LE ROMAN DE LA ROSE
employé la langue vulgaire, il est Ie premier peut-être qui ait interprété les auteurs anciens avec autant de claire compréhension, et I'on doit regretter quïl n'ait pas donné suite au projet qu'il annonçait dans son roman de gloser
..,des poetes les sentences, Les fables et les metaphores.
Si loin que, dans son goût pour I érudition, Jean de Meung se soit laissé entraÎner hors du chemin tracé par son prédécesseur, iI n'a pourtant pas manqué de faire leur place aux questions qui concernent l'amour, et une place assez large. Mais iI en a traité dans un esprit tout à fait nouveau et qui heurte violemment celui de Guillaume de Lorris.
Guillaume professait pour les femmes un profond respect, comme Ie voulait la doctrine courtoise, comme I'ordonnait Ie dieu d'Amour :
. T outes fames serf et eneure ; En eus servir poine et labeure. I>
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II en va tout autrement de Jean de IVIeung et son attitude est tout j ustement celie de Male Bouche qui, dans la premIere partie du roman, chantait:
Qu'onques ne trova fame juste:
a II n'est nule qui ne se rie S' ele ot parler de lecherie ; Ceste est pute, ceste se farde.
E ceste folement regarde ; Ceste est vilaine, ceste est fole E ceste si a trop parole. I>
II était naturel que Raison, tâchant de détourner l' Amant de sa passion, Ie décourageât d'aimer les femmes; mais visiblement I' auteur a pris un plaisir personnel à développer ses arguments.
Parmi les moyens qu'indique Ami pour atteindre la Rose, il y en a un qui consiste à prendre Ie chemin de Trop Donner, construit par Folie Largesse. I I ne Ie recommande pas; mais ce n'est point par égard pour la Rose: la voie est sûre et conduit droit au but: seulement, quand on s'y engage, il fautavoir Richesse pour alliée. et l'on risque toujours de tomber nnalement au pouvoir de Pauvreté. C'est dans Ie même discours d'Ami que se trouve, sans attache au propos du roman, une longue tirade sur les tourments que Ie mariage apporte à l'homme, les déceptions de la coquetterie féminine, les trahisons qui mettent les maris en la (( confrérie de saint Ernoul II. Car il n'y a personne qui échappe à la malice des femmes; et la leçon d'Ami s'achève par une série de préceptes d'as5ez basse envolée, qui permettent de déjouer cette malice dans la mesure du possible et qui ouvre!"!t l'arsenal des ruses au pront des hommes, On pense si, dans Ie discours de trois mille vers où la Vieille s'emploie à corrompre la vertu de Bel Accueil, les femmes paraissent à leur avantage! Quel édinant tableau la séductrice décrépite trace de sa jeunesse! Quelles belles exhortations, fondées sur d'illustres exemples, à fuir une ruineuse ndélité! Quelle savante énumération de commandements propres à soumettre les hommes à son caprice! II n 'y a pas à s'étonner si, prévenu de la sorte à l'égard des femmes, Jean de l\leung attribue un rôle important à Faux Semblant dans I'assaut du château de Bel Accueil et sïl Ie charge spécialement d'étrangler Male Bouche. Mais quelle horreur indignée a dû inspirer aux belles âmes férues de courtoisie cette glorification des II traÎtres II et des II losengiers II I
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