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traits de mceurs ofIraient à son imagination des détails concrets et précis sur la vie antique. Les Exemplorum libri et les Anfiquæ lecliones des grammairiens de la Renaissance lui fournissaient, en outre, des compilations de faits propres à piquer la curiosilé du lecteuc par leur singularité : ici, la liste des gens qui se sont déplacés pour rencontrer un savant; là, Ie catalogue des deuils les plus fameux, ceux de Cérès, dlsis, d' Hécube; ailleurs, I'énumération des cénotaphes illustres. Cet étalage d'érudition est souvent fastidieux pour nous; iI n' était pas pour déplaire aux contemporains de Rabelais.
S'il est aisé de mesurer I'apport de I'érudition proprement dite à I'ceuvre de Rabelais, iI est plus délicat d'apprécier quelle a été l'inAuence exercée directement sur sa pensée par les moralistes et les philosophes anciens, Nous savons, par une de ses lettres, qu'il lisait Platon; no us possédons un exemplaire des ceuvres de Platon qui a été entre ses mains. Est-ce à dire qu'il doive à la lecture du texte de la République, auquel il renvoie expressément, telles de ses idées sur les devoirs des rois et sur la politique pacilique qui convient au souverain d'un f.tat civilisé ? On en peut douter, car ces idées, les maîtres de Rabelais, les f.rasme et les Budé, les avaient exprimées à maintes reprises et accréditées dans les cercles lettrés. nest vraisemblable que Ie plus souvent Rabelais n'a demandé à la lecture des philosophes et moralistes anciens que de préciser, de conlirmer et de développer maintes théories qu'il tenait de son commerce avec les grands humanistes contemporains.
Sur beaucoup de questions, en efIet, sa pensée ne se distingue pas de la leur, et tout d'abord, sur ce dogme capital, que Ie progrès des arts, des letlres et des sciences a pour conditions essentielles I'abandon des disciplines médiévales, (( gothiques I), et Ie retoUi à I'étude directe de I'antiquité gréco-Iatine, Comment rendre à la science juridique, par exemple, Ie lustre que méritent les admirables textes du droit ancien? En faisant table rase des gloses accumulées sur ces textes par les commentateurs du moyen âge, les Accurse et les Bartole, (( 11 n'y a livres tant beaux, tantaornés, tant élégants, disait Pantagruel, étudiant à Bourges, comme sont les textes des Pandectes; mais la brodure d'iceux, c'est assavoir la glose de Accurse, est tant salle, ta:!t infâme et punaise que ce n'est qu'ordure et vilenie, )) Ailleurs, il expose tous les griefs des humanistes contre les glossateurs. (( I1z n'avoient congnoissance de langue ny grecque, ny latine, mais seullement gothique et barbare: et toutesfoys les loix sont premièrement prinses des Grecz, comme vous avez Ie tesmoignage de Ulpian : I. posterior. De orig. juris, et toutes les loiz sont pleines de sentences et mots grecz; et secondement sont rédigées en latin Ie plus elegant et aorné qui soit en toute la langue latine et n'en excepteroys vo untiers ny Saluste, ny Varron, ny Ciceron, ny Senecque, ny T. Live, ny Quintilian. Comment doncques eussent peu entendre ces vieulx resveurs Ie texte des loix, qui jamais ne virent bon livre de langue latine, com me manifestement appert à leur stile, qui est stille de ramonneur de cheminée ou de cuysinier et marmiteux, non de jurisconsulte? Davantage, veu que les loix sont extirpées du mylieu de philosophie moralle et nature lie, comment I'entendront ces folz, qui ont, par Dieu, moins estudié en philosophie que ma mulle? Au regard des letlres de l'humanité et congnoissance des antiquités et histoire, ils en estoyent chargez comme un crapault de plumes, dont toutesfoys les droictz sont tous pleins et sans ce ne peuvent estre entenduz... )) II s'agissait donc de revenir aux textes mêmes du droit et de les
éclaircir par la phi\ologie, C'est ce que faisaient les Budé et les Alciat, qui travaillaient à préparer, par I'étude des humanités, une renaissance de la science juridique encore enténébrée des brouillards cimmériens, suivant leur expression.
C'estaussi d' un retour auxAnciens que les humanistes atlendaientl'avancementdes sciences médicales. Quelques savants de notre temps, étonnés de découvrir dans Ie Gargantua et Ie Pantagrue/ nombre de notions de physiologie ou de pathologie, précises et sûres, se sont plu à ranger Rabelais parmi les précurseurs de la médecine expérimentale. 11 est bien vrai qu'il a recommandé I'expérience, les dissections et anatomies fréquentes. Mais c'était, avant tout, sur une meilleure connaissance du latin et du grec qu'il comp
tait pour nettoyer la médecine de toutes les erreurs dont les t empiriques, et spécialement les médecins arabes, I'avaient souillée au moyen âge. Ayûnt eu, comme tous les bacheliers en médecine, à faire une (( lecture )), c 'est-à-dire une suite de leçons, pendant trois mois, à la Faculté de Montpellier, il commenta les Aphorismes d'Hippocrate et I'Art médical de Galien, La comparaison des gloses traditionnelles de ces textes avec les manuscrits grecs et particulièrement avec un manuscrit qu'il possédait lui révéla des erreurs et des lacunes dans la vulgate latine des deux opuscules en question. II publia, en conséquence, une nouvelle édition des Aphorismes (1531), amendée d'après son manuscrit, II déclare, dans sa préface, que corriger, dans un ouvrage médical, des leçons suspectes, par recours à un texte de meilleur aloi, c'est sauver la vie à de nombreux malades. Sa revision et son commentaire sont donc purement philologiques. De recourir au critérium expérimental pour choisir entre diverses leçons ou pour contrôler Ie maître grec, il n'est pas encore question, tant est grand, sur Rabelais comme sur tous les médecins humanistes contemporains, I'ascendant de ces livres grecs, qui venaient d"être rend us aux savants dans leur intégrité. Aux modèles grecs et latins I'humanisme demandait encore une rénovation des beaux-arts. Vers 1540, commence en France I'ère du style que I'on a appelé classique, qui a pour éléments principaux les colonnes ou pilastres à chapiteaux ioniques, doriques et corinthiens, les frontons, les entablements et, pour motifs de décoration, les oves, les grecques, les métopes, les bucranes, les triglyphes : style né de I'étude des monuments romains et du livre de Vitruve, style cher aux humanistes. Rabelais est initié à la technique de cette architecture; il puise dans son vocabulaire spécial; il cite et exalte Vitruve; il est d'ailleurs en relations avec I'architecte qui acclimata chez nous ce style, renouvelé de I'antique, Philibert Delorme, Pour faire passer dans I'esprit des générations nouvelles leurs goûts et leurs idées, les humanistes songeaient à réformer I éducation de la jeunesse. On sait quel "if intérêt un f.rasme, par exemple, p rta aux questions pédagogiques. A deux reprises, Rabelais a été amené à faire Ie tableau de I'éducation de son géant: I'esprit de I'humanisme se marque dans ces deux programmes par I'étendue et la nature des disciplines qu'ils comportent. A Pantagruel, étudiant à Paris, c'est toutes les langues et toutes les sciences que Gargantua veut faire apprendre : (( j'entens et veulx que tu aprenes les langues parfaictement: premierement la Grecque, comme Ie veult Quintilian ; secondement la Latine, et puis I'Hébraïcque pour les sainctes letlres, et la Chaldaïcque et Arabicque pareillement; et que tu formes ton stille, quant à la Grecque, à I'imitation de Platon: quant à la Latine, à Ciceron. Somme, que je yoye un abysme de science... )) Lorsque Ie jeune Gargantua, que ses régents théologiques a,aient
L'ABBAYE DE THÉLtME : Ie bain des dames, " Devant ledict logis des dames, alin qu'elles eussent resbatement, entre les deux premières tours, au dehors, estoienl.... les bains miriliques à triple solier (degré), bien garnis de tous assortiments et foison d'eau de myrthe. " (Illustration tirée du Songe de Po/iphi/e, 1554.)
LlTTÉR. FRANÇ. - I