‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 173 sur 402 · lE SEIZIEI\1E SIEClE · texte numérisé non relu

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LE TRIOMPHE DE VÉNUS. - Fresque du paJais Schifanoia (Sans Souci'. à Ferrare; æuvre de Francesco del Cossa, qui représenta, dans une série de fresques du même genre, des scènes de la vie de cour et les travaux des mois. Ferrare fut l'asile de Clément Marot et de plusieurs autres lettrés flançais; c'est là quïls prirent contact avec la civilisation italienne.

le besoin d affection et Ie goût des émotions tendres tempéraient l'indépendance de ce caractère. 1\1arot a aimé /ìdèlement sa protectrice la reine de Navarre. Un grand amour, qui ne fut pas, semble-t-il, payé de retour, occupa son cæur pendant plus de dix années. II avait voué à son père une tendre vénération, II a parlé avec émotion de (( ses petits marotteaux )). Dans sa vie, les sentiments affectueux ont tenu une large place.

En/ìn, sïl s'est rangé farmi les I:.vangéliques, ce n 'est pas seulement en haine des moines paresseux et des suppôts de la théologie orthodoxe, (( nos maîtres)) de Sorbonne, II paraÎt avoir été sincèrement rdigieux. l'exemple de Marguerite, l'autorité des prélats et des lettrés de son entourage stimulèrent sans doute son zèle pour la cause des I:.vangéliques. II serait malaisé pour nous, com me il l'eût été pour lui-même, d'énoncer avec précision les articles de sa foi religieuse. Mais la traduction du Psautier poursuivie pendant dix années, l'intérêt qu'il a apporté à la publication de cette traduction, Ie nombre considérable de passages de l'I:.criture sainte qu'il a cités ou paraphrasés dans maints poèmes témoignent du commerce constant et respectueux de sa pensée avec les livres saints. Le sentiment religieux donne à sa physionomie spirituelle et gracieuse un accent de gravité, MAROT DISCIPLE DES RHÉT RIQUEURS Sa poésie ressemble à sa vie. l\1ais dIe De laisse pas de !rapper d'abord par des caractères qui sont de l'époque, plutôt que de l'homme. Marot est un disciple des Rhétoriqueurs, qui a voué une chaude admiration aux humanistes, a fait acte d'adhésion à l'I:.vangélisme et s"est plu à la cour, De ses sympathies de cæur et d'esprit son æuvre garde l'empreinte.

Tout d' abord, il tient aux Rhétoriqueurs par les liens de la reconnaissance. II a été l'élève de son père et de Jean Lemaire.

T oute sa vie il a admiré ses maîtres, Dans une de ses dernières æuvres, la Complainte du général (trésorier général) Preudhomme (1543), il représente son père errant aux Champs I:.lysées parmi les ombres bienheureuses des poètes défunts : Chastellain, Molinet, Cretin, lemaire; et à chacun il décerne un tribut d'éloges, II ne s'est pas contenté d'admirer les Rhétoriqueurs, illes a imités. II s'est essayé suc.

et Yves Plessis, 3 vol., 1876-1912; Poésies inédites, publiées par Gustave Macon. d'après un manuscrit de Chantilly, dans Ie BulIetin du bibliophile d' avri/-mai 1898. Consulter sur la chronologie des æUVres de Marot Ie Tableau de ses publications dressé par Pierre Villey (Revue du XVI C siècle, 1920-1921), Voir, en outre: O. Douen, Clément l\larot et Ie Psautier huguenot, 1878-1879; Jean Plattard, Comment Marot entreprit et poursuivit la traduction des Psaumes (Revue des I:.tudes rabelaisiennes, 1918); A, Lehanc, Ie Roman d'amour de Marot (Grands I:.crivains français de la Renaissance, 1914).

Marot a indiqué lui-même par une gracieuse image les alIurescapricieuses et libres de sa jeunesse :

Sur Ie pnntemps de ma jeunesse folie, J e ressemblois J' arondelle qui vole Puis çà, puis là; J'âge me conduisoit Sans peur ne soing OÙ Ie cæur me disoit.

Sa vivacité native de Méridional devint bientôt pétulance de page ou raillerie narquoise de basochien. II nasardait la morgue des maîtres de Sorbonne et dénonçait crûment les mauvaises mæurs des moines. II avait depuis longtemps cessé d'appartenir aux c1ercs du Palais et aux Enfants Sans Souci qu'il gardait encore leur goût pour les turbulences nocturnes et s'amusait, lui, valet de chambre du roi, à jouer un bon tour aux chevaliers du guet. l'âge mûr et les épreuves n'assagirent guère son humeur mdoc!\e, s'il est vrai qu'il dut quitter les Genevois, à qui il avait demandé asile, pour avoir méprisé leurs règlements de police, en jouant au trictrac un dimanche.

LOexistence qu'il rêvait était une oisiveté égayée de plaisirs délicats, Une épigramme, qu'il a choisie dans Ie recueil de ?\lartial pour la dédier à Rabelais, nous donne une idée assez juste de cet idéal :

S'on nous laissoit nos " ours en paix user Du temps present à p aisir disposer, Et librement vivre comme iI faut vivre, Palais et cours ne nous faudroit plus suivre. Plaids, ne procès, ne les riches maisons A vec leur gloire et enfumez blasons, Mais sous bel ombre o en chambre et galleries Nous pourmenans, livres et railleries.

Dames et bains, seroient les passetemps, Lieu>: et labeurs de nos esprits contens.

(; l. Giraudon.

RENÉE DE FRANCE, fille de LouisXlI, devenue duchesse de Ferrare e.ar son mariage avec Hercule dOEste; protectrice de Clément Marot. - Peinture de Corneille de Lyon (musée de Versailles).

PYTHO'II OCCIS EUROPE RAVIE PERSEUS. MÉDUSE ET PÉCASE Bois ornant la traduction des Métamarphoses d'Ovide, par Clémenl Marol. - (Euore, de Marot. publiées à Lyon chez Jean de T ournes. 1558.

cessivement dans presque tous les genres qu'ils cultivaient, II leur a emprunté leurs thèmes et leurs procidés. Sa première æuvre de longue haleine, Ie Temple de Cupidon, qu'il écrivit alors qu'i\ s'intitulait (( facteur n, C 'est-à-dire poète, de la reine Anne de Bretagne, raconte un son!!e et décrit des personnages allégoriques. Marot se met en quête de Ferme Amour, I( la dame pure et munde n: ii la rencontre dans Ie temp!e de Cupidon ; là, les cloches sont des harpes: Ie bénitier, un lac de pleursd'amour: Ie missel, Ie Roman de la Rose. Le cortège d'amour est formé de Beau Parler, Bien Celer, Bon Rapport, Grace, Mercy, Bien Servir, Bien Aymer.

comme Jacques Colin, aumônier du roi; Theocrenus, précepteur des enfants de France; Duchâtel, garde de la librairie de Fontainebleau. II célébrait dans ses vers leur science: comment n 'aurait-il pas cherché à se montrer capable de la comprendre ? II travailla donc à parfaire son instruction, jadis compromise par ses régents de collège. L'exil à F errare, qui Ie mit en relations avec l'humaniste Celio Calcagnini, fut très favorable à ses études. Dans une épÎtre quïl adresse alors au roi, il déclare que sa connaissance de la langue latine s'est (( augmentée n en Italie. En fait, ses emprunts aux écrivains latins deviennent désormais plus précis et plus étendus. II traduit des épigrammes de Martial avec méthode et habileté. II paraphrase l'églogue de Virgile à Poll ion dans r Églogue en l'honneur du fils de !'vi"" Ie Dauphin, une de ses dernières æuvres, II ne s'est donc pas borné à admirer de loin les humanistes, à plaider leur cause contre la Sorbonne, ou à célébrer la création de la (( trilingue et docte Académie n des ledeurs royaux. II a étudié dans les textes les écrivains anciens, les Latins du moins et, comme on Ie remarquait déjà au XVI" siècle, sa poésie a heureusement proSté de cette teinture d'humanisme : II Encores qu'il ne fust accompagné de bonnes lettres, ainsi que ceux qui vindrent apres luy, si n 'en estoit-i\ si desgarny qu'i\ ne les mist souvent en æuvre fort à propos.)) (f.tienne Pasquier, Recherches de la France, VII, 6,) La littérature italienne, autant que les lettres antiques, a inßué sur son æuvre. II l'a connue à la cour de la duchesse de F errare. C'est aux petits genres qu'il s'est intéressé : au sonnet, au II strambotto n. II semble bien que si la plupart de ses épigrammcs sont des huitains, c'est parce quïl a pris pour modèle Ie strambotto italien. Quant au sonnet, iI a été un des premiers parmi nos poètes, sinon Ie premier, à Ie cultiver. II en a composé une dizaine, sans soupçonner d'ailleurs à quelle fortune ce genre allait être appelé presque immédiatement.

La Complainte du général Preudhomme, composée vingt-cinq ans plus' tard, com porte encore un songe et des allégories, oripeaux ravaudés depuis longtemps par tous les servants de dame Rhétorique. C'est également de ses maîtres que Marot tenait Ie goût des rimes en calembour et dcs équivoques. Que de fois i\ a sacrifié la raison à la rime! Telles épithètes ne s'expliquent que par la recherche d'une allitération: c'est ainsi qu'il qualifie généreusement Saint-Gelais d'angélique et Héroet d'héroïque !

II s'est amusé à terminer chaque vers de sa première épÎtre au roi (En m'esbatant je fais rondeaux en rithme) par Ie mot rime ou quelqu' un de ses dérivés. Et que d'ingéniosité illui a fal\u pour clore les vers de sa Bal/adedujourdeNoëlsurdesrimesen ac, ec, ic,oc.uc! Dans une complainte funèbre, sur la mort de la mère du roi, Louise de Savoie, il insère des allitérations aussi étranges :

Rien n'esl çà bas qui ceste mort ignore; Congnac "en congne en sa poitrine blesme ; Romorantin sa perte remémore

Anjou lait jou, Angoulesme est de mesme; Amboyse en boyt une amerlume extréme; Le Maine en mene un lamentable bruict...

Ses meilleures pièces ne sont pas exemptes de ces jeux bizarres, recommandés aux poètes par les arts de seconde rhétorique.

L'HUMANISME DE MAR:)T L'inßuence de l'humanisme devait Ie corriger quelque peu de ce faux goût. II était lié avec Dolet, Rabelais, Budé, qu'il se félicite d'avoir connu particulièrement :

Bien heureuse est. 0 Clément. ta naissance, Que de luy euz privée congnoissance!

f.tait-il lui-même versé dans les lettres anciennes? II pouvait tenir de ses maîtres Ie respect ou méme la curiosité de la cullure antique: nous avons vu que les Rhétoriqueurs faisaient profession de chérir Ie savoir, Mais, d'autre part, ses études premières avaient été médiocres; il a avoué quïl savait mal Ie latin. Ce qu'i\ entrevit de la beauté de Virgi\e ou d'Ovide l'enthousiasma et il entreprit de Iraduire en vers Id (( l\létamorphose d'Ovide n, tant la gravité des sentences et Ie plaisir de la lecture avaient II espris ses esprits n. II publia deux (ivres de cette version en 1530.

A celie date, Ie valet de chambre de François ler rencontrait à la cour des savants

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UN PSAt:ME DE CLtMÐIT MAROT, d'après I'édition de 156('. imprimée en caractères dits de civilité, imitant I'éclilure. - La diffusion du /. sautier de I\larot sexplique par les besoins u culte rélormé.

L'ÉVANCÉUSME DE MAROT Au mouvement de réforme religieuse qui eut de si graves répercussions sur l'existence de l\larot, sa poésie doit divers thèmes d'inspiration, Tout d'abord. des thèmes satiriques, Les critiques que les réformateurs formulaient contre l'f:.glise et ses institutions, i\ larot les a aiguisées en épigrammes ou développées par des allégories. II attaque les moines, II frère Lubin)1 ou I( frère T ybault )), qu ïl dépeint comme grossiers, paress ux, lubriques et hypocrites. Pareils au Faux Semblant du Roman de la Rose, ils abusent de la religion :

Que diray plus? Bien loger sans danger.

Dormir sans peur. sans const boyre et manger. Ne faire rien. aucun meslier n'apprendre, Rien ne donner et Ie bien d' aultruy prendre, Gras et puissant, bien nourry, bien vestu, C'est (selon eulx) paoureté et vertu, II attaque les théo!ogiens de Sorbonne, ces ignorants dignes d'être envoyés sur la Place aux veaux, qui prétendent interdire aux II lecteurs royaux )) de traduire Ie texte

EMENTMA

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