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LE VERGER D'AMOUR, - D'après un manuscr;t de [a plus ancienne traduction française de la Théséide de Boccace: ce manuscril(Bibl. impéria[e de Vienne. 2617) a appart nu au roi René d'Änjou.
qui éiait probablement Gerson, jean de Montreuil envoya plus tard à Christine et à Gerson une lettre où il exposait les mérites de jean de Meung. et ce fut Ie point de départ d'une quere//e épistolaire. qui se prolongea pendant les années 1401 et 1402. On trouvera celles des pièces qui ont été conservées de ce débat dans Ch. F, Ward. the Epistles on the Romance of the Rose and other documents in the debate, 1911. saul Ie Traité de Gerson contre Ie Roman de la Rose. qui a été publié þar E. Langlois dans la Romania. 1918-1919, p. 23. Sur jean de Montreuil (né Vers 1354, mort en 1418), voir A. Thomas, De Johannis de Monsterolio vita et operibus. 1883. et la Romania. 1908, p. 594. Sur Gontier Col (vers 1354-1418) et Ie groupe des humanistes en général. voir Alma de L. Le Duc, Gontier Col and the French Pre-Renaissance. dans la Romanic Review, 1916, p, 414; 1917, p, 145 et 290. Sur jean Charlier, dit de Gerson (/363-1429). voir A. Molinier, les Sources de l'histoire de France. t. I V, nO 3833. Le Sermon Ad Deum vadit (sur la Passion) a été publié par D, H. Carnahan, University of Illinois studies in Language and Literature. 1917. Alain Chartier. latiniste. est surtout connu par son De vita curiali. satire de la vie des cours (éd. F. Heuckenkamp. Halle. 1899); Ie Curial, qui en est une traduction, n'est pas de lui : voir Piaget. Romania, 1901. p. 45. et A. de L. Le Duc. ouvr. cité. p, 65. Sur Laurent de Premierfait. voir Hauvette. D Laurentio de Primofato, 1903. II faut citer ici deux traducteurs du X I V- siècle. dont les æuVres sont plus signifìcatives encore: Pierre Berçuire. qui traduisit Tite-Live (/352-1356), et Nicolas Oresme (mort en 1382). auteur d'un traité célèbre sur les monnaies, qui traduisit en 1370-1371. sur la version latine, que/ques-uns des plus importants traités d'Aristote (voir A. Molinier, ouvr. cité, nO 3345).
Nous SAVONS tout ce que doivent à Jean de Meung les poètes du XIVe et du XV C siècle. Mais là ne s'est pas arrêtée l'inAuence du Roman de la Rose. II n'a pas seulement fourni un stimulant à l'imagination et des procédés à la technique littéraire, il a aussi agi sur la pensée, Le moment est venu OÙ on commence à percevoir la vraie signi/ìcation de ce livre étrange. Les nécessités de la guerre avaient donné un regain de vie aux enseignements démodés d'un roman de chevalerie com me Lance/ot. Mais ce n'est qu'une faveur factice. En effet. Crécy, Poitiers. Ie pillage du royaume montrèrent à plein la vanité des espérances qu 'on pouvait fonder sur une chevalerie oublieuse de sa mission, Aussi. à la première accalmie. sous Charles V et au début du règne de Charles VI, bien des esprits réAéchis se prirent à souhaiter un guide plus sûr. Quelques-uns Ie trouvèrent en Jean de Meung. Alors que Ie Lance/ot parait d'un prestige trompeur l'institution féodale, il sembi a tout à coup que Ie Roman de la Rose apportait une manière d'évangile bourgeois. II libéraill'individu des vieilles oppressions. Pour Jean de Meung il n'y avait pas de question réservée : la royauté. la noblesse, l'f.glise même avaient à lui soumettre leurs titres. II donnait con/ìance en la raison humaine. Ces analyses hardies, cette indépendance intellectuelle devaient séduire des esprits las des routines inef/ìcaces, Rien d'étonnant que Jean de Meung ait trouvé alors des partisans fougueux et aussi des contradicteurs passionnés. Une querelle ouverte mit bientôt les deux camps aux prises. C'est en attaquant les femmes avec une verve impitoyable que Jean de Meung avait porté à lïdéal chevaleresque et galant du passé Ie coup sinon Ie plus rude. du moins Ie plus immédia1:ement sensible. Sans doute it n'était pas Ie premier: bien d autres avant lui avaient dit du mal des femmes. mais personne encore n'avait médit d'elles avec une telle âpreté, une telle conviction (parfois feinte. on aime à Ie croire). un tel accent d'autorité, un si extraordinaire déploiement de science. Et comment appeler de ceUe tranchante condamnation, si injuste qu'elle pût être. quand Ie juge était Ie maitre glorieux de tous les poètes du temps? On comprend Ie chagrin et ['indignation de la douce Christine. N ous avons dit avec quelle chaleur elle osa protester, Sa protestation donna lieu à tout un échange de lettres parfois fort vives. Christine trouva une aide puissante en Jean Gerson, chancelier de l'f.glise de Paris, un grand prédicateur et une des plus nobles /ìgures de l'époque. II écrivit contrc Ie Roman de la Rose un ferme et vigoureux pamphlet. à côté duquel pâlissent toutes les autres pièces de cette singulière querelle. Les champions de Jean de Meung furent Jean de Montreuil et Gontier Col. tous deux notaires et secrÚaires du roi, et Ie frère de Gontier. Pierre Co\. chanoine de Paris et de Tournai. Christine défendait les femmes outragées par Jean de Meung, Gerson blâmait en lui la licence de son langage et son irrespect foncier à ['égard de la religion; illui reprochait de compromettre, par ses folies prétentions, la raison même. II y a dans les lettres de Christine du bon sens. de la dignité et une
modestie touchante, Gerson est viE. pressant, iI fonce sur l'adversaire. Les frères Col (on n'a pas retrouvé la lettre de Jean de Montreuil) ont de l'esprit, mais iI leur manque une certaine Reur de politesse, et ils sont apparemment plus préoccupés d'exprimer leur admiration que de la justifier. l\lalgré toute leur assurance, il ne semble pas qu'ils aient eu Ie dessus dans cette controverse. C'est que la question était mal. posée et que, sans bien s'en rendre compte peut-être, les défenseurs de Jean de l\leung ne pouvaient produire ouvertement leurs arguments les plus forts. Ce qu'ils admiraient avant tout dans Ie Roman de la Rose, c'était précisément cette liberté illimitée de la pensée, cette foi en la raison et, pour tout dire, l'esprit laïque qui animait Ie livre. Et ils admiraient aussi cette familiarité avec l'antiquité c1assique, ce recours perpétuel aux grands hommes de la Rome païenne.
lis y reconnaissaient la propre démarche de leur esprit, car Jean de Montreuil et les frères Col ont été d'excellents humanistes, Ce n'est pas Ie moindre intérêt de cette querelle de nous faire apercevoir ainsi, au début du xv e sièc1e, tout un groupe d'esprits studieux, épris de lettres latine'i, admirateurs de la forme antique et curieux de la pensée qu'elle recouvre. A côté de Jean de Montreuil et des frères Col, nous trouvons encore Nicolas de Clamanges, Ambrosius de I\liliis, Italien établi à Paris, et un Laurent, qui est peut-être Laurent de Premierfait, traducteur de Boccace, Sur beaucoup de points Christine de Pisan, elle aussi admiratrice des Anciens et des Italiens, aurait pu s'entendre avec ces savants hommes, Gerson lui-même n'aurait pas prêché en 1402 un si beau sermon sur la Passion: il n'aurait pas, la même année, écrit avec une si ferme éloquence contre Ie Roman de la Rose, s'il n'avait été touché à son tour d'un reRet de l'antiquité païenne. Alain Chartier a peut-être été en rapport avec Ie groupe des humanistes, II mérite d'être compté parmi eux, Et il est Ie seul qui ait su faire passer dans Ie français un peu gauche de son temps, à la fois Ie rythme de la phrase latine et la vigueur de la pensée antique. Le Quadrilogue invectif est Ie chef-d'æuvre de cette première Renaissance des lettres. Pourquoi Ie mouvement si bien engagé s'est-i1 brusquement arrêté? Les grands rhétoriqueurs, il est vrai, chercheront à emprunter à Alain Chartier et aux Latins cette forme brillante, mais ce sera bien tard dans Ie siècle et, sauf Chastellain, i1s ne se préoccuperont pas de la pensée. Ici encore, iI faut accuser la guerre de Cent ans et les troubles qu'elle a causés ou favorisés. Le culte des lettres antiques ne pouvait se développer au milieu des rivalités sanglantes des Armagnacs et des Bourguignons : Jean de Montreuil et Gontier Col sont tués tous deux en 1418; Ie meilleur poète de l'époque reste captif à l'étranger pendant vingt-cinq ans, Les protecteurs et les Mécènes manquent : Charles VII est trop occupé à reconquérir son royaume; Louis XI est trop fermé au sens de la beauté, Pour renouer les fils brisés et ramener chez nous la vraie Renaissance, il faudra att ndre des temps moins troublés et l'avènement d'un roi ami des lettres.
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