‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 110 sur 402 · LA CHRONIQUE D'ERNOUL · texte numérisé non relu

LA CHRONIQUE D'ERNOUL

:f La Chronique d' Ernoul a été publiée partiel/ement (de l'an 1/84 à l'an 1231) dans Ie Recueil des historiens des croisades, Historiens occidentaux, t. /I, 1852, p. 1-382. Une autre édition, celle-ci complète, faite d'après un autre manuscrit, a été publiée pour la Société de l'histoire de France par L. de Mas-Latrie, 1872. Voir, sur Ernoul, une étude du comte Riant, dans les Archives de I'Orient latin, t, 1, 1881, p. 247.

CEST L'HISTOIRE du royaume de Jérusalem, de I'an 1099 à I'an 1229. L'auteur, qui écrivait peu après cette dernière date, déclare avoir été dans sa jeunesse II valet)), c'est-à-dire écuyer, d'un haut baron de Syrie, Balian dl belin : on I'identilie, mais sans certitude, à Ernoul, seigneur de Giblet (I'ancienne Byblos), qui fut un des plus habiles juristes de la haute cour de Chypre.

Ernoul ne donne qu'un rapide aperçu des premiers temps du royaume : I'histoire de quatre-vingts ans tient en quelques pages. A partir de I'an 1183, il développe au contraire ses récits, car il parle désormais en témoin : (( Je fus là, telle chose m'advint, " II raconte la défaite de Tibériade, qui entraîna la chute de tout Ie royaume, puis Ie siège et la capitulation de Jérusalem (1187), tous événements auxquels il assista auprès de Balian dlbelin, devenu lieutenant du royaume après la capture du roi Guy à Tibériade. II fait ensuite Ie récit des croisades et des événements qu'elles amenèrent entre 1190 et 1229 : la troisième croisade, qui rendit Acre aux Latins et par contre-coup leur donna Chypre; la quatrième, qui les porta à Constantinople; la cinquième, qui, après un premier succès en Ëgypte, échoua par suite de dissensions entre les croisés et les Francs de Syrie; celie de Frédéric II enlin, qui ne lit que désunir les chrétiens.

Ernoul représente Ie point de vue de ces chrétiens établis de longue date en Syrie, accoutumés à leurs voisins musulmans, et qui souvent eurent à pâtir des secours illusoires, non désirés, que prétendaient leur apporter les croisés. II regarde d'un æil ironique les (( guerres saintes )1. J uge froid des choses héroïques, il est surtout curieux II des cas humains représentés au vif)). II peint sans amitié les (( pèlerins de Dieu )), iI recueille avec complaisance leurs maladresses et, com me iI dit, leurs II soties )1.

Sa Chronique fut reprise et continuée par Ie moine Bernard, trésorier de Saint-Pierre de Corbie, qui écrivit, semble-t-il, en Occident. Cette continuation, très brève, va de 1229 à 1231.

même, ses souffrances, ses deuils, pour percevoir dans sa voix Ie mâle frémissement d'une sensibilité d'autant plus profonde qu'elle fut plus énergiquement contenue et refoulée.

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