‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 175 sur 402 · III · texte numérisé non relu

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II

Cl. GiraudoQ.

MARCUERITE DE NAVARRE. - Portrait attribué à François Cloucl (muséc Condé à Chantilly).

italiennes pour la politesse du langage, Ie raffinement des manières, I'élégance du costume. Le roi, à qui lui-même donne lecture de sa traduction des Métamorphoses,la reine de Navarre, Ie connétable de Montmorency, Ie chancelier du Prat, la duchesse de Ferrare, voilà quelques-uns des personnages auxquels iI adresse ses poèmes : voilà les lecteurs dont il songe à HaUer Ie goût lorsquïl écrit ses vers de circonstance pour se réjouir du retour des enfants de France, si longtemps captifs en Espagne, pour célébrer I'arrivée à Paris de la reine f.léonore, pour supplier, dans un Cantique, la déesse Santé de ranimer Ie roi malade, Mêlé à la noblesse, il en a pris Ie ton. II sait improviser dans ses Étrennes de menus compliments pour les dames de la cour, la grand' sénéchale Diane de Poi tiers, la duchesse d'f.tampes, etc. II observe une parfaite discrétion dans les déclarations et protestations d'amour qui remplissent ses élégies, rondeaux et épigrammes, inspirés par Anne, fille du bâtard d'Alençon, nièce de Marguerite, dont il fut dix ans Ie It serviteur II. II plaisante agréablement dans l'épÎtre qu'il rédige au nom de la petite Jeanne d'AIbret, âgée de quinze ans, pour donner à sa cousine Marguerite, fille de François ler, des nouvelles de son perroquet, de son écureuil et de son maître à danser.

Marot, poète de cour, s'est donc réglé sur Ie goût des princes, grands seigneurs et grandes dames, parmi lesquels il vivait. C'est par I'aisance et la grâce, Ie tact et I'esprit, qu'il a pu leur plaire. II reste que ces qualités ne sont point d'emprunt : ce sont des dons naturels, Le commerce de la cour a pu les développer chez lui, mais non les créer, LE CÉNIE DE MAROT L'esprit est Ie talent de Marot, ou, si I'on veut, son génie. Imprévu, aisé, léger, il anime les récits et les descriptions; il dicte la louange délicate; iI assouplit Ie style guindé des compliments officiels; il relève d'une pointe d'humour les confidences sur la (( faulte d'argent II; il abrège les suppliques, communément fâcheuses: il dissimule I'émoi des tend res aveux d'amour. II est plus aisé d'indiquer que de définir les modes principaux de cet esprit, L'humeur frondeuse et caustique de Marot s'égaie principalement dans ses épigrammes, Beaucoup ont une saveur populaire très franche; ce sont des facéties sur les moines, sur les théologiens, sur les femmes; Ie poète a donné à ces pièces un tour concis, dont il trouvait de bons modèles chez Martial.

Sa malice brille encore dans d'autres poésies légères, comme dans les chansons et dans les épîtres, Que! joli trait, par exemple, que ceUe prière qu'il adresse à Dieu pour un rival que sa dame lui a préféré/

Puisque de vous je n'ay autre visage, Je m'en vays rendre hermite en un désert Pour prier Dieu, si un autre vous sert, Qu'autant que moy, en vostre honneur, soit sage I Parfois la raillerie se teinte de colère, II y a de l'indignation et de I'éloquence dans l'épigramme qui nous montre Ie ferme maintien de Semblançay conduit au supplice par Ie lieutenant-criminel Maillart :

Lorsque Maillart, juge d'Enfer, menoit A Monfaulcon Semblançay râme rendre, A votre advis, lequel des deux teno;t Meilleur maintien? Pour vous Ie faire entendre, Maillart sembloit homme que mort va prendre Et Semblançay fut si ferme vieillard Que ron cuidoit, pour vrai, qu:i1 menast pendre A Monfaulcon Ie lieutenant Maillart.

La grâce est Ie trait Ie plus frappant des épÎtres de MaroL Comme ses maîtres les Rhétoriqueurs, il a usé de l'épÎtre famiIière pour solliciter ses protecteurs: Ie roi, Ie connétable de Montmorency, un officier de finances, Comme eux il a fréquemment quémandé, tantôt une charge (Au roy pour succéder en festat de son père) , tantôt une grâce (Au roy pour Ie dé/ivrer de prison; A L})on lamet, pour Ie même motif), ßénéralement des subsides (Au roi, pour avoir esté dérobé; A Monsieur Ie trésorier Guillaume Preudhomme, etc,). Mais quelle différence entre les requêtes de ses prédécesseurs et les siennes! T andis que ceux-Ià étalaient leur détresse, obsédaient fâcheusement leurs patrons, Marot glisse sa supplique, brève et plaisamment présentée, entre des récits et des propos amusan'ts, A François ler, qu'il sollicite de Ie délivrer de prison, il fait un piuoresque récit

LlTTÉR. FRANÇ. - I

LA POESI E - 137

de son arrestation et, avec une désinvolture de page effronté, iI propose au roi un arrangement, Supposons, dit-il, que je vous aie fait tort, en maltraitant les gens de votre police: Au pis aller n'y cherroit qu'une amende, Prenez Ie cas que je vous la demande :

J e prens Ie cas que vous me la donnez.

Et si plaideurs furent onc estonnez Mieulx que ceulx-cy, je veulx qu'on me délivre Et que soudain en ma place on les livre.

II présente ensuite sa supplique, et la termine par un trait qui ne laisse nulle illusion sur son repentir :

Si vous supplye, sire, mander par lettre Qu' en liberté vos genz me veuillent mettre, E:t si j'en sors, j'espère qu'à j!rand'peine M'y reverront - si on ne my rameine I

Enfin il s'excuse plaisamment d'avoir osé écrire au roi. Sa phrase se fait grave et cérémonieuse, comme une formule de leUre officielle, jusqu'au dernier vers, qui termine Ie placet sur un trait spirituel : T res humblement requerrant vostre grâce De pardonner à ma tmp grand'audace D'avoir emprins ce sot escript vous faire, Et m' excusez si pour Ie mien affaire J e ne suis point vers vous allé parler:

Je n'ay pas eu Ie loysir d'y aller.

II en arrive, parfois, avec une touchante insouciance, à s'égayer luimême de ses infortunes. Certes Ie dénûment OÙ I'a laissé son valet, qui lui a volé ses hardes et sa bourse, est lamentable, mais Ie larron était un coquin si complet qu'i1 provoque I'admiration Gour:nand iv[on ne et asseuré menteur, Pipeur, larron, joueur, blasphemateur, Sentant la hart de cent pas à la ronde, Au demourant, Ie meilleur lilz du monde.

De même, il dépeint son arrestation comme une scène amusante. II oppose à la brusquerie hargneuse des gens chargés de I'appréhender son ahurissement et sa surprise, vraie ou feinte, à lire Ie mandat d'arrêt: T mis grans pendars vindrent à r estourdie En ce palais, me dire, en désarroy :

(( N ous vous faisons prisonnier par Ie Roy I >> Incontinent qui fut bien estonné?

Ce fut Marot, plus que iil eut tonné I Puis m'ont monstré un parchemin escrit Où n'y avoit seul mot de Jesuchrist :

II ne parloit tout que de playderie, Dc conseillers et d'emprisonnerie.

Vne note particulière, dans ceUe gamme de traits (( I'air naïf n, une sorte d'ingénuité dont on rencontre. cités plus haut, quelques exemples.

Je n'ay pas eu Ie loysir d'y aller, déclare au roi Marot prisonnier, pour s'excuser de n'avoir pas été lui remeUre son placet. (( II n'oublia rien, dit-il de son larron, fors à me dire adieu! II Auprès de ces trésors d'esprit, Ie fond de sensibilité, chez Marot, paraÎt négligeable, II y a pourtant dans ses élégies de bien délicates peintures des souffrances de I' amour, de la langueur et de la mélancolie.

Mais ce n'étaient point là les thèmes préférés de sa poésie. L'émotion douloureuse est, chez lui, brève et voiIée, II faut qu'il soit bien malheureux, ruiné, épuisé par la maladie pour s'attendrir sur lui-même comme il I'a fait une fois :

d'esprit, est dans les vers

Que diray plus? au misérable corps Dont je vous parle, il n'est demouré fors Le povre esprit. qui lamentc et soupire Et en pleurant tasche à vous faire rIre.

C'est une note unique dans dont Ie dessein ordinaire est, Marot, de (( faire rire )1, INFLUENCE ET RÉPUTATION DE MAROT

Éditions modernes des poètes contemporains de Marot : CEuvres de Mellin de Saint-Gelais (/490-/558), publiées par Prosper Blanchemain, 3 vol" /880; la Parfaicte amye, d'Antoine Héroet (/492-1568), publiée par Ferdinand Gohin dans la Collection des texles français modernes, 19/3; - les Poésies de Marguerite

les Épîtres, comme dit

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