‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 240 sur 402 · I. - Les genres dramatiques hérités du moyen âge · texte numérisé non relu

I. - Les genres dramatiques hérités du moyen âge

On trouVera sur Ie Théâtre de la Renaissance une étude d' ensemble d' Eugène Rigal dans l'Histoire de la langue et de la littérature française publiée sous la direction de L. Petit de Julleville, t. lll. Le même auteur a donné ensuite Ie Théâtre français avant la période c1ass;que, 190 I, et De Jodelle à Molière, 1911, Les livres d'ensemble sont, pour la tragédie, ce/ui d' Émile F aguet, la T ragédie française au XVI C siècle, 1883, ct, pour la comMie, ee/ui d' Eugène Lintilhac, Histoire générale du théâtre en France, t. ll, 1906, Gustave Lanson a publié deux importantes études sur les origines de la tragédie en France: Comment s'est opérée la substitution de la tragédie aux mystères et moralités (Revue d'histoire littéraire de la France, 1903), et I'Idée de la tragédie en France avant Jodelle (Ibid., 1904), Les principaux reeueils de textes sont celui de Viol/d- Ie-Due, Ancien théâtre françois (Bibliothèque e/zévirienne), t, IV-Vll (1855-1856), ct ce/ui d'Edouard Fournier, Ie Théâtre français au XVI C et au XVIIC siècle, 1871. LES SPECTACLES DE PARIS A u DÉBUT DU XVI C siècle iI n 'y avait pas, dans Paris, de troupe permanente de eomédiens. Mais il existait trois sociétés d'amateurs.

La première était celie des Confrères de la Passion, Les lettres de Charles VI qui les avaient établis en 1402 furent confirmées par François ler en 1518. IIsjouaientà I'hôpital de la Trinité. Cet hôpital avait été fondé par deux Allemands, hors de la porte Saint- Denis, pour reeevoir les voyageurs après la fermeture des portes de la ville, L'æuvre avait été abandonnée, et I'hôpital appartenait aux religieux d'Hermières en Brie, lesquels louèrent aux Confrères une salle au rez-de-chaussée, de 2] toises sur 6, soutenue par des arcades, Les Confrères y représentèrent jusqu'en 1539, où ils durent déloger, la maison étant redevenue hôpital. lis prirent alors à loyer une partie de I'hôtel de Flandre; mais I'hôtel fut loti et vendu

criée, sur I'ordre du roi, à la fin de 1543. Les Confrères achetèrent, sur Ie terrain de I'hôtel de Bourgogne, une masure de 17 toises sur 16, donnant sur la rue Neuve-Saint-F rançois et sur la rue Mauconseil. Le contrat fut passé Ie 30 avril 1548. Les Maîtres et Couverneurs de la confrérie étaient alors Jacques Ie Roy et Jehan Ie Roy, maîtres maçons à Paris; Nicolas de Cendreville, courtier juré de chevaux, et Jambefort, maître payeur.

La seconde société est celie de la Basoche. Les c1ercs du Palals

UNE SCÈNE DES ADELPHES. -Illustration tirée du Térence de Roigny (552).

qui la composaient jouaient trois fois par an, La représentation des mystères étant réservée aux Confrères de la Passion, les Basochiens jouaient des moralités, des procès comiques et des farces, OÙ ils mettaient hardiment des aventures privées. En 1476 et en 1477, Ie Parlement, pour des causes qui nous sont inconnues, leur fit défense de jouer. (( La Cour, disait I'arrêt du 19 juillet 1477, a défendu et défend à Jehan I'Esveillé, soi-disant roi de la Basoche, Martin Houssy, Theodat de Coatnanpran, et autres ayans personnages, de jouer farces, moralités ou sotties, au Palais de céans, ne ailleurs, jusques par la dite cour en soit ordonné, sur peine d'être battus de verges par les carrefours de Paris et de banissement de ce royaume. )) Louis XII. qui succéda à Charles VIII en 1498, habile à se servir de I'opinion, leur permit au contraire de dresser leur théâtre sur la table de marbre qui existait dans la grande salle du Palais, et qui fut détruite par un incendie en 1618. En 1515, quand F rançois Il'T, faisant son entrée à Paris, vint à I'Hôtel de Ville, les Basochiens furent introduits devant lui, représentèrent une farce et exécutèrent des danses.

Les Enfants sans-souci sont une société qui se forma, selon les frères Parfaict, de quelques jeunes gens de famille, ou plutôt, selon Lintilhac, dans la libre bohême de tous les temps. lIs sont gouvernés par Ie prince des Sots et par mère SoUe. Leurs pièces, dont les personnages sont des sots de diverses espèces, se nomment souies. Les représentations avaient lieu d'ordinaire à la Halle. Le règne de Louis XII, de même que pour les Basochiens, est une époque brillante pour les Enfants sans-souci. Nous I'avons vu : i\1arot est des leurs, et Pierre Gringore, qui composa, sur I'ordre du roi, la fameuse souie du mardi gras de 1512, OÙ mère SoUe représente I'f.glise qui veut disposer du temporel des princes. Enfin c'est un autre type d'Enfant sanssouci que ce compagnon de Gringore, ce Jean de I'Espine, dit du Pont-Allais, bateleur et sauteur, lequel avait ses tréteaux près du pont des Alles.

Entre ces trois sociétés, Confrères, Basochiens, Enfants sans-souci, il se fit un échange de répertoires. Le prince des Sots reçut des Basochiens la permission de représenter des moralités et des farces: illes autorisa en retour à représenter de!' souies. De leur côté, les Confrères, pour rappeler Ie public, qui désertait leur théâtre, mêlèrent aux mystères des scènes burlesques, dites (( Jeux de pois pilés n, et pour les jouer firent appel au prince des Sots et à ses sujets. François Il'T fut un prince moins libéral que Louis XII. Les satires politiques furent d'abord interdites, Les particuliers dont les galanteries étaient jouées publiquement se plaignirent. Les représentations des Basochiens cessèrent. En 1584, leur historien, Pierre de 1\1iraulmont, en parle au passé. Au contraire, celles des Enfants sans-souci sont encore citées en 1585. II semble qu'elles aient compris à I'ordinaire une souie, puis une moralité, puis une farce pour finir. Les Confrères, de leur côté, avaient reçu un coup lort rude en 1548. CeUe année-là, ayant terminé les travaux de l'hôtel de Bourgogne, ils demandèrent au Parlement la permission d'y commencer leurs spectacles, Le Parlement, par arrêt du 17 novembre 1548,les maintintdans leur privilège; mais en même temps il leur ordonna de ne jouer sur ce même

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théâtre que des sujets profanes, licites et honnêtes, avec défense d'y représenter aucun mystère de la Passion, ni autres mystères sacrés. II restait aux CO"lfrères Ie droit de jouer des histoires profanes, comme la Destruction de Troyes ou Ie Siège d'Orléans; ou des pièces romanesques, comme Huon de Bordeaux, ou Grisélidis, imprimée sous Ie nom de mystère en 1559: ou des moralités, comme r Enfant de perdition, imprimé à Lyon en 1608. En 1597, Henri IV leur rendit I'autorisation de jouer des mystères sacrés. I\lais Ie Parlement renouvela I'interdiction Ie 28 novembre 1598. CeUe fois les Confrères, qui depuis 1588 \cuaient leur salle à des comédiens, leur confièrent définitivement I'exploitation de leurs privilèges. LE THÉATRE EN PROVINCE En province, la situation est diflérente. Tantôt on trouve des confréries pieuses qui donnent des représentations, tantôt des associations temporaires de prêtres et de laïques, tantôt des régents et des maîtres d'école avec leurs écoliers; mais il existe aussi des comédiens de profession. Au milieu du siècle on aperçoit un peu partout des troupes ambulantes, à Amiens, à Rouen, à Bordeaux, au 1\1ans, etc. On possède Ie contrat de louage de l\larie Ferré, femme d'un bateleur, et qui elle-même s'engage par-devant notaire envers deux joueurs d'histoires pourreprésenter (( ystoires morales, farces et soubresaux n. Les spectacles avaient lieu parfois dans des salles permanentes. On en connaÎt une à Lyon, de 1540 à 1550, avec trois galeries superposées et des bancs au parterre. On en connaÎt une à I\leaux, de 1547 à 1549 : c'est un théâtre de bois couvert de toile avec des gradins de planches, et des loges tout autour fermant à clef : sous la scène Ie sol était creusé, (( par Ie moyen de quoi se faisaient de belles machines n.

Les pièces étaient parfois des mystères, qui, interdits à Paris, ne I' étaient pas en province. Seulement, la défiance et \'opposition croissaient. Les mystères progressivement supprimés, restaient les moralités et les farces. En 1561, Scaliger dans sa Poétique ne connaÎt qu'e1les.

Ces vieux genres, qui se sont d'ailleurs fort mêlés entre eux, périssent peu à peu, sans qu il soit aisé d'en marquer la fin. lis se fondent en partie avec les genres nouveaux. Quelques-unes des premières tragédies, comme I'Abraham sacrifìant de Théodore de Bèze (1550), sont encore des mystères, La T ragédie françoise de Jean Bretog (1571) est une moralité, dont les personnages sont Ie Serviteur, V énus, Chasteté, la Femme, Jalousie, Ie Mari, etc. La comédie classique, avec son goût de corriger les mæurs, avec ses caractères abstraits comme des allégories, devra b:.-aucoup aux moralités. Quant à la farce, elle est sans contredit Ie plus vivace des anciens genres. Non seulement elle se mêle à la comédie nouvelle, mais elle survit avec une extrême faveur à Paris jusqu'en 1635, et plus tard encore en province. C'est de la

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LE DÉCOR DE LA COMÉDlE. - D'après I"ouvrage de Sebastiano Serlio it Primo Libra J'architetlura (édition de Paris. 15451. Les pièces Irançaises du XVI" siècie ont été jouées dans des décors im.tés de modèles ital'ens.

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