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BRUNETTO LATINI, né à Florence vers 1220, mort en 1294, run des maîtres de Dante (musée de Florence). - Au chant XV de I'/nferno, Brunetto Latini dít à son élève :
<< Sieli raccomandato il mio Tesoro- Net quale io vivo anCOra: e più non chieggio)). Ce Trésor, il I'a écrit en langue Erançaise. parce que c'est, dit-il, <<Ia parleüre la plus del.table et la plus commune a toute gent J>,
gneur et Ie vassal de Dieu, et I'amour courtois est conçu sur Ie modèle de I'amour divino La littérature du moyen âge français est ('expression d'une société féodale et chrétienne. Or la même structure sociale reparaìt dans I'Europe entière du xII" et du XliiI' siècle, Rien d'étonnant que tant de nations différentes retrouvent dans notre littérature leur image à la fois fidèle et idéalisée. II reste que la France a été l'initiatrice. Cest là que sont apparus pour la première fois les créateurs qui ont su exprimer l'idéal commun.
II y avail des chevaliers féodaux avant T urold, mais c'est lui, ou un prédécesseur immédiat, qui a inventé les douze pairs et Ie compagnonnage de Roland et d'Olivier. Le christianisme avait plusieurs siècles d'existence quand les premiers troubadours et les premiers lrouvères ont eu lïdée de créer de toutes pièces Ie culte de la (I dame" et la théorie de I'amour, source de noblesse. Chrétien a pu puiser à des légendes celtiques, mais ij les a transformées en les imprégnant de (( courtoisie II française. Dans une Europe sensiblement homogène, la France est la première qui ait produit de grands poètes et de grands prosateurs. Voilà pourquoi on la retrouve à \'origine de toutes les littératures de I'Europe.
Dès la seconde moitié du Xlllesiècle,la France se transforme. Le Roman de la Rose ouvre une ère nouvelle. Joinville est Ie dernier reprrsentanl de I'époque féodale. Dès lors commence une longue période de transition où la France, torturéc par la guerre de Cent ans et tout occupée à fonder un Ëtal moderne, cesse de rayonner à I'extérieur. Les étrangers imitent encore, à I'occasion, !\lachaut, Froissart, Deschamps; Chaucer traduit Ie Roman de la Rose; mais ce sont les motifs qu 'on emprunte, et non plus ('inspiration. Les meilleurs de nos poètes, Alain Chartier, Charles d'Orléans, s'essayent en vain à faire revivre un passé qui est bien mort. Vers 1460 apparaìt chez nous une litté-
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CONCLUSIOt\l - 125
rature plus conforme à l'état de la société, mais dIe est animée d'un âpre esprit réaliste qui limite son influence et e1le s'éteint bientôt. II faudra Ie grand mouvement de la Renaissance pour qu'au bout de deux siècles la France, ayant retrouvé un ferme équilibre politique et social, reconquière en Europe son ancienne primalie intellectuelle. Est-ce à dire que du XVI' au XVII' siècle il y ait eu un renouvellement total et qu'un abÎme sépare les deux siècles? Assurément non, car la liltéralure du moyen âge, avant de disparaÎtre, lègue bien des choses à la France nouvelle:
une conception de I'honneur, appauvrie peutêtre: mais que ravivera Ie succès de I'Amadis, Tenouvellement de nos romans de chevalerie:
- I'esprit critique acéré de Jean de !\]eung et des premiers humanistes, de Villon et de Commines; - Ie badinage ingénieux et fin d'Alain Chartier, de Charles d'Orléans et de quelques poèmes de Villon; - une prose déjà harmonieuse et ferme; - une langue poétique sans élan, mais non sans souplesse: - une versification curieuse de rythmes nouveaux.
Ce qui manque à nos écrivains des derniers jours du moyen âge, c'est la notion d'une forme littéraire achevée, et Ie sentiment de la personnalité. Le vers de huit syllabes et même Ie décasyllabc ne suffisent plus aux besoins d' une haute et grande littérature: il est temps qu'on crée ou plutôt qu'on recrée I'alexandrin. La ballade et Ie rondeau sont des moules usés, et on n'a rien trouvé pour mettre à leur place. Villon est un rare poète, mais que son siècle a presque ignoré. Commines, talent vigoureux, n 'a fait figure pour ses contemporains que de conseiller très avisé. II semble bien que la réputation de Chastellain ait surpassé son mérite. Si les hommes de la Renaissance se sont montrés souvent si iniusles à I'égard de ce moyen âge quïls renient, c'est qu'oublieux des services rendus, ils pensent surtout à la grande tâche qui reste à accomplir,