LE MOYEN AGE
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dance sur Ie compte de la noblesse, disant, excellemment d'ailleurs :
Ge respons que nus' n'est gentis S'il n'est as vertus ententis', Ne n'est vilains, fors par ses vices Dont il pe t' outrageus et nices :
Noblece vlent de bon corage, Car gentillece de lignage NOest pas gentillece que vaille.
Mais it n'était pas Ie premier à donner I'exemple d'une telle indépendance; et I'idée que formulent ces vers se trouve déjà dans Ie Jugurtha de Salluste, qu'il connaissait bien. II n'en reste pas moins que sur d'autres points iI a fait preuve d'une hardiesse de pensée qui est son mérite propre. On ne peut méconnaÎtre, par exemple, la portée du parallèle qu'il établit entre la justice et la charité; et commentant Ie premier livre des Métamorphoses d'Ovide, il retrace les origines de la propriété et des gouvernements avec une liberté presque révolutionnaire. On se demande si un roi pouvait se plaire à entendre expliquer la formation des royautés en un récit qui commence par ces vers :
Un grant vilain entre eus eslurent, Le plus ossu de quanqu'il furent, Le plus corsu et Ie greignor, Si Ie firent prince et seignor...
.. personne.
. app{jqué.
. il .e révèle.
Comment ces audaces de pensée et de langage furentelles accueillies par ses contemporains? On Ie sait mal. Peut-être, pour notre part, sommes-nous end ins aujourd'hui à en exagérer I'importance. Jean de Meung a dédié sa traduction de Végèce à Jean de Brienne, comte d'Eu; sa traduction de Boèce, au roi Philippe Ie Bel; il a probablement été I'obligé de Charles d'Anjou et de Robert d'Artois; et il a écrit dans son Testament (si toutefois ce poème est bien son ceuvre) :
Dieus m'a doné servir les plus granz genz de France.
C'estdire que ses aUaques n'ont pas dû faire scandale. Cependant, il paraÎt bien que de bonne heure il s'e t acquis une réputation d'esprit indépendant. Son livre avait obtenu, dès SOli apparition, une grande popularité, que justiliaient les qualités de I'écrivain, la darté vigoureuse de sa langue, la haute couleur de ses peintures, la verve riche et nuancée de son éloquence. Ce succès dura pendant trois sièdes. II eut de ennemis, qui, outre son immoralité et ses aUaques contre les femmes, lui reprochaient la crudité de son langage : et bientôt nous aurons à retracer la Querelle du Roman de fa Rose.
II eut des admirateurs, qui saluaient en lui un maître de style: Marot donna en 1527 une édition du Roman de fa Rose, et les grands ouvriers de la Renaissance, en particulier Ronsard et Baïf, si sévères pour les auteurs. du moyen âge, non seulement furent indulgents à Jean de Meung, mais Ie louèrent expressément.
C'est surtout com me poète qu'i1 recueillait ces suffrages; mais iI est prouvé qu'il a été aussi admiré comme philosophe, Jean Bouchet rapporte une historieue, selon laquelle, en mourant, il aura it légué au x Jacobins de Paris, ses voisins, à charge pour eux de I'inhumer dans leur église, un coffre où ses légataires ne trouvèrent que des pièces d'ardoise au lieu de I'argent monnayé qu'ils espéraient : I anecdote est probablement apocryphe; mais elle indique quelle idée on se faisait de !'homme. Et f.tienne Pasquier, associant dans un commun éloge Guillaume de Lorris et Jean de Meung, s'exprime de ceUe large façon : ' II Recherchez-vous la philosophie naturelle ou morale? Elle ne leur défaut au besoin. Voulez-vous quelques sages traits? Les voulez-vous de folie? Vous y en trouverez à suflisance: traits de folie toutes fois dont vous pourrez vous faire sages, II n 'est pas que, quand iI faut repasser sur la théologie, ils ne montrent n'y être aprentifs, II On a appelé Jean de Meung Ie Voltaire du XIII" sièc\e. C'est beaucoup dire, Parler à son propos de libre penséeou de matérialisme, c'est introduire entre son cas et d'autres des analogies trompe uses , II faut seulement constater qu'il avait Ie goût des idées, qu'il a fait, pour trancher les problèmes moraux, un appel hardi aux lois de la nature, et qu'en son intelligence robuste, en avance sur son temps, ont brillé quelques-unes de ces lumières dont s'enorgueillit I'esprit moderne.
ROMAN DE LA ROSE. - Le songe de Guillaume de Louis (Ms, de la Bibliothèque de Genève. français, 178 Lmilieu du XIV" siècle]).
Au reste, Jean de Meung n'est pas I'ennemi de J'amour; mais iI Ie comprend à sa manière. Son Art d'aimer - car lui aussi en tend écrire un Art d'aimer - exc\ut les illusions et I'exaltation frivole de la mondanité. T rêve à ce culte de la femme, OÙ se mêlent les rêveries de I'imagination et les leurres de la volupté ! Raison insiste sur ceUe idée que I'amour a pour uniqueobjet la continuation de I'espèce, que Ie principe en est l'instinct qui pousse les êtres vivants les uns vers les autres, qui leur fait désirer une descendance et qui leur ordonne de nourrir leurprogéniture. Et finalement qui donc réussit à forcer les murailles épaisses OÙ Bel Accueil est prisonnier? C'est Vénus, I'ardente déesse des sens, et qui travaille les corps; c'est Nature, la puissance souveraine qui forge les espèces et luue contre la mort.
Voilà l'idée profonde de Jean de Meung : I'amour est une force naturelle, rien de moins, mais rien de plus. Et avec Ie château dressé par Jalousie, ce qui s'écroule, au terme du roman, c'est I'édilice sentimental dont la première pierre avait été posée sur Ie sol de France par f.léonore d'Aquitaine, Son regard hardi, Jean ne I'a pas porté seulement sur I'amour. En cours de route, iI a eu I'occasion de s'arrêter à beaucoup d'autres sujets, et iI I'a fait selon Ie même libre esprit. II est exempt de superstitions, ne croit ni aux songes, ni aux revenants, ni aux prophéties ; et les phénomènes naturels ne frappent pas son imagination, ni les édipses, ni les étoiles filantes, ni les comètes, \I serait exagéré de Ie qualifier de rationaliste, mais sa raison est toujours en éveil et parle avec courage, presque avec audace.
Qu'il ait pris à partie, et vertement, les ordres mendiants, c'est un péril dont plusieurs autres poètes du même temps se sont offert I'âpre joie, et la façon dont il amène la satire de I'hypocrisie fait penser que c'était un lieu commun. De même, iI s'exprime avec indépen-