‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 191 sur 402 · LI. Lacroix. Gl'nt'''c · texte numérisé non relu

LI. Lacroix. Gl'nt'''c

UNE LETTRE AUTOGRAPHE DE CALVIN A VIRET (Bibliothèque de Genève, ms. latin J06).

toute de gens de lettres II (Excuse à Messieurs les Nicodémites) : iI les tient pour des esprits timorés, com me Nicodème, ce Juif qui se cachait, la nuit, pour aller voir Jésus. C'est ainsi encore qu'il écrivit Conire la secte phantastique et furieuse des Libertins qui se nomment spirituelz. Ceux-Ià soutenaient que nos actes, venant tous de Dieu, sont tous moralement indiflérents et que notre imagination, notre (( cuider II, en fait seule la moralité ou l'immoralité, Calvin attaqua la secte entière, et nommément Coppin et Quintin, que protégeait la reine de Navarre, On a remarqué depuis longtemps la véhémence de quelques-uns de ces pamphlets. Bossuet trouvait que cette é!oquence n'était (( en rien plus féconde qu'en injures II, et il citait quelques-unes des insultes que Calvin lançait à la face de ses adversaires : fripons, fous, méchants, furieux, ivrognes, enragés, bêtes, taureaux, ânes, chiens, pourceaux, II en passait et de plus pittoresques : jaseurs, bavereaux, baguenaudiers, gaudisseurs, badins, marauds, ruffians, bélîtres, etc. II est certain que Calvin s'abandonne volontiers à sa verve et aflecte les familiarités, voire les trivialités du langage populaire. II use de locutions proverbiales et figurées; iI transcrit, par exemple, dans leur forme crue, en dialecte picard, les propos cyniques de certains libertins spirituels, II décrit en termes rustiques la déconvenue d'un fanfaron, se retirant comme un animal battu (( tout peneux, la queue entre deux jambes II.

C'est ainsi que s'égaie Ie grave logicien. L'humour ou I'ironie fine, qu'on attendrait volontiers d'un esprit sûr de son argumentation et confiant dans Ie pouvoir de la raison, se rencontrent rarement chez lui. Aucun de ses ouvrages n'est plus intéressant à cet égard que I'Avertissement très utile du grand profit qui reviendrait à la chrétienté s'il se faisoit inventaire de to us les corps saints et reliques qui sont tant en Italie qu'en France, Allemagne, Espagne, et auires royaumes et pays.

Après avoir soutenu, en alléguant Ie témoignage de saint Augustin, que la vénération des reliques était déjà du temps de ce Père I'occasion d'une foire (( vilaine et deshonnête II ; après avoir montré par un mot de saint Paul que ce culte ne saurait être que vanité, comme (I tout service de Dieu inventé en la tête de I'homme II, Calvin entreprend de prouver qu'au surplus les reliques vénérées de son temps ne sont pas authentiques. De chaque apôtre, on compte dans les sanctuaires de la chrétienté plus de quatre corps, (( et de chaque saint pour Ie moins deux ou trois II. Pour jeter Ie discrédit sur cette superstition. iI suffisait donc de dresser l'inventaire de ces corps multiples.

C'est ce qu'iJ fait, dans une énumération paisible. dont la lenteur même n'est pas sans humour. Mais Ie plus souvent Calvin contient mal I'indignation que lui inspirent l'ignorance et la crédulité. II gronde; il fouaille ses adversaires de plaisanteries épaisses; iJ éclate en injures.

Le style de Calvin, dans les pamphlets religieux, est plein de mouvement et de vie, parce qu'iI rend les vigoureuses émotions qui agitent I'auteur. II mêle à I'exposé des faits et des idées une humeur goguenarde, des sarcasmes et, à I'occasion, des insultes.

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