‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 183 sur 402 · LES CONTEURS · texte numérisé non relu

LES CONTEURS

arrester et vous dit: II Qu'est-ce que vous dites? II Mais iI ha (i I y a) bien meilleure grâce au langage du païs: II Quet 0 que vo disez? II Pensez que ce vous est un grand plaisir, quand vous avez si longuement demeuré à vous estuver (meltre en nage) et crié à gorge rompue, que ce bouvier vous demande que c'est que vous dites! Et bien, si fauh-il que vous padiez. I( OÙ est Ie chemin de Parthenay ? - Di! De Parthenay, monsieur? ce vous dira-t-il. - Ouy, de Parthe nay ! (que te viengne Ie cancre !) - Et dont venez-vous, monsieur? dira-t-il. - Dont je vien ? Où est Ie chemin de Parthenay? - Y voulez-vous aller, monsieur ? II (Or sus, prenez patience), II Ouy, mon amy, je m'y en vais. Où est Ie chemin? I) Adonc iI appellera un auhre picque-bceuf qui sera là auprès, et luy dira : (I Micha, icoul homme demande Ie chemin de Parthenay; n' et-o pas per qui aval? )I L'auhre répondra (s'il plaist à Dieu): (( 0 m'est avis qu'iI est par deçay. II Pendant qu'ilz sont là tous deux a debatre de vostre chemin, c'est à vous à adviser si vous deviendrez fol ou sage. A la fin, quand ces deux Poyctevins ont bien disputé ensemble, I'un d'eux vous va dire:

II Quand vous serez à iceste grand cray (croix), tournez à la bonne main et peu allez tout dret, vous ne sçauriez faillir. II En avezvous, à ceste heure? )I

NOEL DU FAIL t:

1/ appartenait à Noël du Fail (1520- /59/) d'introduire Ie réalisme dans la littérature facétieuse. Ce gentilhomme breton d'humeur brusque et hautaine, ayant les goúts simples de sa race rurale, après avoir passé son enfance dans la campagne rennaise, était allé étudier à Paris, Il avail pris part, comme II piéton )I, à une expédition en Piémont. Puis, se/on ['usage, il avait achevé ses études par un tour de France universilaire, séjoumant à Poitiers, Angers, Bourges, Avignon. Le regret de la terre natale lè ramenait ensuite au manoir de Château- Letard, A vingt-sept ans, il publiail un premier album de croquis de son village: les Propos rustiques et facétieux (1547), suivi bientôt des Baliverneries et Contes nouveaux (1548). Fixé défìnillvement en Bretagne par son mariage, par la charge de conseiller au présidial de Rennes d'abord, puis par celie de conseiller au Parlement de Bretagne, il faisait de son temps deux parts: tantôt il se /ivrail à ses fonctions pro-

LE CYMBALUM MUNDI de Bonaventure des Périers.

QUE les Nouvelles récréations doivent être attribuées au seul des Périers, ou à plusieurs auteurs, I'ouvrage présente d'un bout à I'autre les mêmes caractères.

Ce sont des délassements d'humaniste qui n'ont pour objet ni d'instruire, ni de moraliser, mais seulement de faire rire. lis sont exempts de toute affectation pédante, de toute recherche. A peine discerne-t-on parfois chez eux un souci d'imiter quelques procédés de style de Rabelais. Dans ces contes, dit Ie préambule, iI n 'y a ni mal ni malice. La matière en est commune: quelques histoires grivoises, beaucoup d'anecdotes burlesques et de facéties piquantes. Ces contes ne viennent, nous dit-on, ni de Constantinople, ni de Florence, ni de Venise; ils ont été cueillis dans la rue, par les champs, devant la porte... En réalité, un bon quart d'entre eux pro

cèdent d'écrivains italiens, de Pogge, de Boccace et d'autres encore : Ie reste peut être du terroir français, Les auteurs de ces récits, qui ne visaient qu'à égayer, ont su, à I'occasion, observer et décrire les mceurs. Chez eux Ie régent, Ie légiste, I'écolier, la harengère padent un langage vrai et se peignent par leurs propos. Tel ce paysan poitevin, circonspect, lent, goguenard, à qui un voyageur égaré demande son chemin, II II y ha beaucoup de manières de s'exercer à la patience... entre lesquelles est la rencontre d'un Poytevin quand on va par pays: comme, prenez Ie cas que vous ayez à faire diligence et quïl face froit ou quelque mauvais temps, en somme, que vous soyez fasché de quelque autre chose et par fortune vous ne sçachiez vostre chemin, vous advisez un Poytevin assez loing de vous qui laboure en un champ; vous vous prenez à lui demander: (( Et hau! mon amy, où est Ie chemin de Parthenay? I) Le picque-bceuf, encore qu'iI vous entende, ne !Ie haste pas de respondre; mais il parle à ses bceufs. II Carea, Frementin, Brichet, Castain, yen après moay, tu vas bien crelin coulant I II ce dit-il à son breuf, et vous laisse crier deux ou trois fois, bonnes et hauhes, Puis, quand iI void que vous estes en colère et que vous voulez picquer droit à luy, il sible ses bceufs pour les

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UN PAYSAGE POITEVIN : Ie pont d'Airvault (Deux-Sèvres).

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