I. - Les romans imités de l'antiquité
$ Romans du cycle d'Alexandre. Le fragment qui nous reste du plus ancien de ces romans, ce/ui d'Albéric, a été publié par Paul Meyer, Alexandre Ie Grand dans la littérature française du moyen âge, 2 vol" 1886. On trouvera dans cet ouvrage des analyses, des extra its et un classement de tous ces romans, dont plusieurs sont encore inédits, Celui de Lambert Ie Tort et de ses continuateurs a été pub/ié par H. Miche/ant, les Romans d'Alexandre (t. XIII de la Bibliothekdes literarischen Vereins in Stuttgart), 1846, Contes en vers tirés des Métamorphoses d'Ovide : Piramus et Tisbé, p. p. C. de Boer (collection des Classiques français du moyen âge), 1922; - Narcissus, p. au t. IV, p. 143, du Recueil de fabliaux et contes de Barbazan et Méon, 1808;- Philomena, poème de Chrétien de Troyes, p. p. C. de Boer, 1909, Ces poèmes appartiennent tous trois à la seconde moitié du XII" siècle; on peut dater aVec plus de précision, vers ran 1165, Ie conte de Philomena.
Le Roman de Thèbes, p, p, Léopold Constans, 2 vol. (S. A, T,), 1890.
Le Roman d'Eneas, p.
p. ].-]. Sa/verda de Grave, dans la Bibliotheca normannica, Halle, 1891. Le Roman de Troie, p. p.
Léopold Constans, 6 vol.
Voir Edmond Faral. Recherches sur les sources latines des contes et romans courtois du moyen âge, 1913,
Le cycle d'Alexandre Ie Grand. - Au II C siècle de notre ère, un romancier grec, Ie Pseudo- Callisthène, avait composé une histoire fabuleuse d'Alexandre Ie Grand. Elle fut traduite en latin, au IV C siècle, par un certain J ulius Valerius, et cette traduction fut, à I'époque carolingienne, résumée en un Epitome. Que\que trois siècles plus tard, cet Epitome fut exploilé par un poète, Ie premier, à notre connaissance, qui ait imaginé de célébrer en langue vulgaire des héros de I'Antiquité profane, comme d'autres autour de lui célébraient Charlemagne et les douze pairs.
Son poème sur Alexandre rappelle à bien des égards les chansons de geste : il est écrit, comme la Chanson de Gormond, en vers de huit syllabes, groupés par laisses monorimes. Le minnesinger Lamprecht, qui Ie traduisit en allemand vers I'an 1132, dit que I'auteur s'appelait Albéric
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LE ROMAN D'ALEXANDRE - Prise de Thèbes (B. N" ms. français 24366),
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LE ROMAN DE TROlL - Pâris et Hélène font leur enlrée à Troie (8. N" fonds français, 301),
Les romans de Thèbes, d'Eneas, de Troie, - Après Ie poème d'Albéric, Ie plus ancien des poèmes imités de I'Antiquité est Ie Roman de Thèbes. II date de I'an 1150 environ. L'auteur, dont Ie nom nous est inconnu, a pris pour modèle la Thébaïde de Stace, livre très lu dans les écoles. II I'a d'ailleurs interprétée librement, taillant et rognant selon sa fantaisie, et I'enrichissant aussi par des procédés qui feront fortune après lui. 11 l'agrémente d'épisodes, batailles, conseils de princes, ambassades, éloges funèbres, ruses de guerre, qu'il imagine à I'imitation des chansons de geste ou de certaines chroniques des croisades, II se plaÎt à composer des portraits, pour lesquels iI use d'une formule invariable, qui consiste à énumérer dans un ordre constant et selon un canon établi une fois pour toutes les perfections physiques de ses personnages : trait curieux, parce qu'il applique ici une règle d'école, à laquelle tous les autres romanciers vont désormais se soumettre. II se plaÎt aussi à décrire des objets matériels ou des animaux, et à orner ses descriptions d'éléments merveilleux qu'il va chercher dans les écrits les plus divers, chez Ovide, dans I' [lias latina (abrégé de r Iliade dont Ie moyen âge fut forcé de se contenter), chez Pline, chez Solin. Surtout il s'ingénie, bien que la tragique histoire des Labdacides ne s'y prêtât guère, à parler d'amour: iI invente de toutes pièces un épisode gracieux OÙ Parthénopée s'éprend d'Antigone, la requiert d'amour et I'obtient de sa mère; il transforme la scène désolée de la Thébaïde, OÙ, à la mort d'Aton, Ismène pleure avec Antigone sur I'atroce destinée de leur famille, en une conversation toute consacrée aux soucis amoureux des deux sæurs; et ainsi, souple, ingénieux, ce poète a su, dans Ie sombre poème latin, tailler une place pour I'aventure sentimentale, Une dizaine d'années plus tard, vers I'an 1160, un autre poète traita Virgile comme Stace venait d'être tra:té. Clerc tout imbu des doctrines de I'École, habile à dessiner des porlraits selon les formules enseignées, rompu à lous les procédés de la rhétorique, I'auteur du Roman d' Eneas imite excellemment I'auteur du Roman de Thèbes, 11 adopte Ie mètre nouveau, I'octosyllabe rimant à rimes plates, inauguré par son devancier; il hérite de sa poétique, il enchérit encore sur son goût de la description et sur son érudition. Cest ainsi que, avide de merveilleux, iI introduit en son renouvellement de I' Enéide des animaux fantastiques, com me ces oiseaux calades qui prédisent aux malades leur guirison ou leur morl; comme ces chevaux marins, nés de cavales fécondées par Ie venl, qu'il attelle au char de !\Iessapus : il a fouillé, pour les découvrir,les commentaleurs de Virgile et les anciens mylhologues, de même qu'il a recouru aux traités latins qui décrivent les monuments de Rome ou les Sept merveilles du monde pour bâtir Ie Capitole de Carthage, édi/ìce si son ore qu'on n'y pouvait parler sans