‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 174 sur 402 · LE SEIZI EM E 51 ECLE · texte numérisé non relu

LE SEIZI EM E 51 ECLE

grec ou hébraïque de rf.criture sainte, ces fous séditieux qui réclament Ie bûcher pour quiconque ne pense pas com me eux! II attaque la papauté, qui lui est odieuse par son orgueil et sa cupidité. II la décrit dans une allé-

orie, dissimulant sous un manteau de

isère sa robe somptueuse, brodée de châteaux, de pabis, de villes, de tours, de couvents, de Roues, d'armées, et portant pour devise: Le feu à qui en grogne.

A rf.vangélisme, Marot doit ensuite des idées religieuses puisées dans la lecture d", I'f.criture sainte. A l'exemple de Lefèvre d'f.tap!es, de Briçonnet, de la reine de Navarre et de ses familiers, Marot demanda à l"étude de l'f.vangile un aliment pour sa vie spirituelle, et saint Paullui apprit à méditer sur la mort.

Ses pièces les plus profanes, ses élégies amoureuses, présentent des réminiscences du Nouveau Testament et surtout des EpÎlres de saint Paul, Ie texte favori des f.vangéliques. Cette impiration chrétienne mettait de I'émotion même dans les fictions les plus banales, On en jugera par un seul exemplc, la Complainte de messire Florimond Roberiel.

C'était, nous I'avons vu, un genre cher aux Rhétoriqueurs que la Complainte, ou Déploration funèbre. Elle comportait généralement deux parties :

la prcmière était une description de funérailles : prêtres en chape, porteurs de torches (( au chaperon avancé sur les yeu\x )), chevaux caparaçonnés de deuil; la seconde, une prosopopée de personnages mythiques ou allégoriques : les l\1uses, Rhétorique, Peinture, !\:ature, etc. C'est de cette formule traditionnelle qu'avaient usé Guillaume Cretin, déplorant Ie trépas de messire Guillaume de Bissipat; Jean Lemaire de Belges, celui de Louis de Luxembourg: Jean Bouchet, celui d'Arthur Gouf/ier. Aucune pensée vraiment religieuse n'inspirait leurs complaintes.

D'un tout autre ton est celie que Marot composa en 1527 en I'honneur de feu messire Florimond Robertet, qui avait été successivement secrétaire de la reineAnne, de Charles \'111 et de Louis XII. puis ministre des finances et des affaires extérieures sous François ler. Le cortège funèbre quïl décrit est allégorique. Sur Ie char mortuaire, une ef/igie de la I\1ort se dresse, piétinant un cadavre et brandissant d'une main ce dard qui est, selon saint Paul, son arme propre, Devant Ie char s'avance orgueilleusement l'f.glise romaine; à gauche chemine Ie {( bonhomme au Labeur )), Ie peuple des champs; à droite, (( Françoise République )).

Celle-ci, ayant invité les doctes /ils de Robertet à invectiver la I\1ort et à lui prouver par (( diets philosophaux)) que son dard est inutile, la Mort plaide sa cause devant (( tous humains)) par un exposé de doctrine chrétienne:

Mais, pou tomber mon premier propos, Ne me crams plus, Je te pry, ne mauldis:

Car qui vouldra en éternel repos Avoir de Dieu les promesses et dietz, Qui vouldra veoir les anges benedictz, Qui vouldra veoir de son vray Dieu la face, Brief qui vouldra vivre aU beau Parad,s, II fault premier que mourir je Ie face,

T elle est la réponse de la I\1ort aux reproches communs : dIe a été vaincue par Ie Christ, dIe n 'est pas un objet d'effroi pour un vrai chrétien, Sans doute, mourir, même pour être avec Jésus-Christ, répugnera toujours à la chair; mais c'est un souhait que la foi et l'espérance dans un Dieu triomphant peuvent inspirer à resprit, (( AbsoTpla est mOTS in victoria... Ubi est, mOTS, stimulus luus! I) La substance de ces versets de I'f.pître de saint Paul aux Corinthiens a passé dans Ie discours de la Mort (( à tous humains I) et transformé la déploration funèbre de Robertet en une élévation sur la destinée humaine, En/in, c'est à l'inAuence des f.vangéliques qu'est due la traduction du Psautier, qui tint une si grande place dans les dernières années de Marot. Elle eut un immense succès, De 1541 à 1550, vingt-sept éditions en furent publiées.

Sans doute, les passions religieuses expliquent en partie cette vogue des Psaumes :

du jour OÙ certaines églises réformées les eurent adoptés comme un livre de cantiques, ils étaient appelés à une large diffusion. Mais on les chantait même en dehors des assemblées huguenotes :

les courtisans les fredonnaient à la cour de Navarre et à la cour de France.

L'école poétique qui succtda à celie de Marot les a loués pour leur valeur liuéraire. Le succès du Psautier en français engagea Ronsard dans la poésie Iyrique: ce fut, en effet, pour rivaliser avec Ie poète des Psaumes que Ie jeune gentilhomme vendômois entreprit, dans ses premières æuvres, d'imiter Horace en français. Nous avons peine aujourd'hui, il faut I'avouer, à partager pleinement cette admiration, Le choix des formes rythmiques ne nous paraît pas toujours approprié aux sentiments exprimés par Ie texte. La traduction, qui mêle les termes nobles aux trivialités, déconcerte souvent notre goût. Les images les plus brillantes de l'original se fondent, dans la version française, en ulle grisaille générale. Marot est trahi par la facilité même de son style, qui ne rend ni Ie réalisme vigoureux, ni la splendeur de la poésie hébraïque. l\his il ne faut pas oublier que sa traduction, comparée à celles d'autres contemporains, aux Psaumes pénitentiaux de Gringore par exemple, avait Ie mérite d'être exacte, c'est-à-dire de n'admettre ni interpolation, ni interprétation allégorique ou mystique étrangère au texte.

Elle se recommandait en outre par une remarquable 'Variété de mètres, II n'y a pas moins de quarante et une combinaisons ryth: miques différentes dans les cinquante psaumes de l'édition dé/initive. T outes sont de véritables stro;>hes, ou couples de strophes, de mètres égaux, T outes sont (( mesurées à la lyre)), comme dira Ronsard, c'est-à-dire que les rimes masculines et féminines se trouvant toujours aux mêmes places, les strophes peuvent être chantées, tantôt toutes sur Ie même air, tantôt les stro;>hes paires sur un aIr et les strophes impaires sur un autre, Cette traduction du Psautier atteste donc un goût pour la diversité des formes Iyriqucs et un besoin de créer de nouveaux types de strophes, par quoi Marot devance la Pléiadc,

CLÉMENT MAROT (f:.cole française, milieu du XVI. siècle).

l J. l;u"au(]uJI.

L'apostre Paul, saint Martm charitable, Et Augustin, de Dieu tant escrivant, Maint autre saint plein d' esprit véritable N'ont desiré que moyen leur vivant.

Or est ta chair contre moy estrivant, Mais pour l'amour de mon père céleste T'enseigneray comme yras ensuyvant Ceulx à qui one mon dard ne ful moleste.

Prie à Dieu seul que par .J!râce te donne La vive foy, dont sainct Paul tant escript, Tavie après du tout lui abandonne, Qui en péché journellement aigrict.

Mourir pour estre avecques Jesuchrist Lors aymeras, plus que vie mortelle; Ce beau souhalt fera Ie tien esprit:

La chair ne peut désirer chose telle....

Jesus. aflìn que de moy n'eusses craincte, Premier que toy voulut mort encourir ; Et en mourant ma force a si estaihcte.

Que quand je tue on ne sçauroit mourir.

Vaincue m. a pour les siens secourir.

Et plus ne suis qu'une porte ou entrée Qu on doibt passer volontiers, pour cour;r De ce viI monde en céleste contrée,..

MAROT POÈTE DE COUR {( Je ne fay doubte, dit 1\1arot en parlant de Villon, quïl n'eût emporté Ie chapeau (la couronne) de laurier devant tous les poètes de son temps, sïl eust esté nourry en la court des roys et des princes, là OÙ les jugements s'amendenl et les langages se polissent.)) C'est indiquer en quelques mots Ie genre dïnAuence que la cour a exercée sur sa propre poésie.

Valet de chambre de François Ier, secrétaire de Marguerite, Marot a approché les (( rois et les princes )), II a fréquenté la cour de France dans un temps OÙ dIe cherchait à rivaiiser avec les cours

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