‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 460 sur 504 · I'. Brunelière, la Science et In Reliyion, ISÎfâ · texte numérisé non relu

I'. Brunelière, la Science et In Reliyion, ISÎfâ

4. Le vicomte Melchiorde Vogué (né eu 1S;>0), le Roman russe, 1882; Souvenirs et Virions, 1888, et divers recueils d'articles. 11 a publié divers romans dont le plus signiOcalir est Les morts qui parlent.

5. Pour Hod, voyez p. 1119. — Paul Desjardins, ironisie subtil, est devenu un moraliste grave et pénétrant. Esquisses et Impressions, 1888; le Devoir présent, 18'JI. Il a fondé l'Union pour l'action morale, et mis beaucoup de pages de direction spirituelle dans le Bulletin de c.ettA société.

lisatrice des croyances religieuses, pouralTirmer énergiqueraenl le postulai moral el la nécessité d'en l'aire une règle de vie, le devoir de se conformer à la volonté de Dieu, même sans croire à Dieu. Toutes ces prédications étaient imprégnées dun vif sentiment de la fraternité humaine, qui semblait devoir apporter au colleclivisme dogmatique le secours d"iin socialisme sentimental, très propre à énerver la délensn de la bourgeoisie.

Il y avait, en réalité, dans cette situation beaucoup de trouble, d'équivoque et de malentendu. Une crise qui constitua véritablement le pays pendant deux années en état de guerre civile, éclaircit la situation et dissipa les équivoques. Chaque groupe, chaque individu montra, si je puis dire, le fond de son sac, et sa tendance intérieure.

L'Église renonça à peu prés aux velléités d'aclion démocratique, et choisit la fonction, dont les avantages étaient plus immédiats, de protectrice de Toriire social contre le collectivisme et l'anarchie : elle otîrit son ;iutorilé, sa hiérarchie, son enseignement, son ascendant moral k la bourgeoisie, qu'elle a en grande partie ramenée à elle et arrachée au voltairianisme irrespectueux. Le néo-christianisme se scinda, et les uns retournèrent dans le camp conservateur et catholique, tandis que les autres s'enfonçaient davantage dans la voie de la liberté, à la poursuite d'une vérité relative et d'une justice absolue. Même scission parmi les républicains : les uns, plus conservateurs et persuadés qu'il y a dans une société des principes et des lois intangibles, ont achevé l'évolution qui les rapproche de l'Église et des anciens partis monarchistes, au point que, d'une part, l'Église, longtemps obligée de se tenir sur la défensive, a pu reprendre loITensive contre les lois ou les idées de la société moderne qui contredisent son autorité et sa doctrine, d'autre part les partis monarchistes ont senti renaître leur espoir, longtemps découragé, de jeter à bas la République. D'autres républicains, plus démocrates, et convaincus qu'd n'y a rien dans les institutions comme dans les idées des hommes que de relatif et de conditionné, se sont avancés vers le socialisme, jusqu'à combattre avec lui, et, en réalité, à le servir, même sans y adhérer expressément. Ainsi s'est opérée la séparation du libéralisme et de la démocratie. Les libéraux, les conservateurs et les catholiques, malgré leurs divergences de principes et leurs vieilles rancunes, marchent maintenant ensemble. 11 n'y a plus réellement que deux grands partis en présence, le parti de la défense sociale et le parti de la révolution sociale, les bourgeois et les collectivistes. Voilà les deux oppositions irréductibles : tout le reste n'est plus que nuances, ou le parait être momentanément.

La lutte est plus vive que jamais, et elle est partout. C'est là

un fait f,'rave dont lu consécjuence pour la lillcrature est facile à constater. Dans l'étal de division et d'excitation des consciences, l'écrivain dilettante a presque disparu. Les roiis aimables qui prêchent la rol.raito dans l'étude, dans le culte fervent et solitaire des lettres ou de la science, tout l'elTel d'hommes d'un autre àgc, et, pour dire le mol, d'égo'i'stes obstinés. Savants, hi.storiens, romanciers, diamalurges, portes, il n'est presque [lorsonno qui ne se croie le devoir de prendre parti, de «lire dans rpiei camp il combat, el pour (jucl idéal. La neutralité déshonore. Tandis que M. Duclaux quitte son laboratoire, M. Emile Zola, M. François Coppée, M. Maurice Barrés, M. Kerdiiiaiid Brunetière, M. .Maurice Bouchor, M. Jules Lemailre même et M. Anatole France sortent de leurs cabinets de travail, pour s'exposer aux coups dans la mêlée politique et sociale. La littérature désintéressée, indiiïérente, ne se trouve plus guère : il y a un élément de polémique dans presque toutes les œuvres d'art et de critique. Même où la polémique fait dél'aut, un élément d'actualité se laisse discerner, une préoccupation inquiète ou enthousiaste des problèmes sociaux dont la France est travaillée

Eu même temps, un souci, longtemps inconnu à nos écrivains, travaille un bon nombre d'entre eux. Ils pensent au peuple. Notre littérature classique était laite pour les salons : notre littérature romantique était faite pour les cénacles et les coteries, pour le monde spécial tie la littérature, du Journalisme et des arts. Notre littérature naturaliste avait la haine aussi du philtslin, du bourgeois et de la loule. Le roman et le théâtre, les ^'enres dont l'extension est la plus ample, ne dépassaient guère les lin)iles de la bourgeoisie parisienne et eiiropéerme; notre bourgeoisie provinciale n'était que rarement entamée. Aujourd'hui beaucoup d'écrivains, et non les moins artistes, songent à n'étie pas entendus d'une élite seulement, m;iis de toute la France. Le problème d'une poésie populaire, d'un théâtre populaire, en un mot d'une littérature populaire — toujours artistique en sa l'orme, mais populaire par sa diffusion — s'est posé. Et sans doute cette préoccupation nouvelle a été pour quelque chose déjà dans le choix de plus d'un sujet de pièce, de poème ou de loman : elle contribue à détourner les littérateurs des éternels thèmes de l'adultère et du lyrisme égotiste vers les cas d'un intérêt humain, national et social.

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