PIERRE GRINGORE
; M embre de la confrérie des EnfantsSans Souci, acteur, ordonnateur de m:ystères et de farces, Pierre Gringore (1475-1538) écrivit, pour soutenir et glorifier la politique extérieure de Louis Xll, l' Entreprise de V enise ( 1508 ), la Chasse du cerf des cerfs (1510-1511),Ie]eudu Prince des Sots (15 12).
A la mort du roi, il passa dans la maison du duc Antoine de Lorraine, comme héraut d'armes, <Euvres complètes de Gringore, (Jub1iées par Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon (dans la Bibliothèque elzévirienne), 1858-1877 ; Charles Oulmont, Pierre Gringore, 1910.
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TITRE du Jeu du Prince des Sots et Mère Sotte, Paris, 1512.
GRINGORE fut un personnage bien différent, par les mæurs et Ie caractère, du Gringoire décrit par Victor Hugo et par Théodore de Banville. II n'avait rien du truand ni du bohème. II a porté Ie costume mi-parti de jaune et de vert et Ie chaperon orné de grelots des Enfants Sans Souci; iI a même occupé dans la hiérarchie de la confrérie la seconde place, celie de (I Mère Sotte II; mais ce suppôt de la Folie n 'avait de fantaisie ni dans I'esprit, ni dans la conduite. C'était un bourgeois de mæurs régulières, fidèleà la devise, d'ailleurs admirable, qui était sienne : II Raison par tout, Tout par Raison, Partout Raison. )) II eut, com me auteur dramatique, de I'adresse. II savait agencer des épisodes, esquisser des caractères, conduire un dialogue, Son chef-d'æuvre est Ie Jeu du Prince des Sots, qui fut représenté aux HaIles de Paris, Ie mardi gras de I' an 1511. I I se divise en quatre parties: Ie cr:y, ou boniment de la troupe des Sots: la sottie, la moralité et la farce, C'est une apologie de la conduite de Louis XII, qui s' apprêtait alors à lutter contre Ie pape Jules I I. La papauté est représentée dans la sottie par Ie personnage de Mère Sotte et dans la moralité par celui de I'Homme obstiné, Mère Sotte exerçait les fonctions qui seront dévolues plus tard à la presse officieuse et Gringore servait docilement la politique royale. II y a plus de hardiesse, et plus de verve aussi, chez un autre Enfant Sans Souci, moins connu, Reger de Collerye.
ROGER DE COLLE RYE * Né à Paris en 1470, il écrit des sotties et des farces pour les Enfants Sans Souci. II se fixe ensuite à Auxerre, où il Jevient secrétaire de l'évêque. Puis il tom be dans la misère et meurt en 1538. - <Euvres de Roger de Coller:ye, publiées par Ch, d'Héricault, 1855, et Emile Picot, Recueil général des Sotties, t. II (S, A, T.), 1904.
LES MONOLOGUES et dialogues dramatiques de Roger de Collerye sont amusants. Seul peut-être parmi les rhétoriqueurs, qui tous se sont lamentés sur leur situation toujours proche de la misèr , il a su nous toucher dans ses rondeaux par Ie tableau qu'il fait de la sienne. Au reste, il était d'humeur gaie, Menacé par la maladie ou pressé par ses créanciers, iI ne laissait pas de (I galler Ie bon temps)), d jouer et de boire en compagnie d'un chanoine surnommé Bacchus et de quelquesjoyeux drilles, Mais lorsquïl retombait dans Ie sentiment angoissant de sa détresse, iI (I plaignait II les beaux jours perdus de son adolescence, avec une émotion qui rappelle Villon, son modèle. T el!e était, d'ailleurs, la condition des gens de lettres que les plus iIIustres rhétoriqueurs n'échappèrent pas aux soucis d'argent, On sait par Clément Marot que Jean son père n'était riche que de biens spirituels et pourtant il avait joui de la faveur d'une reine et d'un roi.