‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 137 sur 402 · LE MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LE MOYEN AGE

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LE MIRACLE DE LA NONNE QUI LAISSA SON ABBAYE, - (B. N., ms. franç. 9199),

Les sujets ne sont pas ongmaux ; la littérature narrative antérieure a été mise à contribution par des gens qui la connaissaient bien ; Miracles de Gautier de Coincy, chansons de geste, romans d'aventure, vies de saints, chroniques, les auteurs ont frappé à toutes les portes, très persuadés sans doute qu'en chaque cas ils rehouveraient une réalité hi3torique. Déjà dans certains des récits qui leur servaient de sources, on voyait apparaÎtre la Vierge : ils la lìrent intervenir partout. C est elle qui se montre à point nommé pour guider et sauver non pas les innocents, qui se sauveront bien tout seuls, mais les coupables repentants, et en particulier ceux qui ont cru jusqu'au bout en la mère de Dieu, Dans la plupart des pièces, Ie rôle de la Vierge n'est pas nécessaire à l'action, et on s'est souvent demandé si en Ie réduisant peu à peu on n'aurait pas pu aboutir insensiblement à un théâtre laïque, qui aurait mieux approfondi la psychologie de ses personnages. Mais l'originalité de ces petites pièces ne consiste-t-elle pas précisément à Caire voisiner, comme si Ie fait se trouvait être d'expérience courante, Ie divin avec l'humain? N'est-ce pas une façon de rendre visibles à tous les yeux, de matérialiser pour ainsi dire ces secours spirituels qui nous viennent d'en haut? C'est bien la psychologie qui convient à un public à la fois fruste et croyant. N'oublions pas que les réunions des puys sont avant tout des fêtes religieuses : en tête d'un grand nombre de Miracles, et parfois relié à l'action même, nous trouvons un sermon en prose, un vrai sermon, avec texte et divisions, où la Vierge est louée avec une onction presque mystique, C'est un acteur assurément qui tenait Ie rôle du prédicateur, mais iI enhait si bien dans l'esprit de ce rôle que plus d'un spectateur devait, à ce moment-Ià, se croire transporté à l'église, Pour composer des sermons de ce genre, il fallait connaÎtre I'Ecriture sainte, Le latin y est cité abondamment et apparaÎt à l'occasion même dans Ie corps de la pièce. Seuls des clercs ont pu avoir une lecture aussi vaste et une instruction aussi poussée. II n'est pas impossible que des prêtres se soient trouvés parmi eux : quelques plaisanteries sur Ie clergé ou les choses saintes ne tirent pas à conséquence dans une époque de foi vive. On ne saurait douter que les Miracles de Notre-Dame ne soient I'æuvre d esprits très religieux; il ne s'ensuit pas quïls n'aient eu en vue que l'édilìcation des spectateurs. L'élément comique est déjà indiqué. On entrevoit un art du décor moins primitif qu'on ne s'y attendrait, L'apparition de la Vierge Marie, avec son cortège d'archanges chantant des rondeaux, devait produire un vif mouvement d' émotion parmi cette foule naïve. Et surtout les péripéties variées et parfois surprenantes de l'action tenaient les spectateurs en haleine, L'histoire d'une bourgeoise qui, soupçonnée à tort d'aimer son gendre .d'amour coupable, fait étouffer Ie malheureux, est découverte, con- .damnée au feu, arrachée par la Vierge aux Hammes du bûcher et 'lìnit ses jours dans un couvent, a tout l'attrait d'un roman leuilleton rnoderne, Ce sont souvent des rois et des princes qui jouent les

premiers rôles: mais visiblement, les auteurs de nos Miracles n'on contemplé que de loin ces grands personnages : leurs puissants poten tats sont des fantoches, Quant aux événements OÙ ils les placent e aux actions qu'ils leurs prêtent, sur ce point ils suivent docilemen leurs sources, C'est pourquoi il faut nous garder de chercher dans ce petits drames un écho des troubles et des malheurs de l'époque, pa plus que nous ne demander ions aux mélodrames d'aujourd'hui d, nous renseigner sur l'histoire de notre temps, La vérité est que, s nous ne savions dater par ailleurs les Miracles de Notre-Dame, nou ne devinerions jamais qu'i1s ont été comv05és et joués pendant Ie plus tristes années de la guerre de Cent ans. II est clair que ce gram bouleversement a laissé subsister intactes bien des habitudes et biel des traditions. Ce sont les cènes de la vie bourgeoise et populaifl que les Miracles nous rendent avec Ie plus de bonheur. lis nous fon pénétrer dans la demeure des petites gens et des humbles et nou. initient moins encore aux détails de leur existence journalière qu'; leurs façons de penser et de sentir, De là une saveur originale qu'or ne retrouve au même degré dans aucune æuvre contemporaine. Ceo naïfs Miracles du XIV e siècle ont retenu un peu de l'âme de la vieillt France.

Les Mystères

) Sur les premières reprÉsentations de fv[ystères à Paris e, aux environs, voir Gustave Cohen, Romania, 1909, p, 587, e

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LA NATIVITÉ, miniature de Jean Bourdichon (Heures d'Anne de Bretagne, Biblio- Ihèque Nalionale). - Comme \'a démonlré Émile Mâle (['Art religi u.x à l /in du moyen âge) , toules les scènes religieuses représenlées par les. mlmalur!sleS du xv" siècle ani élé jouées avanl d'êlre peinles. Le Ihéâ re a fO!lrm ,,:ux. arhsl",:. d s groupements de {'ersannages, des décors, des accessOlres. C esl amsl que Ilde

d"agenouiller la Vierge devanl son fils nouveau-né esl prise aux Myslères. Le 10,1 léger élabli par saml Joseph esl un décor de Ihéâlre.

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