‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 187 sur 402 · IV, - CALVIN · texte numérisé non relu

IV, - CALVIN

:; Dès Ie X V I' siècle, les mérites littéraires de r æUVre théo/ogique de Calvin étaient reconnus, I( 11 estoit, dit Etienne Pasquier, homme bien escrivant tant en latin que françois et auque/ notre langue françoise est grandement redevable pour ravoir enrichie d'une infinité de beaux traids. )) Jean Cauvin (il sIgna Calvinus ses ouvrages en latin, d'où Calvin, par une fausse interprétation de celte forme), naquit à Noyon en 1509, d'une fa mille de riche bourgeoisie. Son père, Gérard Cauvin, notaire apostolique, secrétaire de révêché, promoteur du chapitre, Ie destinait à r Eglise. II Ie fit pourvoir tout enfant de bénéfices ecclésiastiques, entre autres du revenu d'une terre, dite d' Espeville : Ie nom de celte terre fournit, plus tard, un pseudonyme à Calvin, Après avoir commencé ses études dans sa ville natale, Jean Calvin fut envoyé à Paris, aVec des neveux de son évêque, pour suiVre les leçons du collègt: de la Marche, en qualité d'externe libre, II y eut pour maître de latin et de grec Ie pédagogue Ie plus érudit et Ie plus intelligent de r Université de Paris: Mathurin Cordier. On ignore pourquoi il fut placé ensuite, sous la diredion de Noël Béda, dans ce collège de Montaigu dont Erasme et Rabe/ais ont flétri la discipline inhumaine et la (I pouillerie )) répugnante. Sa formation et sa culture, après sa sortie des collèges, furent celles d'un juriste et d'un philologue. Son père lui fait étudier Ie droit canonique, Vcrs f528, il $e lie, à Paris, avec un de ses compatriotes, Pierre Robert, dit Olivetan, qui rintéresse aux idées des Evangéliques. Dès lors, (( ayant reçu, nous dit-il, que/que goût et connoissance de la vraie piété )), il s'adonne avec moins d'ardeur aux autres études. II ne laisse pas d'apprendre Ie droit civil à Orléans, puis à Bourges, où il rencontre rAllemand Me/chior W olmar, professeur de grec, luthérien déclaré.

Son père mort (/530), il renonce au droit et rentre à Paris pour y suivre les cours de grec et d'hébreu des ledeurs royaux Danès et Vatable, La publication de son Com menta ire latin sur Ie Oeclementia de Sénèque (/532) semble devoir rengager dans la carrière philologique; mais soudain un discours prononcé en Sorbonne,le fl'\' novembre 1533. par son ami Cop, redeur de rUniversité, inaugura son apostolat de réformateur re/igieux.

Ce discours était de lui. II joignait des lieux communs de morale à des considérations sur la justification par la foi et des louanges à radresse des esprits courageux qui I( insinuaient purement et simplement r Evangile dans les âmes )), au risque d'être traités II d'hérétiques et de sédudeurs )). Ainsi Uf) plaidoyer pour les Evangéliques et pour leur doctrine était prononcé publiquement au cours d'une cérémonie offìcieiie, Ce fut un scandale. La Sorbonne, émue de celte provocntion, déféra Ie discours au Parlement, comme entaché d'hérésie, Cop s'enfuit à Bâle, Calvin en Saintonge, puis en Béarn, où il alla visiter dans sa retraite Lefèvre d' Etaples.

L'orage passé, il revint à Noyon et res/!]na ses bénéfices ecclésiastiques : étant alors âgé de vingtcinq ans, il n 'aurail pu les conserVer sans recevoir la prêtrise. II fut incarcéré quelque temps, pour des raisons restées obscures.

Survint l'affaire des placards. II s'éloi!]na de Paris, s'en fut à Angoulême, à Po itiers, à Orléans, à Bâle,où il publia la première édilion de sa Christianæ Religionis Institutio, que précède un appel à l'équité du roi François J r: à Ferrare, chez la duchesse Renée, favorable aux nouvelles doctrines religieuses, Enfin, com me il traversail Genève pour se rendre à Strasbourg, son ami Guillaume Farel, qui dirigeait Ie conseil de la ville après avoir expulsé les théologiens catholiques, l'adjura de rester auprès de lui pour enseigner la théologie. Calvin accepta. Désormais Ie voilà engagé dans la vie politique d'une cité encore toute ébranlée par une révolution récente. II avail à lulier contre plusieurs partis. En 1538, t! fut banni par la faction des (( liberlins )), qui était aussi celie des Genevois hostiles aux étrangers. II se réfugia dans la vt!le libre de Strasbourg, où il noua des relations aVec les réformateurs de langue allemande: Bucer, Sturm, Sleidan, Melanchton, Luther, II s'y maria.

En 1541, son parti ayant triomphé à Genève, il y revint pour n'en plus sortir, II gouverna Genève en dictateur, poursuivant quiconque menaçait, par ses idées, son autorilé sPirituelle. II exila Sébastien Castellion et fit condamner au feu Michel Servet, coupables de lèse-orthodoxie calviniste. So us son !]ouvernement, Genève devenait la Rome du protestantisme. II prêchail, il rédigeait des trailés de théologie, donnait des consultations aux princes et aux églises de la Réforme. Son activité prodigieuse allail toujours croissant. II mourut en 1564. Ses ceuIlres françaises comprennent des sermons, des letlres, des ouvrages de théologie dogmatique, comme Ie Traité de la

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