‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 167 sur 402 · II. - LA · texte numérisé non relu

II. - LA

) A consulter: Henry Guy, Histoire de la poésie française au xVIcsiècle. Tome I. L'E:.cole des rhétoriqueurs, Paris, 1910.

L A rénovation de notre liUérature par I'esprit de la Renaissance s'opéra, insensiblement d'abord et inégalement, selon la culture par1Ìculière de chaque écrivain et les goûts du personnage dont il auendait faveurs et subsides en échange de louangeuses dédicaces. La poésie nous offre par exemple, dans les vingt-cinq premières années du siècle, des æuvres qui semblent du moyen âge et d'autres qui font déjà revivre chez nous les grâces des cours italiennes ou même la beauté antique. L'école qui Rorissait en France, vers 1500, était celie des rhétoriqueurs, dont on a vu la naissance et Ie développement en Flandre et en Bourgogne. Elle était alors représentée en Bretagne, en Normandie, en Poitou, en Angoumois, en Bourbonnais, à Paris, par de nombreux (( fatistes)) ou II facteurs)) de poèmes, auachés à de grandes maisons seigneuriales à titre de chapelains, de secrétaires, de hérauts d'armes, d'historiographes.

Leurs productions, très abondantes, consistent en poèmes didactiques, moraux ou religieux, en satires, épÎtres, pièces de circonstance (par exemple, en II complaintes)) ou II déplorations)) funèbres), La matière de ces poèmes, OÙ la poésie vraie est rare, est presque toute de lieux communs traités sans originalité personnelle, à l'aide de receUes de métier.

L'emploi de I'allégorie en est une des plus ordinaires. Sur Ie modèle du jardin symbolique du Roman de la Rose, les rhétoriqueurs imaginaient, qui un Vergier d'honneur, qui un Temple d'honneur et de vertu, qui un Temple de Mars, qui un Parc de noblesse: tous séjours qu'ils peuplaient de personnages mythologiques et d'abstractions personnifiées.

Pour orner leur style, i\s latinisent sans méthode, ni mesure, Aux bons vieux vocables du terroir, i\s substituent des termes calqués sur Ie latin. CeUe manie soulèvera les protestations de quelques bons esprits comme Geoffroy Tory et Rabelais, qui se gausseront des (( escumeurs)) et (( escorcheurs)) de la1Ìn. Au sein de l'école même, il se rencontrera un théoricien, Pierre Fabri, de la confrérie du puy des Palinods à Rouen, pour rappeler les fatistes au bon sens.

Que ne les a-t-il invités aussi à user plus sobrement des complications rythmiques et des rimes recherchées !

T ous ces rimeurs jouirent auprès de leurs contemporains d'une vogue extraordinaire, dont témoignent les nombreuses éditions de leurs æuvres, Qui les connaÎt aujourd'hui? Un roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, a popularisé Ie

Jean de Pins et Ie juriste Jean de Boyssonné; à Bourges et à Orléans, des professeurs de droit, Alciat et L'E:.toile; à Montpellier, I'évêque Pellicier. Entre toutes nos vi lies, Lyon apparaÎt comme une véritable capitale intellectuelle. Elle n'avait ni Université, ni Parlement, ni légistes, ni professeurs par conséquent. Mais elle regorgeait de richesses, Ses quatre grandes foires, créées par Louis XI. en faisaient un grand marché international. Elle était sur les grandes voies qui menaient de France en Italie et de bonne heure elle avait reçu des marchands et des banquiers venus de Florence, de Gênes, de Lucques. Le goût des arts et des plaisirs de I'esprit s'y était développé avec la vie de société au contact de ceUe colonie. C'est à Lyon que se manifestèrent d'abord quelques-uns des effets de l'inAuence italienne. Lltalie allait enrichir la pensée française de divers éléments étrangers à I'antiquité. C'est elle qui a communiqué à nos artistes la passion de la gloire; c'est d'elle qu'un Ronsard tiendra son orgueilleuse conception de la poésie et de la mission sacerdotale du poète, Le culte de la forme, la réalisation de la beauté considérée comme Ie but Ie plus noble de la vie, ces idées, si familières à nos poètes de la Renaissance et qui les distinguent de leurs prédécesseurs, ont leur origine dans l'italianisme.

Le poète italien qui leur servit Ie premier de modèle fut Pétrarque. Un poète Iyonnais, Maurice Scève, avait découvert en Avignon Ie tom beau de Laure de Noves, Cet événement mit Pétrarque à la mode. Vers Ie milieu du siècle, quiconque débutait dans la poésie chantait, à son exemple, ses amours, ou plutôt sa respectueuse dévotion pour une maÎtresse, souvent fictive, idéal de beauté et de vertu. A ceUe imitation de Pétrarque, notre poésie gagna d'être dotée du sonnet, Le platonisme est une autre mode intellectuelle qui nous vint dl talie. Dès la fin du XV C siècle, nos humanistes avaient été intéressés par les travaux de I'académie platonicienne de Florence. En 1537, les idées de Platon sur I'amour se répandent chez nos poètes, grâce à la traduction d'un traité italien de civilité, Ie Courtisan, de Balthazar Castiglione. Un des personnages mis en scène, Ie cardinal Bembo, qui avait écrit pour Lucrèce Borgia des dialogues platoniciens sur l'amour, examinant si Ie courtisan devenu vieux peut encore aimer, est amené à exposer les théories du Banquet et du Phèdre. En même temps que ces conceptions platoniciennes, Ie Courtisan oflrait à nos Français un portrait idéal de la dame de cour, Ce fut I'occasion d'une petite querelle liuéraire. Un ami de Marot, Bertrand de la Borderie, dans un poème sur I'Amye de court, peignit, en contraste avec la mystique platonicienne, les grandes dames amoureuses comme d effrontées coqueUes, ne se plaisant qu'à la galanterie, faisant fi de I'amour. C'était réveiller Ie vieux débat sur la femme, qui avait mis aux prises durant deux siècles ses champions et ses adversaires, CeUe fois, son apologie fut présentée avec des arguments nouveaux, dans la Par/aide amye d'Antoine Héroet (1582). L'amour y était exalté comme Ie bonheur suprême et Ie principe même de I'existence. Mêlé à de nombreuses digressions, un exposé de la doctrine platonicienne de l'amour fournissait quelques réponses aux problèmes de la vie sentimentale : la femme a-t-elle Ie droit d'aimer? doit-elle dissimuler son amour? etc. L'auteur de ce livre, Antoine Héroet, s'était fait connaÎtre déjà par un poème sur Ie my the de I'Androgyne. II était acquis de puis longtemps aux idées de Platon. C'était un familier de la reine de Navarre. Autour de celle-ci, on découvre d'autres platonisants; c'est pour elle que Bonaventure des Périers traduisit Lysis. Elle-même goûtait Platon : illui a inspiré une dissertation sur les parfaits amants qui est une des plus belles pages de son Heptaméron. D' autres courants d'idées, venus de I'Antiquité ou de l'Italie moderne, passent dans les æuvres de nos écrivains du XVI C siècle. II n'est pas jusqu'au naturalisme antique qui ne revive chez Rabelais,

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LA PORTE DES ILLUSTRES MARCHANDS, A LYON (musée de Lyon),- Artlyonnais (seconde moitié du XVI' siècle), for, tement inspiré de rart italien: Ie panneau central est décoré en très bas relief d'un combat de divinités marines, scène imitée d'une composit,on de Mantegna,

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