‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 458 sur 504 · CHAPITRE UNIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE UNIQUE

1. Élal général du milieu lilléraire el social. Fin du naturalisme. Influences étrangères. Malaise moral et tendances sociales. — 2. Les genres et les œuvres : la critique. M. Brunetière et la doctrine de l'évolution. M.\I. Faguct et Lemaitre. F. Sarcey. La crise de la crilique. — 3. Le roman. Renouvellement de MM. Zola et France. M.VL Barrés, Hod, .Margueritle, Marcel Prévost, Paul Adam. Renaissance du roman historique. Vogue du roman social. — 4. Le théâtre. .M. Hecque. Échec du théâtre naturaliste. Le Théâtre-Libre. .MM. dn Cnrci, de Portoriche, Brieux, Donnay. Hprvipn MM. Lemailrc et lio-^ianti — 5. Poésie. M. de Heredia. Le mouvement symboliste et sa significalion. Mallarmé el Verlaine. M. Henri de Régnier. M.M. Moréas, Rodenbach, Vcrhcoren, etc.

Noire étude doit demeurer sans conclusion : les faits sont trop près de nous et nous ignorons trop ce qui sera demain pour qu'il nous soil permis d'arrêter en quelque sorte le compte de la littérature à l'année 1900. Nous ne saurons la valeur de ce qui est que par ce qui sera, et en viendra : et il serait bien imprudent de porter un pronostic précis sur ce que le vingtième siècle réalisera.

Mais sans prétendre juger les œuvres d'aujourd'hui ou d'hier comme fixes ou complètes, nous pouvons nous en figurer assez nettement le caractère el la direction : d'autant, que, par une heureuse rencontre, nous sommes évidemment placés à un point de partage, ou, si l'on veut, à un tournant de la littérature. Nous sentons bien que quelque chose vient de finir, et nous commençons à entrevoir plus distinctement ce qui commence.

1. G. Pellibsier, le Mouvement littéraire contemporain, 190!.

i. ÉTAT GÉNÉRAI. DU Mlt.lFJ' LITTÉRAIRE ET SOCIAL.

Le fait capital, cri litléraliiro, est ce qu'on a appelé la banqueroute du aaluculisiue. L'école de M. Zola, qui re^'.irdail ptnSTîffs lliéories que ses (ouvres, s'est perdue dans riusigiiiiiance et dans la {,'rossièreté. Tout caractère d'art et toute poésie ont disparu des productions de ses disciples. Un moment est venu où les meilleurs parmi les jeunes naturalistes ont senti le besoin de safTraiichir : ils ont pris le premier prétexte de lâcher le maître'. SI le naturalisme n'existe ])lus, rien ne le remplace encore. Chacun va de son côté, innove, imite, selon son tcmfiérament intime on son affection actuelle. Des symptômes de reli;:;iosité apparaissent, une certaine soif de mystère, d'incompréhensible. Les uns vont se satisfaire aux confins de la science, dans les phénomènes anormaux, d'apparence irrationnelle, insuffisamment expliqués ou établis : hallucination, iiypnotisme, maladies de la personnalité, télépathie, etc. D'autres exploitent — avec quelle sincérité? — les sciences occultes, astrologie, magie. D'autres prennent pour thèmes les phénomènes psychologiques du mysticisme et de l'extase religieuse. Par réaction contre le naturalisme, on a fui les réalités Unies, les idées définies; le symbolisme, qui en poésie a succédé à l'art Parnassien, a semblé un moment vouloir étendre sa domination sur tonte la littérature; mais voici que déjà la fièvre symboliste semble se calmer, et la mode se retirer de ce mouvement.

À celte dissolution du naturalisme et a l'absence d'une doctrine dirigeante, se lie cet autre fait que l'on est allé chercher au dehors des formules et des modèles d'art. Depuis 1880 la Ijlféralure française a reçu de l'étranger certainement plus qu'elle ne lui a donné. Toutes les littératures européennes ont versé dans lu nôtre leurs œuvres et leurs influences. L'Angleterre nous a donné d'abord sa George Eliot-, puis la Russie son Dostoïevski ^ et son Tolstoï* : et

1. Apres la Terre (1887). Le prlocipal de ces dissidents est M. Paul Margueritle.

-2. G. Kliot (1819-1880) : Adam Bede, 1859, trad. 1861 et 1886; le Moulin sur la Floss, 1860, tr. ISST; Silas Marner, 1861, Ir. 1885-1889; Daniel Deronda, 1876, tr. 1881.

.3. Dostoïevski (1821-1881); Crime et Châtiment, tr. 1884; Souvenir de la maison de morts. Ir. 1886; Krotkaia, tr. 1886; les Possédés, tr. 188G.

4. Léon Tolstoï (né en 18-28) a renonce ;i la lilléralure d'art et s'est fait, en deliors de tout dogmatisme confessionnel, l'npnLre de l'Kv.incrile; par le livre et par sa \ie, il a enseigné la justice, riuimilité, la pitié, l'amour. Le saint-synode orthodoxe l'a récemment excommunié (1901). L'influence do son christianisme ./lémocratique et philanthropique a été très grande sur notre littérature. Au comte Léon Tolstoï doit surtout se rapporter l'esprit nouveau, plus largement philosophique et plus profondément humain, que je signale ici dans nos rofnans et notre IhéAlre. — La Guerre

sont vet)us ensuite les Sc.indinaves, avec leur Ibseii.' et leur Bjœrnslieriie r>j(ernsoii -. L'Allemagne nous a envoyé le romancier Sudcrmann ' et le dramaturge Hauplmann^, sans parler de son apocalyi>lir|iic Nietzsche-^; l'Italie, d'Annunzio* et Fogazzajo.'. Nous nous sommes même avisés qu'une renaissance du roman s'opérait dans la léthargique Espagne, et les noms de Percda, de PerezGaldos, de Pardo Hazan **, de Hlasco Ibanez, ne nous sont pas fnconuus. Puis une incarnation de l'àme anglaise, combien dilt'érente de celle que nous offrait George Kliol, s"est manifestée à nous par le romancier impérialiste, Rudyard Kipling-', et du côté de la Russie, derrière le vieux Tolstoï, s'est levé le jeune Gorki '", pendant

et la Paix, 1872, Ir. 1880 et 1885; Anna Karéniîie, 1877, tr. 1885; Ma religion, Ir. 1885; les Cosaques, Souvenirs de Sébastopol, Ir. 1887; la Puissance des ténèbres, drame, Ir. 1887; Souvenirs, tr. 1887; la Sonate à Kreutzer, Ir. 1890; Qu'est-ce que l'art .' Ir. 1898; liésarrection (3 parties), tr. 1900. — A constilter : Melrhior de Vogué, le Roman russe; E. Dupuy, les Grands maîtres de la liltéralure russe au A'/A'" siècle.

1. Henrik Ibsen (ué en 18J8) ; les Hevenants, AJaison de poupée; le Canard sauvage; Bosmersholm, Hedda Gabier, voilà les cinq pièces supérieures; la Dame de la Mer, Un Ennemi du peuple, Solness le Constructeur, le Petit Eyolf, Jean Gabriel Borkmann, Quand nous nous réveillerons d'entre les morts, œuvres plus inégales, avec des parties de premier ordre; Empereur et Galiléen, les Prétendants à la couronne, les Guerriers à Helyoland, les Soutiens de ta Société, l'Union des Jeunes, la ('omédiC de l'Amour, œuvrifs de jeunesse, ou de tâloQiie[iienl, ou manquées; Brand et Peer Gynt, deu\ poèmes puissants en forme dramatique : le second délicieux parfois de fantaisie ironique. Kn tout 12 vol. in-18 de 1889 à 1900. — A consulter : A. Ehrard, H. Ibsen et le théâtre contemporain; i. Lemaître. Impressions de théâtre; G. Larroumet, Nouvelles études de littérature et d'art, 1894.

2. Rjœrnslierne Bjœnison : les Voies de Dieu, roman. Drames ou comédies : le Boi; le Journaliste; Un Gant; et les chefs-d'œuvre: Une Faillite, 1893; An delà des forces humaines, 2 parties, tr. 1896 et 1897. — On avait commencé dès 1880 à traduire cet auteur en français.

3. Sudermann -.la Femme en gris, tr. 1895; l'Indestructible Passé (es war), tr. 1897. Drame : Magda.

4. Gérard Hauplmaun. Ames solitaires, tr. 1893; l'Assomption de Hannele Mattern,lr. 1894; la Cloche engloutie, tr. 1898. L'œuvre quia fait la plus profonde sensation est un drame social, tes Tisserands, 1893.

5. Nietzsche : A travers l'œuvre de Nietzsche, 1893; Ainsi parlait Zarathoustra, 1S98; Humain, trop humain, 1'» partie, tr. 1899; le Crépuscule des Idoles; le Cas \Vagnc7; 1893; Nietzsche contre Wagner; Par delà le bien et le ynal, 1898; Pages

choisies, tr, 1899; Aphorismes, 1899; Généalogie de la morale, 1000.

6. Gabriel d'Annu izio, l'Intrus, tr. 1893; Êpiscopo et C", tr. 1895; Enfant de Volupté (il Piacere), tr. 1895; le Triomphe de la Mort, tr. 1896; les Bomans du Lys; les Vierges aux rochers, tr. 1897 ; le Feu, tr. 1900. Tragédie : la Ville morte, 1898.

7. Fogazzaro : Daniel Cortis, tr. 1896; Un petit monde d'autrefois, tr. 1897. — Et puis nous est venue MaUiilde Serao avec ses tableau.x de mœurs napolitaines.

8. Cf. René Ba/.iu, Terre d'Espagne, 1895. — Sotileza, de Pereda, a eu les honneurs d'une traduotion dans la Bévue des Deux Mondes, et Pequeneces, du P. Coloma, adapté en IS93 sous le titre de Bagatelles, a fait un certain bruit.

9. Rudyard Kipling, le Livre de la Jungle, tr. 1899; la Lumière qui s'éteint tr. 1900.

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