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Ie labeur technique de cette génération, où se forge pour I'avenir un instrument qui a besoin d'être parfait, Magny tient une place éminente; si la poésie n'étaitqu'agrément, iI serait, parmi nos poètes, un des premiers, DIVERS POÈTES Les figures originales et marquées de traits vigoureux fourmillent à cette heure de notre poésie. II emble que les meilleurs esprits soient grisés de I'enivrement nouveau et que tous veuillent monter au Parnasse à la suite de Ronsard. II en est, comme Jacques Pelletier, qui font profession de mathématiques, ou, comme Jacques Crévin, de médecine, et qui consacrent la plus ardente activité à la poésie pure, Pelletier du Mans e5t même un précurseur, puisqu'il a inspiré à Ronsard et à du Bellay les premières idées de leur réforme, et qu'on trouve celles-ci exprimées, dès sa première publication, dans la préface d'une traduction de I'Art poétique d'Horace (1544). Le mouvement de sa carrière, ses voyages à travers la France, son séjour auprès de la duchesse de Savoie, ont fait rayonner son inAuence, mais Ie poète a été chez lui très inférieur au théoricien. Jacques Crévin, au contraire, qui a commencé d'écrire en plein triomphe de la Brigade, parle la meilleure langue poétique de ses maîtres et connaÎt to utes les ressources de leur métier. Sa courte vie, OÙ s'entasse une production de médecin et de poète et OÙ il trouve Ie temps de joindre à ses vers Iyriques son précieux Théâtre, n'offre qu'un seul incident fâcheux pour sa mémoire. L'ardeur de sa conversion au protestantisme, et peut-être quelque blessure personnelle, lui ont fait composer Ie pamphlet anonyme intitulé Ie Temple de Ronsard, OÙ la verve satirique, parfois plaisante, ne parvient à excuser ni la calomnie, ni I'ingratitude.
Nos provinces, où la vie des lettres se développe sur beau coup de points, adoptent presque partout la poésie nouvelle, II y a dans Bordeaux un f.tienne de la Boétie, qui partage Ie cuhe de son ami Montaigne pour Ronsard et qui écrit, de sa plume de conseiller au Parlement, quelques sonnets, des plus beaux du siècle. Des foyers poétiques, de valeur assez inégale, s'allument en beaucoup de vi lies, II en est de priviIégiées, comme Poitiers, où des circonstances particulières ont formé un groupe remarquable.Jean-Antoine de Baïf. quand il est venu étudier Ie droit à cette Université, y a transporté I'élan de la Brigade, On y a vu ensemble, avec lui, Ie pétrarquiste Jacques T ahureau, du Mans; Ie brillant auteur d'une tragédie de Médée, Jean de la Péruse; Ie futur écrivain des F oresteries et d' un Art poétique inspiré de la Pléiade, Vauquelin de la Fresnaye. Deux dames de la ville, Madeleine des Roches et sa fille Catherine, continuent, par leurs poésies et surtout en tenant leur maison ouverte aux lettrés, les traditions qui se sont établies dans la capitale du Poitou. Deux poètes de la province, Nicolas Rapin et son ami Scévole de Sainte-Marthe, I'un et I'autre en relations constantes avec Paris, les maintiennent à leur tour. Sainte-Marthe surtout, que Ronsard a honoré d' une affection véritable et d'une dédicace d' (( excellent poète II, mérite de n'être pas omis dans une revue rapide de la poésie française. II composait, ainsi que beaucoup d'autres, à la fois en latin et en français, et dans les deux langues sa muse apparaÎt comme toujours honnête et toujours sensée. Sa sagesse est celie d'un humaniste qui a puisé aux plus nobles sources, et qui ne sépare pas la recherche de la beauté de I'idée du bien public et des vertus privées. Le rayonnement de I'école s étend au loin. Les humanistes, qui voient en nos poètes des disciples, sont plus aptes que d'autres à les goûter pleinement. lis se font en tous pays les propagateurs de leurs ouvrages. Crâce à eux les Pays-Bas, I'Angleterre, la région rhénane, applaudissent la poésie française et en tirent profit; I'ltalie même y retrouve son bien et y rajeunit les formes usées de la sienne. C'est un triomphe national que nul ne con teste et qui prolonge hors de nos frontières, même quand iI s'affaiblit chez nous après Malherbe, I'écho du grand Iyrisme de Ronsard.
FRONTISPICE du Térence de Treschel (1493). Cest ainsi que les humanistes, à I'extrême lin du xv" siècle, se représentaient la scène romaine.