‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 133 sur 402 · UO · texte numérisé non relu

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UNE SCÈNE DF-S << CHRONIQUES D DE FROISSART. - Arrivée à Paris, en 1385, de Louis II d'Anjou. roi de Naples, alars âgé de six ans, (D' rès Ie manuscrit frans. 2645 de la Bibliothèque Nationale dit <<Ie Froissart de Louis de 13ruges D.)

Chronique de Flandre composée par lui que/que temps auparavant. - Le livre III (jusqu'à 1389) est de 1390. - Le livre IV (/389-1400), commencé dès 1390, a été écrit au cours des dix dernières années du siècle.

Les Chroniquesde Froissart ont été publiées par Siméon Luce et Gaston Raynaud, de 1869 à 1899, Onze volumes ont paru (jusqu'à 1385) : pour Ie reste, on peut recourir à fédition Kervyn de Lettenhove, Bruxelles, 29 vol., 1867-1877 (les Chroniques occupent les tomes II-X V I) ou à fédition Buchon, 3 vol., 1837. Voir A. Molinier, les Sources de rhistoire de France, t, I V, n" 3094; Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. I X, p. 63; G. Paris et A. /eanroy, Extraits deschroniqueurs français, p. 165 ; Mary Darmesteter, F roissart, 1894. Parmi les chroniques contemporaines de celles de Froissart, on peut citer la Chronique des quatre premiers Valois, p, p. Siméon Luce, 1862; et la Chronique des règnes de Jean II et de Charles V, qui est peut-être due au chance/ier Pierre d'Orgemont (éd. R. Delachenal, 3 vol" 1910-1920).

JEAN FROISSART, lui aussi, a voulu raconter I'histoire des (( grans guerres de France et d'Engleterre et des royaumes voisins II. Sa première idée avait été d'écrire une chronique en vers et, en 1361, il a même offert à Philippine de Hamaut, femme d'f.douard II I, un poème qui contenait probablement Ie récit des événements survenus depuis la bataille de Poitiers et qui ne s'est pas conservé. Mais la forme traditionnelle des chroniques en vers se prêtait mal à son dessein, et il y a très vite renoncé. Cest quïl n'entend pas se borner à recueillir les événements un à un dans I'ordre où ils se sont produits, Ce serait là (( chroniquer II, dit-il avec dédain, et il veut être un historien. Non quïl songe à démêler derrière la complexité des apparences un rigoureux enchaÎnement de causes et d'effets, II était trop poète pour avoir même I'idée d'une pareille abstraction, Ce qui lïntéresse, c'est Ie jeu même de la vie et Ie spectacle étonnamment varié qu'elle présente à qui sait se placer pour la bien observer. Chacun de nous ne voit les chos::s que du petit coin où il est cantonné. Froissart, lui, voudrait nous faire embrasser d'un coup d'ceil Ie vaste théâtre du monde. II aimerait à être Ie témoin oculaire de tous les grands événements et. ne pouvant I'être, il a cherché à consulter ceux qui en chaque cas étaient en mesure de

on voudrait entendre ou deviner des réserves qui rassureraient la conscience moderne, En d'autres termes on déplore qui I n'ait pas su devancer son siècle, Sommes-nous donc si sûrs d'être complètement détachés du nôtre? Ce qu'on ne requiert ni de Bossuet ni de Saint-Simol], pourquoi I'exiger de Froissart? II apparteflait à une certaine société, et il I'a crue plus durable qu'elle n'était, Erreur fréquente, et qui se renouvellera. II nous est facile aujourd'hui de juger avec sérénité des hommes et des choses du XIV e siècle. Les contemporains ont pu et dû s'y tromper en toute bonne foi, Une société qui a produit un Du Guesclin avait encore Ie droit de compter sur l"avenir. Alain Chartier n'a plus de ces illusions; mais c'est AÚncourt qui I'a détrompé. Et il n'approuve pas plus que Froissart les mouvements populaires, Du moins Froissart a-t-il raconté les troubles de Flandre, l'insurrection de W at Tyler, Ie soulèvement des 1\1aillotins, tout au long. avec une curiosité attentive, sans chercher jamais à diminuer I'importance de ces rudes avertissements, Retrouverions-nous toujours chez nos contemporains une pareille largeur d'esprit?

On reproche encore à Froissart d'avoir été dans son æuvre tantôt anglais, tantôt français, au gré du moment et selon la couleur de I'argent qui payait son travail. II est vrai que ce sujet des comtes de Hainaut, qui a vécu longtemps à la cour d'Angleterre pour passer ensuite au service de grands seigneurs français, a modilìé peu à peu ses sympathies au cours des années ; jamais il n'a cessé d'admirer en premier lieu la chevalerie féodale, mais iI en viendra à préférer à toutes les autres la chevalerie française. De quel droit suspectonsnous sa sincérité? Et s il a été sincère, com me nous Ie croyons. est-ce à des Français de se plaindre de ce revirement? Sachons aussi tenir compte du désarroi moral de cette terrible époque. Quelques années après la mort de Froissart, Paris accueillait avec des vivats Henri V, roi d'Angleterre et régent de France; I'Université se ralliait en masse au régime nouveau; les blasons des vainqueurs de Poitiers étaient suspendus dans toutes les salles du collège de Sorbonne, En vérité, il a tenu à bien peu de chose que nous ne soyons tous aujourd'hui de loyaux sujets de la couronne d'Angleterre. Pardon nons à Froissart d'avoir été un homme de son temps, et saluons en lui un des grands peintres de notre littérature et un des grands historiens de notre pays,

AUTRES CHRONIQUEURS Le Livre des Faits du bon messire Jean Ie Maingre. dit Ie Bouciquaut, a été pub/ié par Buchon à la suite de son édWon de Froissart, t, III, p, 570. On a atlribué /'ouvrage à Chrisfine de Pisan, mais sans raisons suffisantes. Voir A. fv[olinier, les Sources de I'histoire de France, t. I V, n" 3578. - La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, éd. A. M, Chazaud. 1876. II s'af!it du duc Louis I r de Bourbon, beau-frère de Charles V (/337-1410), Voir A. Mo/inier, ouvr. cité, t. IV, n" 3579, - Chroniquesde Perceval de Cagny. éd, H. Moranvil/é, 1902, Voir A. Mo/inier, ouVr. cité, t. IV, n" 4148. - Journal d'un Bourgeois de Paris (1405-1449), éd, A. Tuetey. 1881. On a atlribué cet ouvrage à différents membres de r Université, mais dans aucun cas on n' a fourni de preuves décisives, Voir A, M o/inier, ouvr. cité, t, IV, n" 4149, - Journal de Clément de Fauquembergue (1417-1436), éd. A. Tuetey, 3 vol., 1903-1915. -Ajoutons Ie Journal de Nicolas de Baye, greffier du Parlement de Paris (1400-1417), éd. A. Tuetey, 2 vol., 1885-1888, et la Chronique d'Arthur de Richemont, connétable de France, duc de Bretagne (1393-1458), par Guillaume Gruel, éd, A. Le Vasseur, 1890.

DANS LA PREMIÈRE MOITlÉ du XV e siècle, la prose, comme au XIV e siècle, est représentée surtout par des chroniqueurs, Le plus remarquable d'entre eux est celui qui a composé Ie Livre des faits du bon mess ire Jean Ie Maingre, dit Bouciquaut, maréchal de France, qui fut gouverneur de Gênes de 1401 à 1409, fut fait prisonnier à Azincourt e mourut en 1421 dans sa prison d'Angleterre.

Ce chroniqueur e3t évidemment un clerc: il cite d'abondance la Bible et I'antiquité latine: c'est même sans doute un ecclésiastique : il sintéresse fort à la question du schisme et il s'indigne contre les deux papes qui prolongent ce désordre, II doit ses renseignements les plus précis à quelques chevaliers de I'entourage du maréchal, qui lui ont suggéré lidée de son livre. Le maréchallui-même n'est pas dans Ie secret, mais I'auteur espère bien ne pas lui déplaire, puisquil fait un discret appel à sa générosité. On voit donc quil s'agit d'un professionnel. qui écrit pour vivre, Son ouvrage se compose de quatre livres. Dans Ie premier, les chapitres relatifs à I' enfance de Bouciquaut renferment de curieux détails, mais la suite souffre de la comparaison avec Froissart. C'est que notre biographe ne se com;:>laît pas aux exploits LlntR FPANÇ - I

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LA BATAILLE DE ROSBECQUE, où Ie roi Charles VI baltlt les Flamands, conduits par Philippe Ärleveld, qui fut tué (1382). - Miniature du manuscrit franç, 2645 de la B. N,. dit " Ie Froissart de Louis de Bruges >>,

guerriers. II expédie en quelques mots la fameuse joute de Saint- Ingelbert, et raconte I'expédition de Nicopolis d'une façon très incomplète et très incorrecte. Sur les faits du gouvernement de Gênes, qui constituent la matière du deuxième et du troisième livre, iI a I' air d'être au contraire très bien informé. C'est la partie vraiment vivante de son ouvrage et Ie récit est alertement mené, Le quatrième livre, consacré aux vertus du maréchal et où déborde par trop I érudition du clerc, est d'un intérêt médiocre, Dans I'ensemble, Ie style est net, assez ferme, agréable, et Ie héros du livre a grande allure: Bouciquaut est un beau type de chevalier de la féodalité lìnissante. Quil ait eu seulement quelques compagnons dignes de lui, et on comprend l'enthousiasme d'un Froissart. Par moments Ie maréchal fait même songer à saint Louis, et I'auteur de sa biographie a quelques-unes des qualités charmantes de Joinville.

La Chronique du bon duc Louis de Bourbon a été écrite en 1429 sur I'ordre du comte de Clermont, par II Jehan d'Orreville, picard, nommé Cabaret, pauvre pèlerin )), Jean Cabaret tient ses renseignements d'un vieux seigneur, Jean de Châteaumorand, qui avait été Ie compagnon du duc. II est visible toutefois que Ie chroniqueur a fJaué Ie portrait de son héros. Mais il ne I'a pas affadi, témoin I'épisode où I'on voit Ie duc de Bourbon jeter au feu Ie livre qu'un bourgeois de Moulins, Huguenin Chauveau, II grand procureur du Bourbonnois )), avait comp03é contre la conduite des nobles du duché pendant la captivité de leur seigneur en Angleterre. CeUe scène caractéristique nous montre bien de queUe essence supérieure se croyait faite la noblesse et dans quel mépris elle tenait tout ce qui n'était pas elle. La chronique de Cabaret nous renseigne curieusement sur la vie que menaient, au milieu de leurs vassaux et de leurs sujets, les grands seigneurs féodaux du XIV e siècle. Ëcrite sans prétention, dans un style populaire et assez co!oré, elle se lit avec plaisir, La Chronique de Perceval de Cagny, écrite entre 1436 et 1438, a une grande valeur historique. Elle donne de précieux renseignements sur Jeanne d'Arc. Elle met en lumière les faiblesses et les vacillations du roi de Bourges; on voit quel précaire secours il a accordé à Jeanne. L'auteur, un écuyer d écurie du duc d'Alençon, juge les princes contemporains, et Charles \'1 1 en particulier, avec une fermeté, une indépelldance et, semble-t-iI, une impartialité qu'on ne trouve pas souvent dans les chroniques de I'époque, Mais c'est un écrivain médiocre.

On n'a pas réussi à identilìer I'auteur du Journal d'un Bourgeois de Paris. On sait seulement quil était prêtre et quil appartenait à I'Université, II nous a laissé un tableau extraordinairement piUoresque et varié du Paris de la première moitié du XIV e siècle, Cest I'époque de la domination anglaise et bourguignonne, et Ie Bourgeois est un témoin lìdèle de I'état d'esprit qui régnait dans la grande ville pendant ces tristes années. II faut lire ce livre pour comprendre à quel

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