‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 16 sur 402 · LE MOYEN ACE · texte numérisé non relu

LE MOYEN ACE

ainsi fauchée la (e Heur de France II, et Olivier, et Turpin, et Roland son neveu; - mais bientôt aussi, et enlin, Ie jour qui revient, pour éclairer tout ensemble, après une nouvelle victoire, I'autorité restaurée du roi chrétien, la gloire des barons tués, Ie châtiment du traÎtre Canelon.

Cependant celie chanson n'est pas la chanson de Charlemagne. Les épreuves de l'empereur prédestiné, si poignant qu'en soit Ie récit, ne forment que Ie cadre du véritable drame, et c'est sur Roland que se concentre I'intérêt : Roland dont Ie personnage poétique ne saurait se concevoir si n'était partout présente dans Ie poème I'idée de la mission dévolue à I'empereur qu'il sert, Roland sans lequella chanson ne serait pas. C'est lui Ie principal personnage; c'est en lui que s'incarne celie vertu de prouesse qui est Ie ressort de toute I'action, mère de sacrilice et de gloire. Dès Ie début du poème, Roland est déjà au premier plan. Quand se sont présentés les messagers du roi Marsile, porteurs d'offres de paix, il a Ie premier déconseillé I'accord : ee Malheur, s'est-il écrié, si vous en croyez Marsile!... )1, et dès ce moment, parce qu'il est allé tout droit au conseil Ie plus hardi, son sort est engagé, car, à son tour, Canelo n se lève et parle en faveur de la paix :

a Qui ço vos lodet' que cest plait" degetuns, Ne Ii chait, sire, de quel morl nus muriuns, Conseill d'orguill n'esl dreiz que a plus munt', Laissun les fols, as sages nus tenuns! >>

'conseille. "accord.

. ne doil pas prévaloir.

Et cet avis a prévalu. II faut donc qu'un ambassadeur aille à Saragosse porter la réponse de Charles : et comment Ro!and ne s'offrirait-il pas Ie premier pour remplir celie mission périlleuse Dans son exhortation à continuer la guerre, iI avait rappelé les félonies anciennes du païen, comment Ie roi Marsile avait déjà pris la tête de deux envoyés français, de Basan, de Basille : pouvait-il, taxé d'orgueil par Ganelon, accusé d'avoir en mépris la vie d'autrui, ne pas revendiquer l'honneur du danger? Pourtant, l'empereur I a rebuté, lui et les autres pairs, et I'archevêque Turpin, qui tour à tour se sont offerts: alors, à la question: ee Qui fera Ie message? )), Roland répond: ee Ce sera Ganelon, mon parâtre II : parole sage, puisque Canelon a Ie premier parIé pour la paix ; parole fatale, car Canelon y voit une intention mauvaise et jure de se venger, Lorsqu'il s'est acquillé du voyage de Saragosse, qu'i1 a promis au roi Marsile de livrer Roland à ses coups dans les gorges de Roncevaux, et que Charlemagne, prêt à reprendre la route de France, demande : ee Qui commandera l'arrière-garde? I) - ee Ce sera Roland, mon lillâtre II, répond Ganelon.

Tout Ie monde sait bien que celie réponse cache de mauvais desseins, et Charles, que des rêves de mauvais augure ont averti, ne voudrait point consentir à ce choix, souffrir que son neveu restât à Roncevaux. Mais comment Roland ne dirait-il pas: ee Je resterai )) II soupçonne Ie guet-apens; mais il s'en rit et il sait ce que l'honneur lui commande :

, , I Î I t: .t l"1. :'\eUl"dein.

tGLlSE DE SAINT-SEURIN. A BORDEAUX, - C'esllà, d'après la chanson de gesle, que Charlemagne déposa com me une relique J'olifanl qu'avail fendu Ie souffle de Roland,

a Deus me confunde, se la gesle en desmenl! ))

Roland reste donc à l'arrière-garde; avec lui, en volontaires, les pairs et vingt mille' ee Français de France I).

Contre eux l'assaut se prépare : cent mille ennemis, que commandent douze pairs sarrasins. Olivier, monté sur un tertre, les dfcouvre et ils sont tant qu'il ne peut dénombrer même les corps de bataille : ee Les païens sont très forts, dit-il, et nos Français, ce me semble, sont bien peu. Roland, mon compagnon, sonnez donc votre cor: Charles I'entendra et I'armée reviendra. II Roland ne veut, ne peut y consentir :

" Je fereie que fols I En dulce France en perdreie mun los I >>

Et trois fois Olivier insiste, et trois fois Roland refuse : Olivier est sage, Roland est preux, dit Ie poète. Et qui blâmerait Roland d'être preux, mais qui ne se demanderait aussi, à ce moment de I'action, si sa prouesse n'est pas démesurée, si son cæur ee pesme et lier II ne Ie pousse pas jusgu'à I'orgueil,

jusqu 'à la folie? Et désormais Ie poème éveille cette âpre et angoissante curiosité: (I Prouesse vaut-elle sagesse? I) Or, I'épreuve, d'abord, est dure à Roland : trois batailles que lui livrent coup sur coup les Sarrasins sont autant d'assauts à son héroïque assurance. II a reçu la première attaque avec I'allégresse du chef assuré de vaincre, et les païens sont tombés (( ('ar troupeaux I), et les pairs sarrasins ont presque tous succombé; mais les F rançais aussi ont souffert; et lorsque commence la deuxième bataille, Roland, toujours aussi résolu. n'est pourtant plus aussi con/iant: et lor que. après la mort de dix des pairs français, une troisième bataille s'engage, plus pesante encore, où périssent tous ses compagnons, sauf soixante. iI voudrait bien en/in sonner de son olifant. rappeler I'empereur.

Trois fois à son tour, Olivier, avec une ironie amère, lui déconseille de Ie rappeler; il sait, comme Roland d'aiIIeurs, qu'il est et iI raille II la folie I) où s'est obstiné son compagnon

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