‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 166 sur 402 · LE SEIZI EM E 51 ECLE · texte numérisé non relu

LE SEIZI EM E 51 ECLE

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LE COLLÈGE DE FRANCE. - Henri IV lit dérnolir Ie collège de Tréguier, pour en bâtir un autre à la place sous Ie nom de Collège royal de France. Mais il rnourut avant que la construction fût cornrnencée; la prernière pierre de I'édilice fut posée par Louis XII!. Ie 8 août 1610. (D'après une estampe de Chastillon.)

Oronce Finé pour les mathématiques, et, trois ans après, Barthélemy Ie Maçon (Latomus) pour Ie latin. Ces ledeurs constituaient une petite corporation, dont les droits et privilèges étaient confiés à la garde de I'aumônier du roi. Elle portait Ie nom de II Collège des lecteurs royaux II, qui devint, au XVlI e siècle, (( Collège royal de France)) et, à l'époque de la Révolution, II ColIège de France II. L'organisation matérielle fut au début peu brillante. Le roi disait qu'il avait bâti ce collège non pas en pierres, mais en hommes, Les lecteurs royaux n'avaient pas de salles de cours à eux: ils demandaient l'hospitalité aux collèges de Tréguier et de Cambrai, En outre, par suite du désordre des finances, ils étaient souvent payés avec de tels retards que Danès dut prendre Ie parti de suspendre ses leçons pour obtenir Ie versement de 450 livres qui lui étaient dues, Ces embarras n'empêchèrent point Ie succès des premiers maîtres. Des auditoires nombreux se groupaient autour de leurs chaires, La II noble et trilingue académie )), comme dit Marot, était célébrée à I'envi par les poètes et par les savants. Elle était certes promise à un bel avenir! Et, quelque modestes que fussent ses débuts, cette institution était un triomphe pour la cause de I'humanisme, Elle consacrait en eflet l'im;Jortance et, rnieux, la souveraineté des belles-lettres, qui étaient enfin étudiées pour elles-mêmes. En outre, I'enseignement des langues anciennes était, pour la première fois, émancipé de la tutelle des théologiens : car les lecteurs royaux ne relevaient point de I'Université de Paris.

C'est précisément ce dont s'alarma la Faculté de théologie, ou, comme I'on disait alors, la Sorbonne, du nom du collège où Ie conseil de cette faculté se réunissait ordinairement, Aussi bien n'était-ce point Ie premier épisoJe de sa lutte contre l'humanisme,

L'humanisme et la Réforme

A consulter Henri Hauser, De I'humanisme et de la Réforme en France (Revue historique, 1897).

Pour comprendre ce conßit, iI y a lieu de rappeler quelle était la situation particulière de la Faculté de théologie de Paris dans la chrétienté, Elle tenait de ses origines une mission privilégiée. C'étaient les papes qui, au début du Xlll e siècle, avaient créé et protégé I'Université de Paris, afin qu'elle fût un centre d'études religieuses, d'où la vérité rayonnerait sur Ie monde. Sa force spirituelle et morale résidait tout entière dans la Faculté de théologie. Celle-ci restait donc fidèle à sa mission en dénonçant toute idée suspede d'hérésie.

Or, voici que dans son sein s'élevait un parti qui discréditait son enseignement, l'accusait d'ignorance, minait son autorité. Comment ne I'aurait-elle pas surveillé avec méfiance? Sans doute l'humanisme n'était pas essentiellement hostile à la religion. Mais il réduisait Ie domaine de la théologie en élargissant celui des belles-lettres. II tendait à affaiblir l'esprit chrétien en prônant la sagesse antique. Surtout il développait, par ses mé hodes préférées, I'esprit de libre examen :

il risquait donc de porter atteinte à I'interprétation des textes sacrés, partant, d'ébranler I'f.glise.

Cette pratique du libre examen des textes, autant que Ie mépris de la scolastique et de ses suppôts, créait une solidarité entre tous les humanistes. Aussi n 'est-on pas étonné de voir la plupart d'entre eux se rallier à Jacques Lefèvre d'f.taples, lorsque celui-ci se posa en adversaire de la Sorbonne.

1\ professait que I'f.criture est Ie seul fondement de la doctrine du Christ, que les dogmes sont l'æuvre des hommes, que nous ne sommes pas II justifiés)) par les æuvres, mais par la foi, qu'au reste une seule

chose importe: Ie retour à l'f.vangile, De là Ie nom d' Evangélisrne, donné à cet ensemble d'aspirations et d'idées. L'f.vangélisme eut son foyer principal à Meaux, lorsque Briçonnet, un ami de Lefèvre, fut nommé évêque de ce diocèse (1516). 1\ fut encouragé ou professé par Ie plus grand nombre de nos humanistes iusqu'en 1534, Une puissante protection s'étendait sur lui, celie de la sæur du roi, Marguerite, duche5se d'Alençon, la future reine de Navarre, âme tendre, encline au mysticisme, qui sera mêlée aux manifestations principales de I'esprit de la Renaissance. Mais il y avait de nombreux rapports entre les idées de Lefèvre et les thèses affichées par Luther en 1517 sur la porte de I'église de Wittenberg. La Sorbonne entra donc en lutte contre les évangéliques. Une première fois elle avait obtenu du Parlement un arrêt qui condamnait au feu la traduction française de la Bible par Lefèvre. Pendant la captivité de François ler après la défaite de Pavie, elle put envoyer au bûcher Ie jeune Berquin, ami et disciple de Briçonnet. Celui-ci fut contraint de se déclarer ouverternent contre Luther, Lefèvre d'f.taples, inquiet pour sa vie, quitta la France. Alors I'audace de la Sorbonne grandit. Son syndic, Noël Béda, esprit borné et violent, II Ie plus grand clabaudeur de son temps II (Bayle), ieta Ie soupçon d'hérésie sur la propre sæur du roi, Marguerite. II prétendit interdire la vente de son recueil de poésies, Ie Miroir de l'ârne pécheresse. François ler intervint, demanda des explications à la Sorbonne, qui s'excusa et renonça aux poursuites (1531). Elle s'attaqua, un an après, à I'humanisme, à l'occasion des premiers cours des lecteurs royaux. Les hébraïsants Vatable et Guidacerius expliquaient Ie Psautier sur Ie texte hébraïque. Béda requit Ie Parlement d'obliger les lecteurs à suivre Ie texte latin officiellement approuvé, la Vulgate; sinon, ils devraient suspendre leurs leçons jusqu'à ce qu 'jls eussent été examinés sur leurs connaissances en théologie. La requête de la Sorbonne n'eut pas de suites, L' (( affaire des placards n lui fournit bientôt I'occasion d'un triomphe éclatant. Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534, un pamphlet violent contre la messe, Ie pape et (( sa vermine de cardinaux, d' évêques et de prêtres)) fut placardé à Paris, et à Amboise, sur la porte même de la chambre du roi, Indigné de cet attentat, François ler ordonna une procession de réparation, qu'il suivit tête nue, un cierge à la main. II autorisa Ie Parlement à poursuivre tous les luthériens suspects d'avoir affiché les placards, Même iI interdit, I( sous peine de la hart. d'imprimer aucune chose n. L'édit ne fut pas exécuté, Ie Parlement ne l'ayant pas enregistré. Vingt luthériens furenl brûlés. Lorsque la colère du roi fut apaisée, un édit d'amnistie fut promulgué. Mais les rapports de l'humanisme et de la Réforme étaient maintenant changés. Jusqu'à I'affaire des placards, les deux causes s'étaient fréquemment con ondues, Désormais elles allaient connaÎtre des fortunes dissemblables. L'évangélisme aboutissait au calvinisme, absolument contraire au libre examen, Le catholicisme n 'était pas moins hostile à cette liberté, chère à nos humanistes. Quel parti allaient-i1s prendre? Quelques-uns, comme des Périers et f.tienne Dolet, s'émancipèrent du christianisme et devinrent des philosophes déistes, ou des athées. D'autres passèrent au protestantisme, dont Calvin organisait solidement la doctrine en 1536. La plupart optèrent pour la religion du roi et de leurs pères. Rabelais, par exemple, après avoir bafcué la Sorbonne et donné des gages aux précurseurs de notre Réforme françaiseil invitait les évangéliques à entrer dans son abbaye idéale de Thélème, pour y fonder la foi profonde sur la parole sainte - Rabelais rompait avec les sectateurs de Calvin, les (( prédestinateurs n: les II imposteurs de Genève )), engeance d'Antiphysie, II monstre contrefait en dépit de nature )),

Quelques courants d'idées nouveaux:

I'italianisme et Ie platonisme

Consulter : Joseph Vianey, Ie Pétrarquisme en France. 1909; A. Baur, Maurice Scève et la Renaissance Iyonnaise, 1906; Pierre Villey, les Sources d'idées au XVl e siècle, 1914. A CEDE DATE de 1534, la cause de I'humanisme triomphe partout en France. L'esprit de la Renaissance a soufßé dans toutes les classes supérieures de la société. II Maintenant, s'écrie avec enthousiasme Rabelais, toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées : Grecque, sans laquelle c'est honte qu'une personne se die savant; Hébraïcque, Caldaïcque, Latine.. , Tout Ie monde est plein de gens sayans, de précepteurs tresdoctes, de librairies tresamples... Et ne se fauldra plus doresenavant trouver en place ny en compaignie qui ne sera bien expoly en l'officine de Minerve,)) II n'était bonne vi lie du royaume qui n 'eût son foyer de culture antique et ne comptât quelques humanistes, A Bordeaux et en Poitou, c'étaient des juriscon suites comme Briand Vallée et Tiraqueau; à Toulouse, I'évêque

dans sa description de I'abbaye de Thélème, ou chez Ronsard, dans ses odes horatiennes ou épicuriennes. lIs ont rêvé d'une vie libre OÙ s'épanouiraient, sans nulle contrainte morale ou religieuse, toutes les énergies humaines, celles du corps aussi bien que celles de I'âme. Certes, les promoteurs de I'humanisme, les Fichet, les Gaguin, les Lefèvre, si profondément chrétiens, n'avaient pas prévu que leurs efforts amèneraient bientôt un réveil du paganisme! II ne fut pas d'ailleurs aussi général chez nous qu'en Italie et il serait excessif de considérer Ie naturalisme comme Ie principe ou I'esprit de notre Renaissance. 1\ n'est qu'un de ses .aspects multiples, Car c'est un spectacle fort varié que nous offriront les combinaisons des traditions ou du tempérament des artistes avec lïdéal d'art ou les idées morales qu'ils empruntent à I'Antiquité et à I'Italie. Et c'est encore un des caractères de notre Renaissance que ceUe variété des reuvres, OÙ s'accuse - trait nouveau - l'individualisme des talents,

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