ROBERT DE CLARY
Robert de Clarp (on identifie Clarp à Clérp-Pernois, en Amiénois) était, comme il se qualifie lui-même, un II poore cheoalier )), qui se croisa en 1200 à la suite d' Hugues d'Amiens, son suzerain, II raconte II les choses qu'i/ a oeües, ouïes et faites, )) depuis la prédication de maître Fouques de Neuil/p jusqu'à l'an 1206. II Et ja soit chou qu'il n'ait si be/lement contée la conqueste comme maint bon diteeur l'eüssent contée, si en a il toutes eures la droite oerité contée, et assés de oerités en a teütes, qu'il ne put mie toutes ramembrer, " Son Estoire de chiaus qui conquisent Coustantinoble a été publiée par Ie comte Riant en 1870, puis par Charles HopI, Chroniques gréco-romanes, Berlin, 1873.
ROBERT DE CLARY n'a point pris part, comme Villehardouin, aux conseils des hauts barons. Les graves soucis de la politique ne I'absorbent pas. II a tout loisir pour regarder et pour conter, II est de II la gent menue " et il est un simple, II retrace les joies et les misères du camp, recueille les belles anecdotes guerrières et, par exemple, raconte avec une touchante lierté comment, Ie jour où I'on prit d'assaut Constantinople, son propre frère, Aleaume de Clary, qui n'était pas un homme d'épée, mais un clerc, eut I'honneur de forcer la première poterne : (( Quant il fu ens, se Ii keurent sus tant de ches Grius que trop, et chi I de deseur les murs Ii acuellent a geter grandesmes pierres; et quant Ii clers vi chou, si sake Ie coutel, si leur keurt sus, si les faisoit aussi fuir devant lui comme bestes, II La ville prise et dûment pillée, notre conteur erre, tout émerveillé ou plutôt tout ébahi, du palais de Boukoléon à I'église Sainte-Sophie ; il muse sur la spina de I"Hippodrome et devant les colonnes de Théodose et d'Arcadius : rien n'est plus plaisant que de Ie voir s'évertuer à décrire, en son patois picard, les chefs-d'æuvre de la statuaire grecque, les arcs de triomphe des Césars, les joyaux des églises byzantines : II et qui vos conteroit la centieme part de Ie rikece ne de Ie biauté ne de Ie nobleche qui estoit es abeïes et es moustiers de Ie vile, sanleroit iI que che fust mençoingne, et ne Ie creriez vos mie. " Le (( rike homme )) qu'était Villehardouin n'a guère dû fréquenter, s'il I'a seulement entrevu, Robert de Clary. II eût aimé pourtant la relation de son obscur compagnon, ce témoignage naïf, si différent du sien, et qui néanmoins conlirme Ie sien, Car de toutes les pages de la Chronique de Robert de Clary il ressort que II chiaus qui conquisent Coustantinoble)) se croyaient, donc furent de vrais croisés, de lidèles pèlerins de Dieu. Dans leur camp, leurs prêtres, les sermonnant, leur remontraient souvent que II la bataille estoit droiturière " : alors seulement ;Is marchaient à I'ennemi. Et Villehardouin n'a pas dit autre chose,
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