‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 233 sur 402 · ii 1\\ 1 ' tIC '. '1 't -'-;' " ....j · texte numérisé non relu

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ROME. -... Plus mon Lo re gaulois que Ie Txbre .latin, Plus mon pehl Lyré que Ie mont PalatlD, Et plus que I'air marin, la doulceur angevine.

(Les Regrets).

UNE RUINE ROMAINE. - O'après I'édition française du Songe de Poliphi/e (1554).

ment, et iI a exprimé par des vers justes et précis la majesté de la ruine et du paysage qu'elle ennoblit.

Cette expression est Ie bien propre du poète, On trouve assez peu de textes italiens qu'it ait réeUement transposés, tels que Ie fameux sonnet de Baldassare Castiglione : (( Superbi colli e voi, sacre ruine... )), devenu en français : (( Sacrés coteaux, et vous, saintes ruines... )) T raitant Ie sujet en latin dans une grande élégie intitulée Romæ descriptio, il y porte la même sincérité directe et plus d'éloquence encore, Lorsqu'il a des modèles, son mérite est de faire rendre par notre (( vulgaire )), avant toute autre langue transalpine, cette (( poésie des ruines (( dont l'avenir tirera maint chefd'æuvre. Rappelons-nous ici ce qu'un autre art a produit au siècle suivant, avec Poussin et Claude Lorrain, dont Chateaubriand dira que II ce sont des yeux français qui ont vu Ie mieux la lumière de Iltalie >I. C'est aussi une voix française qui a convié la poésie à goûter Rome d'une certaine façon et à y chercher des émotions souveraines. A son évocation des siècles morts, du Bellay a su mêler les allusions à la Rome nouvelle, qui se rebâtissait sous ses yeux et qui trouvait parfois, dans la démolition des monuments antiques, des matériaux pour ses églis s rajeunies et ses magnifiques palais :

T oi qui de Rome, émerveillé, eontemples L' antique OIgueil qui menaçoit les eieux, Ces vieux palais, ees monts audaeieux, Ces murs, ees arcs, ees thermes et ees temples, Juge, en 'lOyant ees ruines si amples, Ce qu'a rongé Ie temps injurieux, Puisqu'aux ouvriers les plus industrieux Ces vieux fragments eneor servent d' exemples. Regarde ar>rès, eomme de Jour en jour Rome fouillant son antique séjour Se rebâtit de tant d'reuvres divines: T u jugeras que Ie démon Romain S'efforee eneor d'une fatale main Ressuseiter ees poudreuses ruines.

Du Bellay a réussi à faire passer dans un français très net ces nobles lieux communs de I'humanisme. II ouvre en même temps, par les Regrets, une voie plus large encore et plus féconde, II invente la poéÚe personnelle,ausensoù nous I'entendons et la pratiquons aujourd'hui. Cest celie qui comporte I'observation quotidienne de la vie, s'attache à noter l'influence des êtres et des lieux sur les mouvements

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de I'âme et dont I' nalyse intérieure se résout toujours en mélancolie. Du Bellay en fournit déjà une définition, quand il montre Ie poète

Se plaignant à ses vers, s'il a quelque regret, Se riant avec eux, leur disant son secret, Comme étant de son ereur les plus sGrs seerétaires.

Avant d'en venir à son désenchantement célèbre, iI a contemplé d un regard amusé et perspicace les tableaux variés que Ie monde romain oflre à I'étranger. Devant cette matière inattendue, la malice française se réveille dans l'humaniste, Là encore, Joachim a peu d'initiateurs, même parmi les bons satiriques italiens, et ce sont les vers d'un des nôtres qui notent Ie mieux, à cette heure, les gestes, les passions, les vices, les ridicules de la Rome papale, I'agitation fiévreuse, les intrigues et les grandeurs mêlées de cette capitale de I'univers. Le secrétaire d'un cardinal, futur doyen du Sacré-Collège, est placé pour tout voir et pour tout savoir. S'il ne paraÎt pas soupçonner Ie grand mouvement de science et de réforme catholique qui se prépare et rendra son prestige religieux à la cité de la Renaissance, il suit à merveille, par ses petits côtés, Ie jeu de la politique générale. Les nouvelles qui affluent de la terre entière lui donnent des sujets à versifier, car clles font à Rome l'entretien de tous: lei Ie vii faquin diseourt des faits du monde. Joachim a été promptement admis dans les compagniessavantes de la ville. II en a rencontré dès I'abord chez Ie cardinal Farnèse, dans Ie grand palais presque achevé où son cardinal et lui-même ont reçu I'hospitalité de I'amitié et où il a écrit ses premiers vers romains. Jean du Bellay, à son tour, réunira bientôt les beaux esprits dans une villa somptueuse, aux jardins remplis de statues et de fragments antiques, aménagée dans les immenses ruines des Thermes de Dioclétien. Son cousin prend part avec lui à toute la vie intellectuelle de Rome. Au palais Farnèse, il voit travailler Michel-Ange architecte; à la Sixtine, Michel-Ange peintre. II est en relation avec les meilleurs lettrés, informé des atfaires les plus hautes, aux écoutes de I'écho des consistoires et de la chronique des ambassades. Mais it ne dédaigne ni les spectacks de la rue, ni les propos libres de Pasquino. II a peint de petits quadri ingénieux, où chaque touche de pinceau met de Iïronie ou du sourire : les cavalcades et les mascarades du carnaval, les cérémonies, la morgue des dignitaires et la rudesse des moines, I'avidité des banquiers et Ie luxe des courtisanes, les manèges étalés de l'ambition et du plaisir, Ie choc, plus dur qu'ailleurs, entre les intérêts profanes ou sacrés, et ce mélange des nations et des langues qui prête à la métropole de la chrétienté son caractère et son attrait, De jour en jour I'æit mieux ouvert, Joachim a fini par la bien connaÎtre. Entre tant d'images qu'it veut nous donner, en voici une peu citée, d'un raccourci fort habite, où Ie poète nous montre successivement les quatre principaux quartiers de la ville. C'est une assez piquante (( promenade dans Rome )) :

Si je monte au Palais, je n'y treuve qu'orgueil. E ue vice déguisé. qu.une cérémonie.

u' un bruit de tambourins, qu' une é(range harmonie, t de rouges habits un superbe appareil.

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TOY0ANATOY ßAIonPONOY.lI.EN

LE SENTIMENT DES RUINES. Une inseriEtion funéraire; un vase brisé, qui porte, entre autres inscripti?ns. Ja !1!a i.me: a R en n.est plus certain que la mort. II lIIuslralion de I edlilon françalse du Songe de Po/iphi/e.

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