‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 184 sur 402 · J-" .II · texte numérisé non relu

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SCÈNES DE LA VIE RUSTIQUE, d'après une tapi..erie des Amours de Gombaut et Maeée, - Ces personnages représentent des types légendaires de paysans. lis sont la félieité ehampêtre. opposée aux soueis de la vie des eités. Des tapisseries de Gombaut et Maeée sont mentionnées dans divers inventaires au XVI" siècle et il y en aura une dans les hardes qu'Harpagon (( prête >> à son lils.

fessionnelles, recueillant, pour les publier en 1579. les plus Notables et solennels arrêts du Parlement de Bretagne; et tantôt il s'adonnait à la vie rustique au château de la Hérissa})e, préparant de nouveaux tableaux de mæurs villageoises : les Contes et Discours d' Eutrapel. qui parurent irente-sept ans après les deux premiers ouvrages. Déjà f\Joël du Fail se considérait comme retranché de ce monde : son livre était signé Ie feu seigneur de la Hérissaye. Il devait mourir en 1591. Editions modernes : les Propos rustiques de maistre Léon Ladulfi. p. p, Arthur de la Borderie, 1878; les Baliverneries et les Contes d'Eutrapel, p. p. E. Courbet, 2 val., 1894; CEuvres facétieuses de Noël du Fail, publiées par Assézat. 2 vol., 1874. A consulter: E. Phi/ippot. la Vie et l"ceuvre de Noël du Fail. gentilhomme breton, et Essai sur Ie style et la langue de Noël du Fail, 1914.

LES Propos rustiques et facétieux sont des entretiens de pay sans sur les mceurs rurales. Noël du Fail, s'étant retiré aux champs, se promène dans son village un jour de fête, II avise un groupe de vieux paysans, bons (( prud'hommes n, de condition aisée. qui sous un large chêne. ee les jambes croisées et leurs chapeaux un peu abaissés sur la veue J), s'entretiennent de leurs affaires, pendant que sous leurs yeux lesjeunes gens s'adonnent auxjeux de leur âge: à la lutte, à la danse, au tir à l'arc. Le châtelain s'assied parmi eux, écoute leurs propos et nous les rap porte. Les sujets de ces causeries n'ont rien de rare. lis ne sont par euxmêmes nullement facétieux: c'est l'éloge du temps jadis par Ie (( preud'homme n Anselme, ee bon laboureur et assez bon petit notaire pour Ie plat pays)); c'est la description d'un banquet rustique par maistre Huguet, qui, après avoir tenu l'école de la paroisse, est

devenu vigneron : c'est un parallèle entre Ie ee muguetage )) à la mode des vi lies et Ie ee gouvernement )) d'amour rustique au vieux temps. II n'y a dans Ie recueil que deux contes proprement dits : Ie récit d' une bataille entre les habitants de deux villages voisins, et Ie récit d' une farce jouée à une procession de quêteurs du nouvel an, de ee l'aguillanneuf I).

Les louanges de la vie aux champs dominent dans ces propos. Un dessein didactique se mêle aux tableaux des mceurs villageoises. T rop heureux les paysans! lis ne songeraient point à sortir de leur condition, sïls connaissaient leur félicité! Sur ce thème, jadis tfaité par Virgile et Claudien et dans notre littérature du moyen âge par Ie Dit de Franc-Gontier, les Propos rustiques brodent de nouvelles variations, Naturellement, à l'image de la vie champêtre, toute de bien-être et de liberté, Noël du Fail oppose l'existence factice des vi lies et de la cour, gâtée par Ie poison des mensonges sociaux et des conventions mondaines.

Ces éléments didactiques et satiriques iront se développant dans les Baliverneries et surtout dans les Contes d'Eutrapel. Du Fail se complaira à juger toute la société en campagnard dédaigneux des raffmements de la civilisation, n'ayant d'indulgence que pour les rustiques. II y a donc un parti pris d'optimisme dans ses descriptions de la vie des paysans, et leur valeur documentaire est sujette à caution. Leur mérite artistique n'en reste pas moins très grand. La plupart de ces peintures, faites de petits traits bien choisis, ont une vie extraordinaire, T elle est, par exemple, cette description d' une veillée bretonne :

ee Au temps passé... iI se faisoit des fileries, qu'ils appellent veillois... où se trouvoient de tous les environs plusieurs jeunes valets et hardeaux, illec s'assemblans et jouans à une infinité de petits jeux que Panurge n'eut onc en ses tablettes. Les filles, d'autre part, leurs

LE BON PEUPLE DE FRANCE, tel que Ie représente J'auteur d'une Description de tous Ie. pays, Sébastien M ünster (1550).

quenoilles sur la hanche, filoient. Les unes, assises en lieu plus eslevé, verb; gratia sur une huche ou met." à fin de faire plus gorgiasement piroueter leurs fuseaux, non sans estre espiez s'i1s tomberoient; car en ce cas, y a confiscation rachetable d' un baiser; et bien souvent il en tomboit de guet à pans et à propos délibéré, qui estoit une succession bientôt recueillie par les amoureux, qui d'un ris badin se faisoient fort requérir de les rendre. Les autres, moins ambitieuses, estans en un coin près Ie feu, regardoient par sus les espaules des autres et plus avancées, se haussans sur Ie bec du pied et minutans les grimaces qui se faisoient en la place et comble de I'hôtel. tirantes et mordantes leur fil et peut-être bavantes dessus, pour n'estre que d'estouppes,.. Là se faisoient des marchez.., mais bien peu, parce que ceux qui vouloient, tant peu fust, faire les doux yeux, desrober que\que baiser à la sourdine, frapant sur I'espaule par derrière, estoient contreroolez par un tas de vieilles, qui perçoient de leurs yeux creux jusques dedans Ie teet aux vaches, ou par Ie maistre de la maison estant couché sur Ie costé en son lit bien c1os.., et en telle veue qu'on ne lui peut rien cacher, II L'homme intéresse Noë\ du Fail plus que la nature, Les portraits tiennent presque autant de place dans ses livres que les propos. 1\ y a bien quelques disparates dans ces portraits, particulièrement dans ceux des devisants. Les brocards juridiques, les adages, les facéties savantes qui émaillent leur langage dénoncent la profession de I'auteur et contrastent avec la condition des personnages. Mais les silhouettes des types de second plan sont d' une simplicité de lignes et d' une vérité d'expression qui ne laissent rien à désirer, C'est Ie curé de campagne, messire Jean, vantard, faisant sonner son latin, II encore qu'il y fût un peu rouillé n, prenant part, après un repas de cérémonie, à la danse, et avec un tel entrain quÏI met en sueur toules les commères. C'est Thenot du Coin, ainsi sumommé parce qu ïl ne sortit jamais des limites de sa paroisse : philosophe de village, tendre aux enfants et aux animaux, au reste II mettant Ie nez au baril II aussi bien qu'un autre. C'est Robin Chevet, conteur en titre dans les II fileries }), endormant son auditoire par des histoires interminables de Loup-Garou, de Mélusine, du Moine Bourru. Ce sont des médecins, des hobereaux, des écoliers revenant au village frais émoulus du collège. Cent croquis plaisants plutôt que grotesques, qui font songer moins aux bambochades de Téniers qu'aux tableaux des frères Le Nain.

La langue de Noël du Fail, lorsqu'elle est nette de réminiscences savantes, affecte un caractère populaire, sans particularité régionale : on n'y trouve que peu de termes propres au dialecte de la campagne rennaise, Son style est inégal. II a, dans ses premières æuvres, une allure pesante comme la démarche des paysans. Plus tard, iI devint moins lent. L'écrivain cherchait manifestement à reproduire Ie laisser-aller des entretiens famihers; iI n' en a pas toujours évité I'incohérence, A force d'art, iI lui est

LlTIÉR. FRANÇ. - I

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