‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 177 sur 402 · I. - Marguerite, reine de Navarre · texte numérisé non relu

I. - Marguerite, reine de Navarre

Le principal recueil de contes, au XV /' siècle, est dû à la reine de Navarre, Marguerite, sæur de François /,'r, Elle naquil duchesse d'Angoulême, en 1492. Sa jeunesse se passa au château d'Amboise où, sous la direction de sa mère, Louise de Savoie, elle appril Ie latin, l'italien, I'espagnol. Plus tard, elle étudia I'hébreu. Ses précepteurs lui donnèrent Ie goût de la philosophic.

En 1509, elle fut mariée à Charles, duc d'Alençon, pour qui elle n' eut jamais d'inclination. Ayant reçu du roi, son frère, Ie duché de Be"v en apanage, elle s'intéressa particulièrement à I'Université de Bourges. Elle y attira Alciai, Ie fameux jurisconsulte d' / talie, Le duc d'Alençon, qui avail, par sa lauie, coniribué au désasire de Pavie, mourut en 1526, el IVlarguerite épousa, un an après, Henri d'Albret, roi de Navarre, qui avail onze ans de moins qu' elle. Elle lui témoigna toujours une vive affection, qui ne fut guère payée de retour, Le couple rO,val résidail tantôt à Pau, tantôt à Nérac, veillant à la prospérilé du petit royaume de Navarre. Marguerite en {it la terre de refuge des écrivains et des savants que la Sorbonne persécutail comme senlant I'hérésie. Elle y reçut Marot, Calvin, Lefèvre d' Etaples, Ses dernières années lurent attristées par des dissentiments avec son frère, qui exigea la main de sa {ille Jeanne d'Albret pour Ie duc de Clèves, puis par la mort de ce frère toujours chéri. Elle se consolail en composant des poèmes mystiques. Elle mourut à Odos, en Bigo"e, en 1549.

Les principales édilions modernes de I'Heptaméron sont celie de Franck, 3 vol., 1879, et celie de Dillaye(avec préface d'Anatole France), 3 vol., 1879. Cest ceUe dernière que nous suivons dans nos citations.

Consulter: Marguerite d'Angoulême, seeur de François leT, par Ie comte de la Ferrière Perc]), 1862, et les Grands Ë.crivains françaisde la Renaissance, par Abel Lefranc, 1914.

L A reine de Navarre a joué un rôle important, nous I'avons constaté déjà, dans I'histoire de la Renaissance et de la Réforme. Elle a mérité les louanges de tous les savants et lettrés de son temps, qui ront célébrée en grec, en latin, en français. T ous ont dit I'attrait et Ie charme de sa personne, Elle n'était point jolie, à vrai dire. Elle avait la beauté robuste de son frère : une taille élevée, les traits du visage un peu gros, Ie nez long: dans I'ensemble, plus de force que de grâce. 1\1ais I'intelligence animait sa physionomie. De la rectitude de son jugement elle donnait tant de preuves qu'un ambassadeur vénitien, dans un rapport adressé à la Sérénissime République, la désignait comme I'esprit Ie plus sage de toute la France, D' une culture étendue et variée, elle s'intéressait à tous les mouvements dïdées qui transformaient alors l'idéal religieux, intellectuel et moral de la France. Elle connaissait la littérature italienne : elle s'est même inspirée de la Divine ComMie, Elle goûtait Platon, encourageant quelques humanistes à traduire ses Dialogues. Elle favorisait l'Ë.vangélisme. Elle réservait dans sa maison des charges et des offices aux lettrls et aux poètes : Marot, des PÜiers, Brodeau, furent ses valets de chambre. Elle fut, suivant Ie mot de Michelet, (( I'aimable mère de la Renaissance)), A ('intelligence elle alliait une grande bonté. Elle a aimé son frère d'une tendresse que rien ne décourageait. Un de ses poèmes nous la montre, un jour que Ie roi était malade, appelant avec une ardente impatience la venue du messager qui lui annoncera la guérison espérée. En elle, les âmes éprises du beau, les consciences troublées, les esprits que tourmentait Ie besoin d' une réforme religieuse, trouvaient un refuge et un soutien. (( Elle estoit, dit Brantôme, très bonne, douce, gratieuse, charitable, grand'aumosniere et ne dédaignant personne. )) L' amour est Ie fond de sa religion, et celle-ci a tenu la première place dans sa vie, comme en témoignent sa conduitt" et ses écrits. Pour son frère captif à Madrid, elle ne trouve pas de plus sûre consolation que la lecture des Ë.pÎtres de saint Paul. qu'elle lui envoie. Sa correspondance avec Briçonnet, qui fut longtemps son directeur spirituel. est pleine d'effusions mystiques, parfois exprimées avec une recherche et une préciosité fort bizarres. La même confiance en un Dieu qui est amour et charité respire dans ses dernières poésies. Et elle aimait Ie rire et les propos joyeux. Rabelais n'hésitait pas à

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