‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 121 sur 402 · EUSTACHE DESCHAMPS, DIT MOREL · texte numérisé non relu

EUSTACHE DESCHAMPS, DIT MOREL

Né près de Vertus en Champagne. probablement en 1346, Eustache Deschamps a été élevé par Machaut, qui était peut-être son onele, Il a lait des études de droit à r Vniversité d'Or/éans, a exercé tour à tour, et souvent en même temps, de nombreuses charges. soit auprès du roi. soit au service de la maison d'Or/éans: huissier d'armes de Charles V. puis de Charles J' I, il exécute toute espèce de besognes humbles et variées; on Ie charge d'inspeder les lorteresses de Picardie; il est écuyer d'écurie du duc de Touraine et en /393 LlTTÉR. FRANÇ - I

" f ..yf'.'

.lPll J "\.\

EUSTACHE DESCHAMPS présente, en ran 1383, un de ses livres au roi Charles VI. - Le poète porte une couronne de roseS, II tient appuyée sur son épaule sa verge d'huissier d'armes (8. N" ms. franç. 20019, /in du XIV" siècle),

maître des eaux et forêts en Champagne et en Brie; il avait été au début de sa carrière bai/li de Valois. en 1389 il est lail bai/li de Senlis : c'est un poste où il trouve bien des déboires; il dut Ie quitter bon gré mal gré en 1404, abandonné du duc d'Or/éans. Le roi Ie fait (( trésorier sur Ie fait de la justice II, puis général des finances (1404), mais il ne peut conserVer aucune de ces places, et elles ne lui rapportent jamais rien, Il meurt en 1406 ou 1407, Ses æuvres ont été publiées par Ie marquis de Queux de Saint-Hilaire et Gaston Raynaud (5. A, T.), 11 vol" 1873-1903. Illaut mentionner à part rArt de dictier, en prose (t. VII. p. 2/6), daté du 25 novo 1392, qui est Ie plus ancien des (( Arts de seconde rhétorique II (voir notre chap. VII) et Ie Miroir de mariage, (t. I X), poème de plus de 12000 vers que la mort l'a empêché de terminer : c'est une satire véhémente contre les femmes et Ie mariage, OÙ Deschamps se rencontre souvent avec les Lamentationes de Mathieu (extrême fin du XIII' sièele) , dont la tradudion Irançaise, composée par ]ehan Ie Fèvre en 1371 ou 1372, est restée longtemps populaire.

COMME MACHAUT, comme Froissart, Eustache Deschamps a composé des vcrs d'amour, et il est possible qu'on les lui ait parfois payés. II est certain toutefois que sa poésie ne l'a pas fait vivre, II est fonctionnaire d'abord et auteur ensuite. II a même rempli d'assez hautes charges; mais au XIV e siècle les (( gages II n' étaient pas toujours payés. Deschamps est resté toute sa vie besogneux et incertain du lendemain. De là dans ses vers un accent d'âpreté très particulier, II est un mécontent dont la grande affaire a été de résoudre Ie problème de la vie matérielle et qui n'y a pas toujours réussi. On comprend qu it ne se soit guère auardé aux subtilités de I'amour conventionnel. Son robuste bon sens était aux prises avec une réalité trop dure pour quïl se permÎt un passe-temps réservé aux favoris des princes. II a, bien entendu, accepté les formes poétiques en faveur autour de lui et il a même écrit plus d' un millier de ballades et près de deux cents rondeaux, mais il ne s'est pas astreint à traiter les thèmes traditionnels : la ballade chez lui est extrêmement variée, elle est tour à tour patriotique, morale, philosophique, plaisante, frondeuse, satirique; elle n'est amoureuse que par accident et comme à regret; de même, sïl écrit une pastourelle, ce sont des paysans de France qui se lamentent sur les maux de la guerre.

Deschamps est très près de son siècle, il a donné à la poésie Iyrique Ie sens de la réalité : là est la nouveauté de son æuvre, Cette réalité lui apparaÎt assez laide. II ne Ratte pas son époque. II prend vo!ontiers Ie ton satirique, tempéré de bonne humeur dans sa jeunesse, aigre et morose vers la fin. II représente ceUe classe moyenne des grandes villes qui souffre moins que d'autres de la guerre de Cent ans, mais qui n'en profite pas non plus, qui en voit toute l'horreur dans Ie présent et en comprend tout Ie danger pour l'avenir. II peut y avoir une pointe d'égoïsme dans ces plaintes : elles sont inspirées du moins par un patriotisme sincère, clairvoyant et honnête. T outefois l'impression d'ensemble reste confuse. La ballade ne fournit après tout à ce patriote aUristé qu'un cadre bien étroit pour sa verve ou son indignation, 1\1algré la vigueur fréquente du trait, il y a quelque chose d'étriqué dans sa poésie. Ce ne sont que des notations, précises sans doute et parfois colorées, mais si grêles et si menues! Pas de grand souffle qui emporte l'æuvre, Du Cuesdin et lïmportunité des mendiants de Paris, les malheurs de la France et Ie mauvais poisson du carême, tout est sur Ie même plan, ulle gradation, nulle perspective. Son æuvre n'est guère qu'une chronique au jour Ie jour,

+- 11 "coft.IIt"JudC!I:,, s:n\C\t

u,uc,-k }

"" i'cfrnwctu1 }"rQ Þ.'"itt}tIM'.:tJ'U' , ,b"l , t.

" ".t'ntun f<<fW&- .r. Î ",e.a;. ')lltctél l\i.cu:t'fllttcl\"tC\llOtt- I 4 .!.

" r r.fc"cIR

"fA "t (:

fWffi ficø,"tft{ " t nt\,"t"'U&n"" I :

(, " '" 'Jtt CtU, " ':' -,..? no(fut' t ("'" "r>>mtnCllaDtt ..c If f:d.'\ I , ',.;::-... ..., etatt"ø"1::' {c - f ......t ,"4tftC I'" n.

.'tp!.&t f\,tt-1""'" ' It I :>:. ..

cd(d"

&ft . t\ ')" øtt"}""", UCMUØ1C .uc ttlAIt1tW !

· 1",",& ÍÀ1'")t ':"11"" c>..r " dl '1t Ifm:ttOØlttU('&

Page 1