‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 459 sur 504 · Maxime Gfulù ■ Voyez la Bévue de Paris · texte numérisé non relu

Maxime Gfulù ■ Voyez la Bévue de Paris

(lu'uno vogue inouïe, pour des raisons diverses el d'itiégnle valeur, répandait en France el dans le monde entier les romans du Polonais Sionkievicz '^

Tous ces écrivains étaient si diirérents, tant par le caractère individuel que par le tcmpéranier)t national, qu'ils ne pouvaient concourir à établir en France une doclrine d'arl ou favoriser la domination d'une école. Ils ne s'accordaient f.;uèro que sur un point : ils portaient le coup de grâce au naturalisme français. Il y avait parmi eux d'assez puissants naturalistes pour nous afferniir dans le respect du principe essentiel, excellent, de l'observation exacte et de l'expression intense de la nature, dans le goût de la vérité objective de Finiitation. Mais leur naturalisme était psychologie, poésie, pitié. Ils montraient de l'âme dans les choses, et leur àme en sympathie [tarfaite avec les choses. Dans les rouages du mécanisme social, et dans les phénomènes de la physiologie, ils voyaient et faisaient voir des créatures humaines : et même impure, même dégradée, même me.^quine, ils nous faisaient aimer la vie; ils nous faisaient respecter la souffrance, même méritée et avilissante. Un souille de charité évangélique, de solidarité humaine passait sur nous, el achevait de fondre la dureté de notre naturalisme.

Même Ibsen — chez nous — travaillait en ce sens, il a rappelé notre théâtre, qui se perdait dans l'insigniliance dégoiitante ou féroce, dans la » rosserie » plate ou grimaçante, il l'a rappelé au souci des idées, à l'expression de la lutte dos volontés afiirmant leurs diveises conceptions de la vie ou du bien. Il a leprésenté l'individu travaillant h se libérer des servitudes intérieures de l'hérédité on de l'éducation, on de l'oppression extérieure de la société et de l'opinion. Son symbolisme, dans ses meilleures œuvres, se traduit en formes vivantes d'action et de sentiment. Ijjœrnstierne Bjœinson et Hauptmann, si éloignés d'Ibsen par la philosophie de leurs œuvres, ont par leur forme renforcé son iiitluence : ils ont fait la guerre au vaudeville, à l'intrigue bien faite, aux « joujoux » dramatiques de Sciibe et de M. Sanlou. Ce qui importait pour notre théâtre, c'était seulement que l'on montrât comment la forme dramatiiiue pouvait, devait exprimer de la pensée et de la vie, quelle que fiit d'ailleurs la nature de cette pensée et de cette vie.

M. Jules Lcinailre a reproché à l(»us ces étrangers de nous avoir rapporté ce (jue nous avions trouvé il y a cinquante ou soixante

I. Le |)iiiili^iuu\ suicis (le Oku vddis (l'.H)O. tr.) do Sioiilcievicz a uxcilé eutro les éilileurs frati(;;iis iiiiu rivuliti!, à (|iii jeltorail le plus vile dan» la circiilalioD le reste de l'œuvre abondanle du mènié auleur.

ans, ce que nos romantiques, Victor (lugo, George Sand, nous avaient donné. Il y a du vrai dans ce reproche : mais les étrangers après tout ne nous le rapportaient que parce que nous l'avions laissé perdre. D'autres ont craint que le génie national ne s'altércât sous ces inilucncf'S exotiques ; crainte puérile. Ces iiilluences sont trop incoliériTiles, trop peu convergentes p )ur être oppressives; et d ailleurs, comme toujours, nous ne prenons au dehors que ce qui répond au besoin de nos consciences et de nos pensées, quand notre littérature nationale, figée momentanément dans des formules surannées, ne correspond plus à l'état présent de nos âmes. Ce qui en nous est proprement français est inaltérable comme incommunicable: et il serait absurde de croire que pour un peuple, ou pour un individu, l'ignorance et l'infatuation soient des préservatifs de l'originalité.

H est aisé de voir qu'à chaque moment nous demandons ou chérissons chez les étrangers l'art et les doctrines qui flattent notre prédisposition intérieure. Eliot et Tolsto'i nous ont servi à manifester certaines tendances évangéliques qui iious travaillaient, unQ égale aversion pour les dogmatismes étroits et intolérants des Églises constituées et pour la sécheresse brutale des négations matérialistes et de l'égoïsine individualiste. Tolsto'i et Ilauptmann et Bjœrnson ont donné une nourriture aux esprits avides de fraternité et de justice sociale, pendant qu'Ib.sen venait au secours des défenseurs du droit individuel de la conscience, et maintenait l'indépendance de la personne humaine contre toutes les contraintes sociales, même les plus réellement nécessaires ou les plus apparemment légitimes. Cependant le droit d'être soi, et le devoir d'agir pour les autres, dans les œuvres de ces maîtres, se confondaient plus souvent qu'ils ne s'opposaient. Le magnifique épanouissement de l'individualité égoïste, le jeu effréné et splendide de l'animalité robuste et de l'intelligence esthétique se sont étalés dans l'œuvre immorale et lyrique de Gabriel d'Annunzio, à la joie de nos esthètes appliqués à la culture de leur moi: et la brutale énergie d'une race qui s'affirme supérieure, et faite pour la domination ou l'exploiiation du monde, s'est exprimée dans les récits si puissamment pittoresques d'un Kipling, juste au moment où la concentration violente du sentiment national semblait menacer chez nous la longue tradition humaine et généreuse de la France. Autant qu'on en peut juger lorsqu'on a sijpeu de recul, l'invasion des littératures étrangères a été un effet plutôt qu'une cause. Depuis vingt ans, un travail profond s'est opéré dans l'âme et dans la société françaises; et des faits considérables se^ sont. produits dans l'ordre moral, politique et social, qui ont eu leur contre-coup sur la littérature.

Il a semblé d'abord entre 1880 cl 1890 (|ue la Uépublique avail définitivement triomphé des anciens partis monarchistes. La question politique paraissait résolue; et l'on ab-irdait les problèmes sociaux.

L'Kf^lisp, par la poiiliqtio adioile df Lt'-on Mil ', revenant a la ductrinti thomiste, se déclarait iiulillérenle cl supérieure aux formes de gouvernement -, laissait les nations organiser à leur fantaisie ces choses relatives et éphémères : en France, elle acceptait la République comme gouvernement légal et légitime, elle refusait de se meltie plus longtemps au service des partis monarchistes, et de recevoir des coups pour leur intérêt. <»n put même croire, à la lecture de certaine encyclique {De conditione opificuin) que le chef de l'Église ouvrail les yeux sur les injustices sociales, et que l'Église allait, sous sa direction, redevenir une grande force démocratique.

En même temps, un malaise avait saisi beaucoup d'âmes. On accusait la science de n'avoir pas tenu toutes ses promesses : elle n'avait pas trompé les savants, mais elle n'avait pas réalisé les illusions téméraires de la foule, qui en avait attendu ce qu'elle ne s'était vanté jamais d apporter, la certitude absolue et le bonheur parfait. La voyant demeurer inadéquate aux rêves et aux désirs, on se mitçà et là à en pioclamer la faillite ^. Le goùl «le la religion se Toveilla : le dilettantisme idéaliste et poétique de iienan, les influences évangéliques du dehors, dont je disais un mol tout à l'heure, remirent à la mode le sentiment chrétien. Des gens qui, trente ans plus lot, auraient été des matérialistes fanatiques et de fervents irréligieux à la suite de Robin ou de Littré, narguaient la science, et sentaient fondre leurs âmes aux souffles tièdes d'un christianisme nouveau. M. de ^ogiié S .M. Edouard liod, M. Paul Desjardius ^, venus de trois camps ennemis, l'un de chez les catholiques, l'aulre de chez les protestants, et le troisième du camp des dilettaiiles ironistes, se réunissaient pour prêcher la valeur mora-

t. Jp nommais Léon XIU dans in;i 1'" crl'lion un " prand » pnpo : j'ai nllùrieiireiiiciil modifie le te.Tle. .Je m.-iinliens ee ch;iiij.'einonL. l'iiis on vdil les i-lioses à dislanee, avec les infornialions (iiie le temps nppoiie, plus il me semble que le mol adroit est le mol juste (//" M.).

2. Le Toast du Cardinal Laviperie. 1800, fui suivi bienlôl d'une enryriique pontificale, qui définissait l'attitude do l'Étçlise vis-à-vis des gouvernements.

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