‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 234 sur 402 · LE SEIZIEi\IE SIECLE · texte numérisé non relu

LE SEIZIEi\IE SIECLE

Si je descend. en banque. un amas et recueil De nouvelles je treuve, une usure infinie, De riches Florentins une troupe bannie, Et Jc pauvres Sienno;s un lamentab!e deuil;

Si je va;s p us avant, que que pari où j'anive, Je trouve de Vénus la grand' bande lascive Dressant de tous côtés mil appas amoureux; Si je passe plus outre, et de la Rome neuve Entre en la vieille Rome, adonques je ne treuve Que de vieux monuments un grand monceau pier-

reux.

Le gai Quercynois Olivier de Magny, qui rime auprès de du Bellay les sonnets des Soupirs, visiblement imités des siens, prend de la vie romaine ce qu'elle oflre d'agréments, et se borne à railler à la gauloise ce qu'elle a de corrompu. Le sérieux de Joachim I'empêche de se (( romaniser)) sur ce point. Le moraliste septentrional, Ie croyant fidèle qui est en lui, ressent une réelle souflrance de ce qui, d'abord, amuse sa curiosité. Comme il pleure en chrétien la mort de ce vertueux pontife, l'humaniste Marcel II, dont la présence éphémère sur la chaire de saint Pierre promettait un vigoureux nettoyage des I( étables d'Augée n!

II est, ce jour-Ià, l'interprète de ses doctes amis et des bonnes gens du popo/ino.

Dans toute cette critique impitoyable des mcrurs publiques de son temps (on sait qu'au retour il n'épargnera pas Cenève). il a pris exactement à son usage Ie ton libre de l'esprit romain. En publiant ses vers à Paris, Joachim produira quelque scan dale. De bonnes âmes s'en alarmeront; ses ennemis y trouveront des armes; ils indisposeront contre lui son cardinal; mais on ne voit pas qu' un de ses compagnons de séjour ait contesté sa véracité ou lui ait fait grief de la vivacité de ses peintures.

Le milieu où il a vécu l'a blessé par trop de côtés pour qu'il ait jamais pu s'en accommoder, comme font à Rome tant d'autres (( forestiers n, et la mission du cardinal, en se prolongeant tant d'années, a fini par lui inAiger la contrainte d'un véritable exil. Ses amis restés en France continuent à mener une existence dont iI a connu la douceur et pardonné les heures difficiles. Sa pensée les visite sans cesse, et c'est pour qu'ils ne I'oublient pas lui-même, pour qu'on lui garde sa place au foyer des lettres, qu'il cisèle avec leur nom les fins bijoux qu'il leur envoie. Une suite de sonnets attendris répète aux échos du Tibre la chère louange de Madame Marguerite. D'elle et de tous, il veut être plaint pour ses misères, après avoir été probablement jalousé pour Ie (( beau voyage )).

II conte, de manière âpre ou plaisante, ses tracas, ses fatigues, ses déceptions; il accentue les traits amers sur son entourage; il avoue l'isolement de son ccrur :

angevine )); celie d'une belle âme bien française, et qui se sent telle, résonne sur un ton plus viril :

' . II

France, mère des arts, des armes et des lois, Tu m'as nouni longtemps du lait de ta mamelle, Ores. com me un agneau qui sa nourrice appelle, Je remptis de ton nom les antres et les bois....

Pour rendre des sentiments aussi personnels, Ie poète ne s'est pas conlenté de l'instrument d'autrui. Nul avant lui n'avait su enclore tant de visions dans les limites d'une construction poétique aussi étroite, L'art s'y montre tellement sûr, et la nuance si parfaite, que Ie sonnet même d'un Ronsard, mis en comparaison, semble parfois du travail inférieur. Du Bellay n'a pas seulement, com me il s'en vante avec raison, ajouté au sonnet italien cette façon de (( tomber)) en beauté, qui caractérisera désormais Ie nôtre. II s' est fait une langue sobre, aisée, colorée, d'un plein naturel, (I doux-coulante )) disait Belleau, qui contraste avec Ie style laborieux des écrivains d'alors :

Et peut-être que tel se pense bien habile QUI, trouvant de mes vers la rime s; facile, Ën vain travaillera. me voulant imiter,

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