsque, séparée , de son mari, elle doit se procurer des ressources pour vivre. Elle rend vile célèbre son pseudonyme de George Sand : Indiana parait en 1832 et Lélia en 1833 Dès lors, elle ne s'arrête plus : chaque année, pendant quarante ans, elle donne un ou deux romans, des nouvelles, des récits biographiques ou critiques. Sa

1. Biographie Aurore Dupin, ajrièce-petite-fille du maréchal de Saxe, née en 1804, est élevée en Berry, ptris au couvent des Anglaises, d'où elle revient à Nohant, déjà mélancolique, dégoûtée de la vie, au point qu'elle a des velléités de suicide. Mariée à M. Dudevant, elle s'en sépare, ayant deux enfants. En 1831, elle vient vi\Te à Paris (cf. p. 961, n. 1). En 1839, elle se fixe à Nohant, d'où elle ne sortira plus guère que pour quelques voyages. Ceux qui l'y ont vue, la peignent hospitalière mais peu démonstrative, point bavarde, nonchalante, écoutant et comme ruminant ce qu'on dit, jardinant avec plaisir, et dirigeant avec passion son théâtre de marioa- , nettes. Elle mourut en 1816. — Éditions : Romans et nouvelles, Calmann Lévy, 84 vol. in-18. Mémoires, souvenirs, impressions, voyages {Histoire de ma vie, 1855, etc.), 8 vol. } in-18. Théâtre, 4 vol in-18. Théâtre de Nohant, 1 vol. in-18. Correspondance, 1882-84, ( 6 vol. in-18. — A consulter : Caro, George Sand (coll. des Gr. Écr. fr.), 1887, p E. Faguet. XIX' siècle. H. Amie, Mes soucenirs, 189>. P. Mariéton, G. Sand et A. de Musset, Paris, 1897. S. Rocheblave, Lettres de G. Sand à Musset et à Sainte- Beuve, Paris, 1897, in-18; G Sand et sa fille, 1906. in-16, W. Karénine, G. Sand. 1899-1901. 3 vol DouHiic, G. Sand, 1909.

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vie n'est plus qu'un prodij-'icux labeur d'/'crivain. J'ai tort de dire labeur . elle s'est découvert, quand elle s'est mise à écrire, une inépuisable facilité. Souvoiit elle ne sait pas où elle ira, lorsqu'elle s'assied à sa table pour commencer un roman : les incidents, les sentiments naissent les uns des autres, se suscitent et s'en;,'rènent dans son imagination; elle n'est que le spectateur et le rédacteur d'une ai'lion qui se développe en elle, sans ello.

Ce système, qui n'en est pas un, a ses inconvénients : le pire est la prolixité, quand on n'a pas marqué d'avance le terme où l'on doit arriver, il n'y a pas de raison pour s'arrêter; il n'y en a pas non plus pour borner l'étendue de chaque partie, par son rapport à un ensemble qui n'existe pas. Il arrive aussi que les caractères se déforment au courant de l'histoire, ou qu'un récit entamé d'enthousiasme avec une robuste allégresse se traîne péniblement après les premières étapes, sans que l'auteur, qui a marché au hasard, puisse naturellement ni continuer ni finir.

A son exercice littéraire George Sand apportait une intelligence plus vive qu'originale, plus apte à refléter qu'à produire des idées, toute soumise aux impulsions de la sympathie et de l'imagination. Aussi, selon ses lectures, ses fréquentations et ses états de sentiment, distingue-t-on dans son œuvre trois courants, ou trois sources d'inspiration, qui y caractérisent trois périodes successives.

Élève de Rousseau, gagnée par la fièvre romantique, blessée par la dure expérience de son mariage, elle fait l'amour souverain et sacré, sans mesure et sans frein; elle condamne la société qui opprime la passion par l'intérêt, la raison et la loi Elle écrit des romans débordants de lyrisme, d'idéalisme, de romantisme, Indiana (1832), Lélia (1833 ; éd. complétée 1839), Jacques (1834). Dans Mmtprat (1837), le thème lyrique s'enveloppe et se tempère d'une sorte de restitution historique : dans ce décor xvin« siècle, le romantisme de 1830 semble retourner à ses origines, à la sensibilité de la Nouvelle Hcloise; il y a plus d'objectivité, de calme impersonnel dans cette peinture de l'amour matant, polissant, affinant une brute sauvage.

Puis la vue de George Sand s'élargit : un peu apaisée par sa liberté reconquise, elle regarde hors d'elle-même, et sa sympathie cherche d'autres objets que les affaires ou les états de son propre cœur Lectrice des philosophes du xvin* siècle, amie de Barbes, de Michel (de Bourges), de Pierre Leroux, de Jean Beynaud •, et surtout bonne, d'une bonté immense et profonde, elle adopte la religion de l'humanité. Elle se fait çocialiste, à la façon de ce

1. Très liée aussi avec Ledru-Rollin, ello rf'dige en IS-JS le Bulletin de la République, journal du Ministère de l'IntéMear.

temps-là, d'un socialisme doux, sensible, déclamatoire, volontiers mystique. Elle écrit alors le Compagnon du tour de Finance (1840), Consuelo (1842), le Meunier d'AngibauU (1845), le Péché de Monsieur Antoine (1847); elle crée un roman social et humanitaire, où elle expose son rêve d'un âge d'or, entrevu dans l'avenir, établi par l'égalité et la fraternité, et par la fusion des classes. Le difficile problème de cette fusion est résolu — avec une facilité un peu naïve — par l'amour : un beau et génial jeune homme, ouvrier ou paysan, aime une belle et parfaite demoiselle, noble et riche f ils se marient, et voilà les classes fondues. Rien de plus romanesque, parfois de plus fantastique que ces histoires d'amour, ^aversées de déclamations philosophiques et d'exposés souvent bien verbeux de théories égalitaires.

Enfin, élevée à courir par les trames du Berry, elle a appris de toute la httérature depuis Rousseau la valeur littéraire des impressions qu'on ramasse au contact de la nature. Déjà, dans tous ses romans précédents, on trouvait des paysages charmants, et George Sand s'était révélée comme un grand peintre de la nature. En pleine éruption de roman socialiste, par une évolution imprévue, elle revient à son Berry, s'y renferme, et se met à décrire les aspects de sa chère province, des scènes rustiques toutes simples, sans éclats de passion ni tapage de doctrines : elle écrit la Mare ', au Diable (1846), la Petite Fadette (1848), François le Champi (1850), '^ qui sont les chefs-d'œuvre du genre idyllique en France, avec ' leurs paysans idéalisés, et pourtant ressemblants, leurs dialogues délicats, et pourtant naturels'. Ce n'est pas la réalité : mais c'est \ une vision poétique qui transfigure la réalité sans la déformer. --

A ces trois périodes de la vie littéraire de George Sand est venue s'en ajouter une quatrième, dans sa vieillesse sereine et souriante. Elle se met à conter des histoires, comme une aimable grand'mère qu'elle est : elle traite fe public comme son enfant; elle lui offre Jean de la Roche (1860), le Marquis de Villemer (1861), des idylles bourgeoises ou aristocratiques, de beaux récits d'amour sans brutalité, encadrés dans des paysages qu'elle va étudier sut place, d'après nature, prenant plaisir à sortir de son Berry et à caractériser d'autres provinces. Parfois elle s'enfonce dans le passé, et elle nous conte avec bonheur, un peu verbeusement, son rêve d'un xvii« siècle précieux, galant, et généreux, un rêve formé d'après]' Asti'ée-.cesontlesBeaux Messieui's de Bois-Doré (iS^S) .

Nous pouvons laisser de côté les théories politiques, sociales et philosophiques de George Sand : elles attestent la force de ce grand courant d'idées humanitaires, démocratiques et sociaUstes

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