FRA:--JÇOIS VI LLON
curieusement. II connaÎt son travail et ses manies. II sait ce qu'elle fait de nous. Ilia déteste, et elle I'auire. CeUe vision épouvantable Ie hante. II la chasse d' un éclat de rire. et iI y revienl. T outes les abstractions hypocrites dont nous voilons ce grand fait, illes écarte brutalemenL II nous communique Iïmpression directe, physique de la mort: c'est presque un contact. à donner Ie frisson. Non qu'il ne sache. lui aussi, débuter bien sagement par un beau lieu COmmun : J e congnois que povres et riches Sages et folz, preslres et la.z', 'laiques.
Nobles, villains, larges et chiches, Petiz et grans, et beaulx et laiz.
Dames a rebrassez' colletz, . relroussés, De quelconque condicion, Porlans alours et bourrelelz.
Mort saisit sans excepcion.
l\1ais n'ayez peur qu'iI s'aUarde aux généralités. Sans reprendre haleine. il continue:
Et meure Paris ou Helaine, Quiconques meurt, meurt a douleur Telle quïl pert vent et alaine; Son lie! se creve sur son cuer, Puis sue, Dieu scet quelle sueur I Et n'est qui de ses maux I'alege:
Car enfant n'a, frere ne seur, Qui lors voulsisl' estre son plege". 'voulûl. "garanl La morlle fait fre"llir, pallir, Le nez courber, les vames tendre, Le col enfler, la chair mollir, Joinctes' et nerfs eroistre et estendre.
. arliculalions.
L'homme qui a écrit ces vers a senti passer sur lui Ie souffJe même de la mort, lis résument bien des angoiss s. plus d'une sombre méditation. De là, dans Ie Testament, une notedetristess qui donne un sens même aux plaisanteries les plus débridées et comme une dignité au poème, Villon. toutefois, n'est pas un résigné. Sïl arïête volontiers sa pensée sur la mort. c'est qu'illa sent rôder autour de lui, mais il ne la courtise pas. II tient à la vie de toute la force de son maigre corps et de son esprit acéré. de tout l'appélit de ses trente ans et de ses passions désappointées. mais non satisfaites. II aime la vie pour sa couleur. pour Ie spectacle qu'elle lui ofIre. pour sa beauté. pour sa laideur, pour les ennemis qu'on s'y fait, pour les femmes qui vous tentent et pour celles qui vous cèdent. Villon a beaucoup aimé et même la faim ne lui fait pas oublier l'amour: Bien est verté' que jayamé Et ameroie voulentiers; Mais Iriste euer, venIre afIamé Qui o-est rassasié au tiers.
I\l'oste des amoureux sentiers.
a vérilé.
Quel soupir de regret! Et comme il se plaÎt. faute de mieux, à évoquer Ie souvenir de toules celles qui ont passé dans sa vie! C'est un curieux cortège : la petite Macée d'Orléans, une mauvaise peste; Denise, qui I'a faitciter devant l'official; I\larion la Peautarde, que chantaient les garçons moqueurs; Marion I1dolle et J ehanne de Bretagne. tenancières de cabarets borgnes, tout un monde de figures louches où se détache avec un relief éto!]nant Ie pro 1 épais de la grosse Margot, héroïne d' u ne ballade singu\ ièrement réaliste. Villon ne rougit pas de ses connaissances, et iI ne BaUe pas son rôle, On se demande même si on ne lui fait pas tort parfois en Ie pr nant trop à la leUre. La ballade à I\Iargot porte en acrostiche Ie nom du poète, Villon est-ille héros de l'histoire. ou n'a+il fait que signer une de ses æuvres? En tout cas. on ne peut douter qu'il n'ait volontiers fréquenté I s mauvais lieux et celles qui les hantenL II n 'a pas de mépris p:>ur elles: iI s'explique trop bien leur chute. II a aussi regardé plus haul. Jacqueline, PerreUe et Y sabeau, (I qui dit enné)) (vraiment I). sont de petites jeunes filles bicn ébvées, entrevues un jour et peut-être aimées un instant pour leurs manières précieuses; la fC::1me de maître Pierre Saint Amant. clerc du trésor, est de b::mrgeoisie. et on devine sans doute comment elle a réduit Villon à mendier; Catherine de Vausselles est cause qu 'il a été bauu comme plâtre: I'aventure remonte à ses jours d'étudiant, mais iI n 'a oublié ni Catherine ni la volée de coups. Et enfin Rose. sa chère Rose. est celie qui plus que toutes les autres lui tient au cæur. II I'appelle 10,
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