LE MOYEN AGE
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JEAN DE MEUNG (Arsenal, ms. 5209, XIII" siècle).
d'enfer, récit d'une visite aux damnés, mêle singulièrement les données de la vie réelle aux entités d' un monde allégorique; et ce dernier ouvrage est revenu en mémoire à Huon de Méry lorsqu'il a composé son Tournoiement de /'Antechrist. Or, Huon de l\léry et Raoul de Houdenc ont été connus tous deux de Guillaume de Lorris, et I'on notera, par surcroÎt, que la comparaison de la femme aimée avec une rose, développée dans Ie Dit de la Rose, petit poème peut-être antérieur à I'ouvrage de Guillaume, est en tout cas familière aux poètes Iyriques et aux romanciers courtois les plus anciens, par exemple à Gautier d'Arras (Eracle, vers 2394 et suivants). C'est ainsi que, loin d'innover, Ie roman de Guillaume de Lorris se classe dans un genre et applique des formules qu une foule de poètes avaient déjà pratiquées. Mais il n'en est pas moins vrai que les matériaux empruntés çà et là ont été élaborés par lui avec maÎtrise. Le sens psychologique est Ie plus certain des mérites de notre conteur. Quand on prend la peine de démêler ce que cachent les ombres de son rêve, on découvre une réalité ferme et consistante, Ie développement d'un drame sentimental très voisin de la vie, une grande abondance de notations très lines et très vraies. Le malheur de Guillaume de Lorris est moins d'avoir eu des devanciers (Ia qualité de son goût lui a permis de les vaincre) que d'avoir été suivi de trop d'imitateurs moins bien doués que lui, II avait fait la gageure de conter Ie conte Ie plus fantaisiste, sans que jamais on perdÎt de vue les formes du concreto II I'a gagnée : d'autres après lui la perdront
Le poème de Jean de Meung
Ce sera Ie cas des innombrables faiseurs d'allégories du siècle suivant. C'est déjà Ie cas du continuateur immédiat de Guillaume de Lorris, Jean Clopinel (ou Chopinel), dit Jean de Meung.
Le roman de Guillaume passe pour inachevé, Au dire de Jean de 1\:1eung, Guillaume avait été interrompu par la mort, et ce témoignage est généralement accepté. En fait, bien que Ie récit s'arrête avant Ie succès de I'Amant, on peut se demander si Ie plan de Guillaume était de Ie conduire jusqu'à ce terme, Aucun des passages que I'on invoque parfois comme preuve de cette intention n'est probant; d'autre part, s'it faut aUacher de lïmportance à ce que Ie poète dit de ses intimes préoccupations sentimentales, et s il s'est véritablement astreint, com me itl'assure, à meUre son récit en rapport avec sa pro pre vie, it est certain que la discrétion et Ie bon goût lui commandaicnt de ne pas s'attribuer dans son rêve un bonheur qu'it avoue n 'avoir pas encore connu dans la réalité. Quoi quïl en soit, que I'ceuvre de Guillaume de Lorris doive être tenue ou non pour inachevée, Jean de Meung, la considérant ou affectant de la considérer com me telle, lui a donné une longue suite, quïl a commencée vers I'an 1275 et menée à son terme vers I'an 1280.
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LE ROMAN DE LA ROSE. - L'Amour décoche un trait à rAmant (Bib!. Sainte-Geneviève. ms, franç. 1126).
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chassent I'Amant. Alors se livre une grande bataille. Danger subit I'assaut de Franchise: ilIa terrasse, mais il est vaincu par Pitié. Honte, appelée à la rescousse, est victorieuse de Pitié, puis de Delit; mais elle est mise en fuite par Bien Celer. Peur, ennn, qui a triomphé de Bien Celer et de Hardement, est engagée dans un combat corps à corps avec Sûreté, Inquiet du tour que prennent les événements, Amour envoie Franchise et Doux Regard demander du secours à Vénus, qui est I'ennemie mortelle de Chasteté. V énus accourt, et avec elle Genius, chapelain de Nature, dont Ie discours relève Ie moral des troupes, L'armée s'élance. Honte et Peur prennent la fuite, et, à la prière de Courtoisie, de Franchise et de Pitié, Bel Accueil accordeà I Amant Ie bonheur de cueillir la Rose.
Cette intrigue n'estque prétexte à introduire de nombreuses dissertations :
ce sont, dans Ie colloque de I'Amant avec Raison, des considérations sur l' amour ,Ia vieillesse,l'amitié, la fortune, la charité, la justice, avec renfort d'exemples pris dans I'antiquité et dans les temps modernes: - dans sa conversation avec Ami, des développements sur les premiers temps de l'humanité, sur l'origine de la propriété et des gouvernements, sur les désagréments du mariage ; - dans Ie dénombrement des troupes d'Amour, une ample diatribe contre les ordres mendiants; -dans Ie récit de l'assaut nnal, un traité de près de cinq mille vers sur Nature et sur Art, sur I'alchimie, I astronomie, la physique et toutes les sciences expérimentales.
Ces dissertations arri vent, d'ailleurs, au gré de I'association desidées, souvent hors de propos et contrairement aux intérêts de la fable. Pourtant elles sont un élément essentiel de r æuvre; elles en son t même la substance. Ce sont e1les qui ont passionné l'auteur: c'est pour les placer qu'il a écrit, c' est attirés parelles qu'aujourd'hui nous Ie lisons.
Jean de Meung est un érudit. II avait parcouru très complètement Ie double cycle du trivium el du quadrivium; il était imbu de la science encyclopédique des Sept arts, Sa lecture était vaste. On p05sède de lui des traductions d'ouvrages très divers: traductions du De re militari de Végèce, du De mirabilibus Hiberniæ de Giraud de Barri, d'un traité de l'abbé Aelred sur l'amitié spirituelle, des lettres d'Abélard et Héloïse, du De consolatione de Boèce. Son roman touche à toutes sortes de sujets, soul he toutes sortes de questions dans I'ordre de la politique, de la morale et de la philosophie. C'est Ie livre d un homme dont lïnformation est immense, et l"étude de ses sources aboutit à l'établissement d'une longue liste d'auteurs, Mais Ie plus remarquable n'est pas l'étendue de ses connaissances : c'est la pénétration de sa critique et la large ouverture de son esprit. Si peu poète que soit ce philosophe, il a compris en connaisseur très nn les poètes de I'antiquité et démêlé Ie char me propre du génie de chacun d'eux : on Ie voit à la façon dont il a imité la manière et d'Ovide, et de Virgile, et d'Horace. II sait d'ailleurs, par delà les nctions de la poésie, dépister les idées, où qu'elles se cachent. Entre tous les écrivains du moyen âge qui ont
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LE ROMAN DE LA ROSE. - Liesse mène la danse (l\1usée Britannique, LXV" siècleJ).
ms.
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