‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 210 sur 402 · I. - L' HUMANISME · texte numérisé non relu

I. - L' HUMANISME

OVS savons que. vers les premières années du X V Ie siècle. Ie grec. qui avail depuis longtemps des chaires publiques à Florence. à Milan et à Rome. s'enseignail de façon privée dans quelques Tares maisons letirées de Paris. La propagande intellectuelle d'un Guillaume Budé. d'un Vivès et d'un Erasme. a changé les choses en bien peu de temps. La fondation du Collège royal en France. celie du Collège des Trois Langues à Louvain. ont renouvelé fatmosphère intelleciuelle de nos pays. Des humanistes de premier rang se forment en nos écoles; des serviteurs fidè/es de II la dixième muse II la (( Typographie II. multiplient à Lyon et à Paris les éditions des auteurs anciens; nous metions au jour des monuments comme les Commentaires de la langue latine d' Etienne Dolet et Ie Trésor de la même langue. par Robert Estienne. chef d'une glorieuse dynastie d'imprimeurs.

Avec la génération suivante, les préoccupations d'ordre purement philo/ogique commencent à r emporter, Les polémiques un peu vaines sur fimitation exclusive du style de Cicéron sont remplacées par rinvestigation scientifique du passé grec et romain. par rétahlissement critique des textes. par rétude mieux informée des institutions, des lois. des monuments figurés. Cetie période. OÙ les (( humanistes II cèdent peu à peu Ie pas aux (( philo/ogues II, est marquée par les noms de T urnèbe. de Lambin. de Joseph Scaliger. pour n'inscrire ici que les plus méritants de la science. Les purs letirés de langue française, é/evés aVec eux et souvent par eux, ne perdent jamais Ie contact de leur informationféconde. et c'est Ie caractère Ie plus notable de fépoque Iméraire OÙ nous arrivons.

Pour la biographie somma ire des humanistes et des philologues, on recourt encore aVec profit aux J::.loges des hommes sayans tirez de I'Histoire de M. de Thou, avec des additions.... par Ant, Teissier. Leyde, 1715.4 vol. in-12. Plusieurs ont ohtenu rhonneur d'une monographie disiincie. La plus citée, celie de Joseph Scaliger. par Bernays, Berlin, 1855, demande à être refaite. Le lecieur trouVera des indications d'ensemble, dans resprit de notre sujet, chez f.-F. Spingarn. a History of literary criticism in the Renaissance. New- York, 1899; chez Henri Chamard. les Origines de la poésie française de la Renaissance, 1920, etchez Pierre de Nolhac, Ronsardet I'Humanisme, 1921.

L E XVle siècle est en France Ie siècle de I'humanisme. La culture nouvelle, qui apporte aux esprits la connaissance de I'Antiquité grecque et romaine et les moyens de s'en inspirer, leur est offerte par un groupe de savants que Ie règne de Louis XI I a vu naÎtre, que celui de François ler a honoré et qui n'a jamais été plus ardent et plus actif que sous Henri II. Les humanistes. commentateurs ou éditeurs de textes antiques, qui écrivent eux-mêmes fort souvent des æuvres originales en latin, tiennent dans I'enseignement une place grandissante, et un public toujours plus nombreux les écoute, les lit et les soutient. leur inRuence sur nos lettres nationales s'accroÎt tous les jours. On voit celles-ci suivre chez nous les mouvements qui se sont produits en Italie depuis un siècle et demi, mais que l'existence et la diffusion de l'imprimerie accélèrent rapidement. L'énorme retard de notre pays sera, à certains égards, regagné en deux générations. Nous comptons, en dIet, de grands écrivains, tels que Ronsard et Montaigne, imprégnés déjà à un tel point de l'esprit classique, qu'ils égalent leurs plus illustres contemporains italiens en raflinement d'art et en expérience spirituelle.

La littérature néo-latine. très florissante chez nous, leur a préparé les voies. T oute une école de versilicateurs, souvent fort habiles. reproduit dans ses recueils Ie piquant de Catulle, la grâce d'HOIace, I'esprit ou la sensibilité d'Ovide. Cette veine court parallèlement à celie de la poésie française du temps, évitant de s'y confondre. dédaignant de s'y comparer; et cette poésie de I'humanisme français, dont les amateurs sont innombrables, compte des maîtres accla;nés et dignes de l'être : un Salmon :\1acrin, de Poitiers; un Théodore de Bèze. qui débute par un recueil de Juvenilia; surtout un Michel de rHospital. de qui la gloire d'homme d'J::.tat fera oublier ce genre de mérite. La prose érudite n'est pas représentée moins brillamment. Le latin d'J::.rasme a des imitateurs à côté des purs cicéroniens. Les uns et les autres trouvent des lecteurs passionnés. Les sujets sévères sont les plus attrayants. Le premier président de Thou. dans son extrême vieillesse et au milieu de ses travaux, relit en trois semaines les trois volumes des Adversaria de T urnèbe et y prend toujours Ie même plaisir, Les oraisons funèbres des princes. prononcées en latin. sont comprises d'une bonne partie de la cour qui les écoute. Les libraires ne publient du latin nouveau en si grande quantité que parce qu'ils y trouvent leur compte dans toutes nos provinces, Cette production habitue les écrivains à s'assujettir aux règles de composition des Anciens et à reproduire les formes de ces grands modèles, Elle prépare en même temps un public pour I'école qui va venir et qui s'enhardira à tranS1Jorter dans la langue I'Antiquité entière. De telles dispositions vont reieter dans I'oubli toute la littérature antérieure et séparer par un fossé profond des générations d'écrivains si diversement élevées, II n'y a presque rien de commun entre un Clément Marot, qui a lu quelques poètes de Rome et s'est médiocre-

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