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Au PAYS DE: RABELAIS : la Devinière, où it naquit (collection Galgnières).
effet, non seulement Ie latin, mais encore Ie grec, Par fentremise de Pierre Amy, son compagnon d'études au couvent, iI entre en relations épistolaires avec Guillaume Budé, Cependant les Cordeliers voyaient avec inquiétude Pierre Amy et François Rabelais s'adonner à l'étude du grec, tenue pour une langue d'hérésie. lis leur enlevèrent leurs livres et s' acharnèrent contre eux, Amy s' enfuit du couvent; Rabelais avait trouvé appui et protection auprès de Geoffroy d'Estissac, évêque de Maillezais, dans Ie voisinage de Fontenay. Un indu/t pontifical l'aulorisa, en 1524, à passer de l'ordre des Frères mineurs dans l'ordre de Sainl-BenoÎi et à se faire admettre à l'abbaye bénédictine de Maillezais, dont l'abbé était alors Geoffroy d' Estissac.
II accompagne ce prélat, sans doule en qualité de secrétaire, dans ses diverses résidences, notamment à l'abbaye de Ligu'1é, dans Ie voisinage de Poitiers, II goûte, pendant quelques années, Ie charme de cette retraite studieuse, correspondant en vers avec Ie grand rhétoriqueur Jean Bouchet, conversant avec des religieux lettrés comme Ardillon, abbé de Fontaine-Ie-Comte, tantôt dans les bois, tantôt dans les jardins que Geoffroy d' Estissac avait créés à Ligugé. Puis, brusquement, vers 1530, iI quitte Ie Poitou: on ignore pour que lies raisons. On Ie retrouve à Montpellier, où, sans l'autorisation de ses supérieurs ecclésiastiques, en habit de prêtre séculier, il fait ses études de médecine et prend ses premiers grades. I I est nommé médecin de I' Hôtel-Dieu de Lyon en novembre 1532. Pour une dizaine d'années, Lyon sera, suivant son expression, Ie siège de ses études. Cest là que paraissent ses premières æuVres : une .y.ilion des Aphorismes d'H.iþpocrate (préparée à la Faculte dë Montpellier), une édition des Lettres médicales du Ferrarais Giovanni Manardi; un texte juridique, Ie T estament de Lucius Cuspidius, reconnu depuls apocr-yphe. Immédiatement après ces saVantes publications, il lance, sous un pseudon-yme, des ouvrages facétieux : les Horribles et espouvantables faictz et prouesses du très renommé Pantagruel... composez nouvellement par maistrc
Alco/rybas Nasier (anagramme de Françoys Rabelais) el la Pantagruéline prognostication (1533).
I II accompagne à Rome, en qualité de médecin, l'évêque de Paris, Jean du Bellay, envoyé par Ie roi en mission extraordinaire auprès du pape, Pendant deux mois il explore les ruines de l'ancienne Rome, A son retour, il pub lie à L-yon une édition de la T opographia antiquæ Romæ de l'ltalien Mar/iani. Ce devait être la dernière de ses publications savantes. I I donna peu après la Vie inestimable d grand G rgantua, père de Pantagruel (1534), qui allait rapiJemerd consacrer sa réputation de conteur. L'année suivante, iI s'en fut de nouveau à Rome, avec Jean du Bellay, nommé cardinal, De là, il adressait à son premier prolecteur, Geoffro-y d' Estissac, de longues lettres pour Ie mettre au fait des intrigues de la cour pontificale et des menus délails de son existence. II lui envoyait aussi, par courrier diplomatique, des graines de cardes, de citrouilles et de sa lades pour ses jardins de Ligugé et des II mirelificques )) (curiosités) du Levant pour sa nièce, Comme il s'était absenté deux fois de I' Hôtel-Dieu de L-yon (I sans congé prendre )), il fut remplacé dans son poste de médecin dudit hôpital. A son retour de Rome, où iI avait obtenu du pape une absolution pour ses infractions à la discipline ecclésiastique, il fut pourvu d'une prébende par Jean du Bellay, qui Ie nomma chanoine de la collégia/e de Saint-Maur-Ies-Fossés, II ne semble pas avoir joui longtemps de ce bénéfice, En 1537, il revient à la médecine, qu'i1 exerce à Narbonne, à Lyon, à Montpellier, où il prend son grade de docteur. II fait un troisième séjour en Ita lie auprès de Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, gouverneur du Piémont.
Rentré en France, et nommé maître des requêtes du Toi, iI publie en 1546 Ie Tiers Livre des faictz et dictz héroïques du noble Pantagruel. La même année, il passe à Metz, terre d' Empire : il -y exerce les fonctions de médecin de la ville. Ses ressources sont, dit-il, insuffìsantes. Une troisième fois Ie cardinal du Bellay l'emmène à Rome. En passant à Lyon (1548), il publie les premiers chapitres du quatrième livre de Pantagruel. De Rome, il envoie au cardinal de Guise la relation d'une fête donnée par l'ambassadeur pour célébrer la naissance du second fils de Henri II, Charles d'Orléans (imprimée sous Ie nom de Schiomachie).
A son retour, il est pourVu des deux cures de Saint-Christophe de Jambet (dans la Sarthe) et de Meudon (1551). line I s'astreint pas à la résidence et n'exerce pas les fonctions curiales, Au bout de deux ans, Ie curé de Meudon résigne sa cure. II meurl en 1553, à Paris, après avoir publié Ie Quart Livre... de Pantagruel, qui fut condamné par Ie Parlement. comme l'avaient été les trois premiers, En 1562, paraissaient, sous Ie titre de l'Isle Sonante, les seize premiers chapitres du Cinquiesme livre... de Pantagruel, dont r édition complète fut publiée en 1564.
Sur les éditions originales de Rabelais on consu/tera la
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Au PAYS DE RABELAIS: 18 ville de Chinon (col!ection Gaignières).
FRANÇOIS RABELAIS Ih\wlai5 cst représenté avec Ie bonnet à quahe bounelets. auquel avaient droit les Jocleurs. (:\,1usée de Vers.,illes. Ecole française : "original est anléricur à 1694.)
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Bibliographie Rabelaisienne de Paul Plan, 1904. Ses (Euvres complètes ont été publiées par P. Jannet, 1868, 7 vol, in-16; par A. de Montaiglon et Louis Lacour, 1868-1873,3 vol.; par Ch. Marty-Laveaux, 1869-1903,6 vol. Une édition critique, procurée, sous la direction d'Abel Lefranc, par Jacques Boulenger, Henri Clouzot, Paul Dorveaux, Jean Plattard et Lazare Sainéan, est en cours de publication: les quatre premiers tomes ont paTU de 1912 à 1923.
Etudes d'ensemble sur Rabe/ais: Emile Gebhardt, Rabelais, la Renaissance et la Réforme, 1877; Paul Stapfer, Rabelais, sa personne, son génie, son ceuvre, 1906; Arthur Tilley, François Rabelais, Londres, 1907. L'lntroduction aux tomes I et II I de rédition publiée par Abel Lefranc donne Ie dernier état des recherches relatives aux dates des éditions, aux légendes de Gargantua et de Pantagruel et aux éléments de réalité contenus dans J'æuvre de Rabe/ais, Une reVue spécialement consacrée à Rabe/ais et à son temps, la Revue des études rabelaisiennes, a paTU de 1903 à 1913(10 tomes). Elle est devenue, depuis 1914, la Revue du seizième siècle.
Jean Plattard, rCEuvre de Rabelais (sources, invention et composition), 1910.
L'homme et l'écrivain
IREZ Ie rideau, la farce est jouée n, telles auraient été les dernières paroles de Rabelais, si nous ajoutions foi à la légende qui naguère encore représentait sa vie comme un tissu de facéties. Ce serait confondre grossièrement I'homme avec un des persoññages de ses contes : Panurge, En réalité, son existence, telle que nous pouvons la reconstituer aujourd'hui d'après des documents authentiques, ressemble à celie de maints lettrés de son temps, Rabelais n'a pas vécu com me un bouffon, mais comme un savant, qui, tout en,l publiant quelques ouvrages scientifiques, s'égayerait à composer des livres amusants.
Par sa naissance, il appartient à la bourgeoisie provinciale la plus éclairée, au monde des gens de loi. Doué d'une vive intelligence, d'un ardent appétit de savoir, it a appris Ie grec au milieu de moines hostiles aux études, à une époque OÙ les livres grecs étaient encore assez rares en France et rares aussi les lettrés capables de les lire. I\lais it a bénéficié de la solidarité qui unissait alors entre eux les humanistes. Dès que Pierre Amy I'eut signalé à Guillaume Budé, Ie prince des humanistes lui témoigna par lettres grecques et latines une vive sympathie. Sa science Ie recommanda à Geoffroy d'Estissac et à Jean du Bellay, deux vrais l2!"é!m de la Renaissance, Encouragé par ces grands personnages, il ne cessa d'étendre Ie cercle de ses études, Initié aux science, juridiques à Fontenay, il se rend ensuite à 1\1ontpellier pour y apprendre la médecine. En partant pour Rome, il avait arrêté un programme d'études: il devait explorer les ruines, examiner les plantes et produits pharmaceutiques inconnus en France, conférer avec les savants. II a voulu être un (( abÎme de science n, Pour réaliser cette noble ambition, il s'agissait de trouver des moyens d'existence. Com me la plupart des savants de I'époque, Rabelais, étant d'église, a compté d'abord sur des bénéfices ecclésiastiques. A plusieurs reprises il a joui de prébendes ou de pensions octroyées par des prélats. Maintes fois aussi I'exercice de la médecine lui assura des revenus. Mais il était d'humeur vagabonde, (( amateur de pérégrinité n comme son Pantagruel, (( désirant tous jours veoir et tous jours apprendre n. N ulle place ne Ie retenait longtemps. Ses voyages interrompaient ses études (it ne subira les épreuves \ du doctorat en médecine que dans sa quarante-troisième année), parfois lui coûtaient une situation avantageuse, com me celie de médecin de I'Hôtel-Dieu de Lyon. II ne se hait nulle part.
II lui arriva un jour de publier un livre de II fo\astries joyeuses n, qui se distinguait de toutes les productions contemporaines par I'abondance et la variété de sa verve comique. Le succès de ce premier livre de Pantagrue/ I'engagea bientôt à en écrire quatre autres dans Ie même goût. Simples passe-temps d'après-diner, nous dit-il, mis au jour pour Ie soulagement des goutteux et autres malades qui ont besoin d'être égayés' II n'en reste
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FRA ÇOlS RABELAIS - 153
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L'ÉCLISE ABBATIALE DE LlCUCÉ (Vienne)
( I. J. Itobuchon.
RUINES DE L'ABBAYE DE MAILLEZAIS (Vendée),où Rabelais revêtit la robe bénédictine.
pas moins vrai que, dans ces délassements de médecin et d'érudit, on retrouve les traits essentiels de son tempérament. Car Rabelais n'était pas un savant morose, Des témoignages de ses amis, par exemple I'épigramme épicurienne que lui adresse Marot, de ses propos, de sa conduite, il ressort qu'il aimait la vie large, facile et joyeuse. II était amateur de bonne chère et de bons vins. II goûtait les arts pour les agréments qUlls apportent à la vie. II appréciait les délices de la résidence d'étéde Jean du Bellay à Saint-Maur, II paradis de salubrité, aménité, sérénité II. II se plaisait dans la compagnie des grands seigneurs. Le commerce des esprits les plus divers était pour lui une jouissance. II est possible qu'il ait été de mceurs assez libres : il a eu à Lyon un enfant auquel s'intéressèrent des prélats et dont la mort prématurée inspira des vers latins au docte jurisconsulte I Boysonné. Rabelais demandait à la vie de la joie. Or son ceuvre est un hymne à la nature, mère de toute joie et de toute volupté. Elle reflète, non quelques mouvements d'humeur folâtre après boire, mais tout son tempérament et toute sa vie,
) Dans Ie courant de rannée 1532, paraissait, à Lyon, un petit livre imprimé en caractères gothiques: les Grandeset inestimables Cronicques du grant et enorme geant Gargantua, contenant sa genealogie, la grandeur et la force de son corps, aussi les merveilleux faicts d'armes qUII fist pour Ie Roy Artus, comme verrez ci-après.
Le succès de cette histoire d'un géant fut si grand qu'il détermina Rabelais à composer un ouvrage du même genre.
En 1533, il publiait les Horribles et espouventables faictz et prouesses du tres renommé Pantagruel, 'Roy des Dipsodes, filz du grant Geant Gargantua, qui eut immédiatement plusieurs éditions et provoqua plusieurs contrefaçons.
On trouvera Ie texte des Grandes et inestimables Cronicques dans diverses éditions modernes, particulièrement dans celle de Marty-Laveaux, t. IV, p. 22-56. M. Seymour de Ricci a publié, en 1909, dans la Revue des études rabelaisiennes, Ie texte et Ie fac-similé d'une version jusqu'alors inconnue de cette chronique, qui est vraisemblablement de 1533. La même reVue a donné une réimpression d'une édition de Pantagrue/, de 1534, dont il ne reste qu'un exemplaire, conservé à Dresdc (publié par P Babeau, Patry et Boulenger).
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Pantagruel
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QU'ÉTAIT-CE que ces Grandes et inestimables Cronicques... dont Rabelais constate dans Ie prologue de PantagTUe/ la vogue -