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LE THÉATRE OU HOURDEMENT pourtraict comme il estoit quant fut jouée Ie mistere de layassion Nostre Seigneur Jesu Crist (en 1547, à Valenciennes). - Miniature du ms. 12536 du fonds français de la l:3ibliothèque Nationale,
Ie Jeu des Trois Rois, la Passion et la Résurrection de Notre-Seigneur forment un ensemble plus intéressant, Cette production date à peu près du même .temps que les Miracles de Notre-Dame, et il y a une certaine analogie de structure et d'aspect entre les deux répertoires, Le comique, si peu développé quÏI soit, y est entendu de même manière, Peut-être y a-t-il un peu plus d'aisance et de netteté dans Ie style des II jeux II de Sainte-Geneviève; mais obligés de s'en tenir à des situations et à des personnages imposé'i par l'f.criture ou par les légendes religieuses, ils ne reAètent en aucune façon la vie populaire ou bourgeoise de I'époque, et ils sont loin d'avoir pour nous I'attrait des Miracles de Notre-Dame, Le répertoire des confrères de Paris n'est pas Ie seul que nous possédions pour Ie XIV e siècle : la Passion du Pa/atinus (récemment découverte à la Bibliothèque du Vatican) et la Passion d'Autun (du nom de la vi lie où a été copié, en 1470, Ie manuscrit Ie plus récent) remontent au début même du siècle. Elles offrent entre elles de grandes re'isemblances: c'est qu'elles proviennent, par des voies différentes, d'une Passion plus ancienne, dont on a conservé un court fragment découvert à Sion (Valais) en 1894, à moins que Ie fragment de Sion ne représente une troisième version du premier original; cet original, à son tour, autant qu'on peut Ie deviner, suivait de très près Ie texte de la Passion des Jongleurs, On entrevoit ainsi, dès les débuts du XIY" siècle, toute une étonnante activité des confréries ou d'organisations analogues, et même quelques-unes de leurs habitudes : il est clair qu'on ne se croyait
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L'ANNONCIATION ET LA VISITATION, - D'après Ie manuscrit de la Passion de Valencienne..
pas tenu en chaque cas de produire une æuvre de tout point nouvelle : on empruntait la Passion du voisin que l'on remaniait sans scrupule, pour l'accommoder aux circonstances de lieu et de temps, quitte à fournir soi-même à d'autres Ie canevas d'une nouvelle adaptation. De là les ressemblances souvent textuelles et les différences que présentent ces pièces. Du moins une même inspiration les anime, et une même foi, On est en présence d'une æuvre collective à laquelle a travaillé la nation tout entière, Dans Ie premier tiers du Xy e siècle, Ie mouvement continue et s'élargit, La Passion bourguignonne de Semur, qui a des rapports avec la Passion du Palatinus, remontedirectement ou indirectement à la Passion des Jong/eurs, mais elle a subi aussi l'inAuence de la Passion de Sainte-Geneoièoe, A ce titre elle semble reprendre et résumer tout I'effort antérieur; et, en même temps, elle ouvre une voie nouvelie: sÏnspirant d'un livre célèbre longtemps attribué à saint Bonaventure, les l'v[editationes Vitæ Christi, elle donne une importance toute nouvelle au rôle de la Mère de Dieu, mettant ainsi Ie théâtre au service de ce grand mouvement qui, du XilI C au XIY C siècle, a donné une si extraordinaire extension au cuhe de la Vierge. D'autre part, sous IÏnAuence d'un dialogue latin faussement attribué à saint Anselme, la Passion de Semur s'arrête longuement aux détails de la crucifixion et développe avec complaisance Ie thème des souffrances du Christ. Ces deux traits se retrouveront désormais dans toutes les Passions postérieures : la Vierge sera même Ie personnage Ie plus vivant et Ie plus vrai de tous les Mystères du Xy e siècle; Ie second trait nous paraÎt moins heureux que Ie premier, mais il est clair que Ie public de l'époque a trouvé Ie plus vif plaisir dans Ie spectacle des brutalités inAigées au Christ par ses bourreaux. I( Dans un certain sens, a-t-on dit avec justesse, Ie développeme;it du Mystère de la Passion n'est pas autre chose que la représentation de plus en plus matérielle, réaliste, du supplice de la croix. II Dans la Passion de Semur, dans les jeux du recueil de Sainte- Geneviève, sous l' unité de IÏnspiration on sent la diver"ité des collaborateurs : chaque tradition a laissé sa marque et les soudures sont encore visibles. Dans la Passion d'Arras au contraire, on ne se contente pas d'une juxtaposition aussi naïve: nous avons là I'æuvre d'un seul auteur qui certes a utilisé les travaux de ses devanciers, mais qui a dominé son sujet et écrit sa pièce d'un bout à I'autre. II est presque certain que cet auteur était Eustache Marcadé, official de Corbie, qui mourut en 1440 doyen de la Facuhé de Décret de Paris. Voilà Ie premier nom que nous ayons à citer dans I'histoire du théâtre religieux depuis 1300, et c'est celui d'un savant homme qui, lui aussi, s'est souvenu de ses lectures quand il a voulu retracer les scènes de la Passion. C'est à lui que les Mystères du Xye siècle doivent cette introduction fameuse, OÙ Justice et Miséricorde, Paix et Vérité engagent devant Dieu Ie II procès de Paradis)) qui ne se dénouera que par Ie sacrifice de Jésus. II a trouvé bien d'autres choses dans ses livres latins : avec lui la théologie et I'érudition entrent au théâtre des Mystères et s'y feront une place de plus en plus large, Chose curieuse, cet élément nouveau ne contribuera pas peu au succès de ce théâtre pendant Ie Xye siècle et la première moitié du siècle suivant.
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LE PORTEMENT DE LA CROIX ET VÉRONIQUE. LA CRUCIFIXION, LA DESCENTE DE CROIX. LA MISE AU TOMBEAU, d'après Ie manuscrit de la Passion de Valenciennes.
Ce succès a été immense. II n'est pas de ville qui ne veuille avoir sa représentation, C'était un jour de fête longtemps attendu et où on accourait de loin. On s'y préparait de longue date, Les confrères de Paris avaient leur hôtel et un personnel exercé par des représentations régulières, Ailleurs il fallait édifier la salle et former les acteurs. On avait besoin d'une scène très spacieuse, car tous les lieux où devait se développer successivement l'action étaient placés dès Ie début sous les yeux du spectateur et y restaient jusqu'à la fin, Le manuscrit de la Passion jouée à Valenciennes en 1547 présente une miniature où ont été figurées, côte à côte. les onze II mansions II ou lieux nécessaires à la représentation de la pièce (dans la réalité il y en a eu davantage, mais l'artiste a simplifié). Sur un côté. un trône où est assis majestueusement entre ses anges Dieu Ie père; à l'autre extrémité,les Limbes et l'Enfer: des Aammes rougeoient. une gueule béante de dragon vomit une sarabande hideuse de diables; entre Ie Paradis et l'Enfer s'alignent Nazareth. Ie Temple. Jérusalem, Ie Palais du Roi. la (( maison des évêques )). Ie lac de Tibériade, tous les lieux qu'ont illustrés des épisodes de la vie du Christ. Du reste. une simple porte figure Nazareth, et Ie lac de Tibériade est un petit bassin sur lequel Aotte une barque. Sur Ie devant, un vaste espace libre où les acteurs voyagent d' une (( mansion)) à l'autre et où ils disent vraisemblablement une grande partie de leur rôle; ceux dont Ie moment n'est pas venu de jouer attendent leur tour, assis sur les côtés; leur nombre varie suivant les cas de cinquante à deux cents. et parfois ils sont bien davantage. Les costumes sont riches. Les machines sont déjà compliquées: des anges volent à travers la scène, des animaux feints exécutent des mouvements surprenants. des mannequins habilement substitués aux acteurs endurent des tortures effroyables. De la musique et des chants ajoutent à la variété.
Pour contempler ces merveilles. cette multitude de personnages, cette action aux mille péripéties dont la représentation exigeait en général plusieurs journées. une foule immense de spectateurs se pressait sur les gradins. lis appartenaient à toutes les classes sociales. Le menu peuple se plaisait fort aux scènes comiques. et les auteurs multipliaient ces intermèdes burlesques où diables et valets faisaient assaut de grosses plaisanteries. Les gens plus cultivés ne dédaignaient peut-être pas ce ragoût; toutefois ils s'intéressaient davantage aux beaux développements théologiques, à la dialectique serrée de Jésus discutant avec les docteurs. Mais quand paraissait la Vierge. qu 'on l'entendait exprimer en phrases touchantes ses inquiétudes, ses tendresses maternelles. Ie vaste auditoire tout en tier hémissait d'émotion et de ferveur. On sent ici les attaches étroites de ce théâtre avec I'Église; il représente une forme plus populaire du culte. Aussi tous ceux qui sont là. acteurs et public. sont convaincus quïls accomplissent un acte vraiment religieux : c'est leur façon de remercier Dieu d'une faveur, de lui en demander une autre. On s'amuse et on fait son salut. Voilà pourquoi des communes, des confréries. des associations et même de simples particuliers font à l'envi les frais de ces coûteuses représentations : on finira par y dépenser de vraies fortunes,
et plusieurs s'y ruineront. C'est aussi pourquoi on ne manque jamais d'acteurs : ce sont surtout des bourgeois et des ouvriers, mais on trouve aussi des nobles. et certains rôles sont volontiers tenus par des ecclésiastiques. Le clergé conserve la haute main sur l'organisation. II utilise ainsi une force sociale dont il sait très bien la puissance, et il la maintiendra longtemps au service de l'Église. La Passion la plus célèbre du xv e siècle et de tout notre ancien théâtre est celie d'Arnoul Gréban, qui sera plus tard chanoine du l\lans, mais qui, vers 1450 ou 1451. au moment où il composait sa pièce. était organiste de Notre-Dame et de plus chargé d'enseigner aux enfants de chceur la grammaire et la musique. II suit Ie cadre tracé par Marcadé; toutefois son imitation n'est pas servile: aussi savant théologien que son devancier, il puise à pleines mains dans les livres latins; mais de toute cette érudition il a su tirer des scènes entraînantes et pittoresques. C'est un letlré; il a même des parties de vrai poète. On a cité bien souvent la scène où la Vierge supplie son fils d'adoucir l'horreur du sacrifice de la Passion: l'idée n' est pas de Gréban, mais ilÎui a donné la forme dramatique et il a senti la poignante douleur de cette mère humaine d'un Dieu crucifié. Les scènes populaires sont d'une verve parfois très savoureuse, l\lais ici la limite était difficile à garder : la deuxième journée (it y en a quatre) se clôt sur des épisodes d'une brutalité singulière. Dans l'ensemble. c'est une impression de puissance et de grandeur qui se dégage de la pièce,