‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 217 sur 402 · L'HUMANISME · texte numérisé non relu

L'HUMANISME

versité, imposée plus tard par Henri IV, devait utilement servir chez nous Ie développement des bonnes études.

Dans ce cadre souple des Recherches de la France, où trouve place tout ce qui peut intéresser un sujet du roi ou même un étranger voulant sïnstruire de la structure de ce pays, on remarque une série de chapitres qui respirent un merveilleux amour des leUres. L'auteur est fier du prestige qu'a donné à sa nation sa vieiIIe fécondité liuéraire. Si mêlé quïl soit personnellement à un mouvement nouveau, qui est celui de la Pléiade, il recherche des motifs d'honneur national dans nos chansons de geste et notre poésie Iyrique du moyen âge, n'oubliant pas les titres de la poésie provençale, multipliant les citations et les détails de vie socia Ie qui peuvent ajouter de lïntérêt à ces évocations médiévales, en plein siècle de I'humanisme, L'accent du leUré et du poète Ie distingue ici d'un autre érudit parisien, qui lui est d'ailleurs fort redevable, Claude Fauchet, II premier président aux Monnaies I).

On doit à Fauchet, entre autres compilations méritoires, celie qui a pour titre II Recueil de 1'0rigine de la langue et poësie françoise, rime et romans, plus les noms et sommaires des æuvres de cent vingt sept poètes vivant avant ran 1300 n. Cet ouvrage, notable surtout par I'époque où il a vu Ie jour (Paris, 1581), nous montre, avec celui de Jean de Nostredame sur les Vies des poètes proVençaux, comment se maintenait en France Ie respect de nos anciens poètes; mais il appartient à I'histoire de I'érudition et non à celie des æuvres liuéraires. Combien est éloquent et précieux Ie témoignage de Pasquier, lorsqu'il arrive à la poésie de son temps et traite avec abondance Ie sujet quïl dénomme ainsi : II De la grande RoUe de poëtes que produisit Ie règne du roi Henri deuxième et de la nouvelle forme de poësie par eux introduite! )1 L'auteur faisait partie de ceUe belle II RoUe )1 batailleuse, qui n'est autre que la (( brigade n de Ronsard, et sur les péripéties du combat, les qualités des capitaines, les ivresses et les avantages de la victoire, son témoignage est de première main. Au reste, ce compagnon d'armes ne revendique son rang que pour célébrer les exploits d'autrui. II sait à quoi s'en tenir sur les mérites de chacun et la place qui revient aux vrais initiateurs. Son expérience technique I'avertit des défauts de I'école, en même temps qu'elle lui en fait apprécier la prodigieuse vitalité; il parle des hommes pour les avoir conn us, des livres pour les avoir vu paraÎtre. II se rappelle fort bien que c'est à du Bellay, plus qu'à Pontus de Tyard, que revient I'honneur de la diffusion du sonnet, déjà importé d'ltalie, II dit quel génie a manqué à Baïf pour imposer I'usage de la poésie mesurée, sans que cet échec diminue sa propre confiance dans les ressource5 de la langue, car il s'efforce de prouver II que notre langue est capable des vers mesurés, tels que les Crecs et Romains II. II s'est associé à plusieurs controverses de son temps, com me Ie montre sa discussion II Si la poésie italienne a quelques avantages sur la française n, et sa démonstration I( Que nos poètes français, imitant les Latins, les ont sou vent égalés et quelquefois surmontés n. Et dans son vaste recueil de Lettres, où tant dïdées sages sont remuées avec art, on ne lit pas sans intérêt sa belle défense de la langue adressée à T urnèbe, contre I'usage exclusif du latin que ce grand humaniste, en 1552 encore, continuait à préconiser.

L'excellent latiniste qu'était Pasquier a pris un plaisir particulier à établir de larges parallèles, entre Ronsard et Virgile par exemple, qui sont parmi les premiers exemples d'une critique comparative dont on a peut-être abusé depuis. II se prononce tantôt pour I'un des deux maîtres, tantôt pour I'autre, heureux seulement dïndiquer un sentiment plus tendre, quand sa balance de connaisseur peut pencher en faveur de Ronsard.

Pasquier représente à merveille cet esprit parlementaire, libre et mesuré, nourri de forte moelle juridique, mais orné de toute la culture des leUres, qui a fait longtemps en France Ie fond principal de la société polie, Lui-même est un sage, qui a pour qualités dominantes Ie bon sens et la sincérité. II a mêlé dans sa carrière la pensée à I'action et marqué sa place fort près de celie du chancelier de I'Hospital. dont il a partagé souvent les idées. Bon Français, bon bourgeois de Paris, bon chrétien à la mode des ancêtres, Pasquier a défendu les libertés gallicanes contre les censures de la cour de Rome, la religion catholiql,le contre les nouveautés protestantes, les prérogatives du Parlement contre les tentatives d'arbitraire de Henri I II, et en toute

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