‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 176 sur 402 · LE SEIZI EME SI EC LE · texte numérisé non relu

LE SEIZI EME SI EC LE

ILLUSTRHION de la prem:ère nouve!Je du Dicaméron, de Eoccace. dans la traduction française donnée en 1545 par Antoine Le Maçon, - Le Décaméron, largement répandu en France, a servi de modèle à I'Heplaméron de Marguerite de Navarre.

de Navarre,publiées par F. Franck, 3 vol., 1880;-les Oernières Poésies de Marguerite, publiées par Abel Lefranc, /895. CArt poétique de Sebillet a été publié par Félix Ga;-ffe pour la Société des T extes hançais modernes, /9/0. Consulter sur Mellin de Saint-Gelais /a monographie que lui a consacrée Mo/inier, 1919 ;-sur Charles deSainte-Marthe, celie de Caroline Ruutz Rees, 1919 ;-sur Eustorg de Beaulieu, une étude de Helen Harvitt, /9/9; - sur Victor Brodeau, deux articles de Pierre ]ourda, dans la Revue d'histoire liuéraire, /92/; - sur Ie s(y/e marotique, Wa/ther de Lerber, I1nAuence de Marot aux xvW et XVIII" siècles, /919.

Sous LE RI 'CNE de François ler et jusqu'à la publication des Odes de Ronsard (1550), Marot a été considéré, par les poètes, comme Ie plus excellent d'entre eux. Ses mérites ne furent contestés par personne, sauf, à son retour dltalie, en 1537, par un rimeur obscur, Sagon, qui l'auaqua vilainement. Marot eut alors la satisfaction de voir tous ses confrères en poésie se rallier autour de lui. II les en remercia en leur donnant des témoignages publics d'affection et d'estime. [Is I'avaient nommé leur (I père n ; il appela l'un son fils, I'autre son II mignon )1. II ne les tenait pas pour ses disciples, II en est même deux qu ïl a déclarés ses égaux : Antoine Héroet et Mellin de Saint-Gelais, Nous avons défini, en parlant du Platonisme, l'inspiration d'Antoine Héroet. Mellin de Saint-Gelais, d' un tempérament tout différent, est Ie meilleur représentant de I1talianisme dans notre poésie à l'époque de François Icr. Neveu d'Octavien de Saint-Gelais, élevé dans Ie palais épiscopal d'Angoulême, puis à l'Université de Poitiers, il avait fait, jeune encore, un long séjour en Italie. II s'y était initié aux arts, à la philoso?hie, aux mathématiques, et s'y était exercé à la poésie légère. Celle-ci devait être dans sa carrière mondaine une élégance-et un instrument de séduction. Ordonné prêtre, nommé aumônier du roi, puis garde de sa (I librairie n, son existence s'écoula tout entière à la cour, OÙ il faisait figure de prélat mondain et de poète courtisan, II organisait des mascarades, réglait des ballets, rimait des vers légers pour les livres d'heures des dames de ,a cour, improvisait des épigrammes ou des (I étrennes )) pour amuser les favorites du roi. Ses préférences allaient, naturellement, aux poèmes courts: aux épigrammes d huit vers, dont il avait pris Ie modèle chez les Pétrarquistes italiens à la mode au début du siècle, et aux sonnets, quïl fut un des premiers à acclimater en France. Au reste, ne se piquant point d'être auteur, il laissait circuler des copies manuscrites de ses ver , mais ne se décida que très tard à les livrer imprimés au public. Nul plus que cet abbé de cour n'a fait pénétrer dans notre poésie rair et l'esprit de la Renaissance italienne. Marot eut donc parmi les poètes contemporains des émules, des admirateurs, des amis; il n 'eut pas de disciples à proprement parler. Cest quïl ne prétendait pasapporter de formules nouvelles en poésie. II perfectionnait rart de ses prédécesseurs. II don-

nait dans ses épîtres de bons modèles d'élégance; dans ses Psaumes, il créait des rythmes nouveaux; il introduisait, par hasard, Ie sonnet en France. Mais lïdée ne lui venait pas de recommander ses innovations, de les prôner ou de les imposer. II n'avait rien du chef d'école, Par suite, les plus fervents de ses admirateurs eux-mêmes gardèrent toute leur liberté dÏnspiration. Chacun d'eux, après lui avoir payé un tribut d'éloges, suivait son propre génie et sa voie préfé:ée. Plusieurs, sous lïnAuencede l'Ë.vangélisme, cu\tivaient la poésie religieuse. T els Victor Brodeau, de Tours, qui dédiait à Marguerite ses Louanges de ]ésus-Christ nostre Sauveur (1540), et Eustorg de Beaulieu, prêtre catholique, puis ministre ca viniste dans Ie canton de Vaud, qui, dans sa Chrestienne réjouissance (1546), mêlait à des poèmes pieux de violentes satires contre Ie papisme et les moines. L'Ë.vangélisme règne dans les æuvres i=oétiques de la reine de Navarre : Ie Miroir de J'âme pécheresse, les Chansons spirituelles, publiées par son valet de chambre Jacques Simon de la Haye sous Ie titre de Marguerites de la Marguerite des princesses. II s'allie au Platonisme dans les Dernières Poésies, Malheureusement Ie style de ces vers est loin de répondre à la profondeur ou à rélévation des sentiments : il est teme et prolixe. Quant aux rythmes, Marguerite, à l'exemple de Marot, les a souvent empruntés à des chansons po;mlaires : elle a mis des paroles mystiques sur l'air du II Pont d'Avignon n. Le Platonisme et Ie Pétrarquisme ont inspiré Charles de Sainte- Marthe. Dans sa Poésie française (1540), il a mis en rondeaux et en épigrammes des thèses platoniciennes : II que l'amour ne pourrait être déshonnête )), II qu'au lien d'amour rien n'est plus nuysant que jouissance J), etc, Cependant, parmi ceUe libre variété de productions, la conception même de la poésie se transformait insensiblement. CArt poétique de Thomas Sebilld, qui est un répertoire des règles propres aux genres cuhivés par les Rhétoriqueurs et par Marot, contient une définition nouvelle de la poésie, empruntée au Timée de Platon. Elle est, nous dit Sebillet, une (( divine inspiration )1 et II ce qu'en poésie est nommé art... n'est rien que la nue escorce de Poésie, qui couvre artificielement sa naturèle voix et son âme naturèlement divine n. II serait donc indigne d'elle de considérer que son principal omement est la rime. Laissons ceUe erreur à la tourbe ignare, proclame Sebilld, brisant avec la tradition qui dénommait les poètes des (I rimeurs J), et honorons les Marot et les Saint-Gelais du nom de (( poètes divins II. Ces idées annoncent la poésie de Ronsard. Aussi bien rArt poétique de Sebillet donne les règles de l'Ode, genre nouveau inconnu à Marot et que Ronsard devait illustrer peu après. Le triomphe de la Pléiade éclipsa la gloire de Marot. L'avenir lui réservait une revanche inauendue. Sous Ie règne de Louis XIII, Ronsard ayant été condamné par Malherbe et voué au mépris, Marot connut un regain de faveur, II fut Ie maître du rondeau, de l'épigramme, de la ballade même et de I'épître, Un style artificiel, fait de tours et de termes archaïques, de traits naïfs ou malicieux, fut créé et resta de règle dans l'épigramme, sous Ie nom de style marotique. La Fontaine en usa dans ses Contes et ses Fables, J .-B. Rousseau dans ses Ë.pîtres, Ce I( style marotique )) ne sera délaissé qu'au milieu du XIX C siècle.

Nos classiques exceptaient Marot de la condamnation générale quïls portaient injustement contre la poésie du XVI" siècle. lis étaient sensibles aux qualités de ses épîtres: à resprit, à la grâce, à rart de deviser avec aisance ou de solliciter avec tact. La Bruyère lui reproche d'avoir parfois manqué au respect de la décence et il Ie regreUe. Boileau n'hésite pas à Ie recommander comme nn modèle de poète courtois: II Imitez de Marol l'élégant badinage. ))

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CAUTERET5. où se glOu;>èrent, autour de Marguerite de Navarre. !es conteurs de I'Heplaméron.

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