LE SEIZ1 EM E SI ECLE
ÄMADIS DE GAULE.
. Quels furent les. rois G rinter et Périon et d'un combat qu'eut iceluy Périon . Comment Urgande la Descognue aporta une lance au Damoysel de la Mer. Ð conlre un Iyon qUi devorOit un cerf, >> (Le premier livre d'AmaJis de Gaule. mis en françoys par Ie seigneur des Essars, Nicolas d'Herberay, 1548).
récompenses ordinaires de la vaillance des chevaliers, I'octroi du (( gracieux don de mercy)); ils décrivaient complaisamment les scènes d'amour, tantôt avec des détails gaillards, tantôt avec une exaltation passionnée. Le grave François de la Noue et Ie frivole Brantôme s'accordaient à reconnaître que la lecture des Amadis était pernicieuse pour la jeunesse, La galanterie s'était substituée dans les Amadis, comme dans nos romans de chevalerie en prose, à I'amour et à la dévotion mystique qui régnaient dans les primitifs romans de la Table ronde. Aux lectrices sentimentales, qui étaient nombreuses dans l'entourage de Parlamente ou dans les cercles platoniciens, à toutes les âmes délicates qui demandaient au roman une image épurée -:Ie l'a mour , s'offrait une æuvre italienne, traduite pour la première fois en J 532, rééditée trois fois en dix ans: la Complainle de Flammelte à son ami Pamphile, élégle dédiée par Boccace à toutes les dames amoureuses. C'est I'histoire, simple. triste, mais non tragique, d'une femme mariée, qui, frappée d'un amour subit pour un jeune homme, lui fait des avances et Ie séduit. Séparée de lui, elle languit, se lamente et souffre des affres de la jalousie lorsqu'elle apprend son mariage. La peinture et I'analyse des sentiments font tout l'intérêt de ceUe æuvre, dénuée de péripéties extraordinaires. Cétait un ton nouveau dans notre liUérature romanesque, Nous en devons l'introduction à la liuérature italienne : à la traduction de Fiammelta d'abord et, bientôt après, à celie du Filocolo du même Boccace. Le titre d' une édition partielle (1523) indique assez quel genre d'intérêt les lecteurs français prenaient à ceUe lecture : T reize élégantes demandes d'amours... Ces demandes étaient des questions posées dans un cercle de dames, au livre V du Filocolo (ou Filocopo) : (( si I'homme peut être amoureux par honneur; quel est Ie plus grand plaisir de voir la presence ou penser en I'absence, en cas d'amour )1, etc. Oes ouvrages com me ces deux \ivres de Boccace, comme Ie Courtisan de Balthazard Castiglione, comme Ie Peregrino de Jacobo Caviceo de Parme (traduiten ! 527, réimprimé six fois en douze ans), comme I Hécatomphile de Leone BaUistaAlberti (traduit en 1534), ranimaient en France Ie goût des controverses amoureuses, des problèmes sentimentaux, des analyses morales.
O'autre part, ce fut toujours Ie rôle des romanciers mondains que de fixer Ie code du savoir-vivre. Les Amadis, à leur tour, ne tardèrent pas à être regardés com me des traités de civilité. Ë.tienne Pasquier y trouvalt de belles observations sur 1'1( entregent)), c'est-à-dire sur les relations entre gens de qualité, Herberay des Essarts et ses continuateurs devinrent des (( conseillers et parfaits secrétaires des amants )), Ie jour OÙ un compilateur eut l'idée d'extraire des Amadis les discours et les lettres qu'ils contiennent, et de les publier comme des modèles pour la conversation et la correspondance, II Sous un Périon de Caule et sa postérité, déclarait Pasquier, Ie seigneur des Essarts a voulu représenter ce qui estoit de la vraie courtizanie. )) II reconnaissait ainsi que les manières, Ie ton, les goûts de la cour des Valois avaient laissé leur empreinte sur ce roman, Les traducteurs en avaient usé si librement avec I'æuvre espagnole qu'ils avaient créé un ouvrage en partie original. supérieur à tous les autres romans de chevalerie par la langue et Ie style, OÙ se peuvent cueillir, dit encore Pasquier, I( toutes les plus belles Heurs de la langue françoise)).