LI. Giraudon
MARGUERITE DE FRANCE, duchesse de Savoie, protectrice de Ronsard et de Joachim du Bellay. - Portrait par Corneille de Lyon, vers 1548 (musée de Versailles).
a beaux discours humains! Je suis venu si loin Pour m'enrichir d'ennui, de vieillesse et de soin, Et perdre en voyageant Ie meilleur de mon âge.... II envie Ronsard, qui acquiert des titres à la faveur royale, et Baïf. qui a Ie bonheur d'être toujours amoureux :
Moi .c é.tif, cependant, loin des yeux d<: mon Prince, Je vlellhs malheureux en étrange provlDce, F uyant la pauvreté. mais, las! ne fuyant pas Les regrets, Ie. ennuis, Ie travail et la peine, Le tardif repentir d'une espérance vaine, Et I'imporlun souci, qui me suit pas à pas.
Dans ces dispositions, les instants heureux de son passé, la grâce du pays de Loire, la simplicité des mcrurs françaises lui apparaissent sous un iour nouveau. Voici, dans sa mémoire, pour charmer Une heure de :ristesse, les bords lumineux de son Aeuve, où Ie vanneur de blé dit sa àanson II à la chaleur du jour n ; les toits de fine ardoise des villages angevins, doni la fumée monle dans la paix du soir; voici, sur ces c311ines rustiques OÙ s'est éveillée sa jeune l\luse, (( Ie clos de sa pauvr maison n, qu'il préférera désormais à l'habitation des palais illustres. T outes ces images, qu'eflacèrent un instant les magnificences romaines, lui deviennent plus chères, embellies du voile de l'éloilmement et transhgurées par Ie souvenir. C'est là, pense-t-il, qu'il fait bon vivre et qu'il faut revenir pour passer (( Ie reste de son âge n, Le sonnet d'Ulysse, qu'on trouve esquissé dans ses poésies latines, ne dit qu'une partie de ses regrets. C'eslla plainte de II la douceur
CeUe forme nouvelle (I de simplement écrire n, du Bellay ne I'abandonne plus à partir de son retour dltalie. Elle brille aux meilleures pages des Jeux rustiques, qui furent son dernier recueil et seraient son chef-d'cruvre si les Regrets n'existaient pas. Comptons-Ia comme un présent de plus fait à notre Iyrisme par un maître qui I'a comblé. Qu'aurait pu donner encore ce poète, délivré des entraves de l'école, enrichi par une expérience exceptionnelle de la vie el par une forte observation morale? Quelle musique eûl rendue ce luth si pur, exactement accordé sur une grande âme, désireuse et capable de s'exprimer? Cette question traverse la rêverie, ijuand on écoute en soi-même les échos d'un chant immortel.