LES RO:\1ANS COURTOIS
être entendu de toute la terre; ou Ie tomb au de Cam;lIe: ce tombeau prodigieux, qui repose sur une co!onne unique, est fait d'étages qui débordent les uns sur les autres et qui s'évasent; des lampes inextinguibles y brûlent; des automates s'y meuvent et semblent vivre: un miro:r magique Ie surmonte, qui se tourne de lui-même vers toute région où menace une révolte contre Rome et qui reAète, de si loin qu'elles viennent, les armées des rebelles. Noire po te suit encore, il va sans dire, son maître, I'auteur du Roman de Thèbes, en ce qu'il recherche avec la même prédilection les scènes d'amour. II a la>gement ampli/ìé I'histoire de Didon, et tandis que Virgile se contente d'annoncer Ie mariage d'Énée avec Lavinie, iI n'a pas manqué de composer à ce sujel un épisode de seize cents verso Son or:ginalité, dans ces II farcissures II, consisle à associer ingénieusementOvideà \ïrgile, Avant lui déjà I'auteur du petit po me de Piramus et Tisbé avait introduit Ovide dans les cercles courtois, bientôt suivi par les auteurs du poème de Philomena et du r;oème de Narcissus: il n'y eut pas au Xll e siècle un classique plus lu, plus admiré, plus imité, en latin et en français, que I'auteur de I'Art d'aimer, des Remèdes d'Amour, des Métamorphoses, des Héroïdes. Mais Ie poète d' Eneas I'a exploité avec une ingén:osité supérieure, et sa manière large, aisÉe, abondante, s'im osa. II devint en quelque s:>rte Ie législateur d'un genre nouveau : d sormais, dans tous les romans courto:s, il S' ra de règle que les amants, ins;:irés par Ovide et par lui, décr:vent, en de longs monologues intimes, leurs sentiments, débattent des prob!èmes de casuistique amoureuse, et, travaillés par l'insomnie et la /ìèvre, d:scourent sur Ie dieu d'AJrour, sur la douceur ou sur la cruauté de ses lois, sur ses Aèches d'or qui font aimer, sur ses Aèches de plomb qui font haïr.
Vers 1165, BenoÎt de Sainte-Maure composa son Roman de Troie. II uti!isait Ie De excidio Trojæ, attribué à un Phrygien, Ie pseudo- Darès, puis (à partir du vers 24425) I'Ephemeris belli Trojani auribuée à un Crétois, Ie pseudo-Dictys: Ie Phrygien et Ie Cr tois étaient censés avoir vu de leurs yeux les événements, I'un comme aS5iégé, I'autre comme assiégeant. Ces guides n'oflraient à BenoÎt de Sainte-Maure qu'une courte et sèche narration: ill'a développée en 300000ctosyllabes. Son ouvrage n'est d'ailleurs qu'une coulée de plus da!ls un moule déjà tout façonné, celui qu'avaient construit les auteurs des romans de Thèbes et d' Eneas. C'est à leur exemple qu'il multiplie les épisodes galants : amours de Jason et de l\1édée, de Diomède et de Briséis, d'Achille et de Polyxène: à leur exemple aussi qu'il emprunte à toutes sortes de livres des ingrédients pour ses
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LE ROMAN r: TROlL -Hector, blessé au visage. est soigné dam une chamblE d'albálre, dlte la "chambre de beautés D, que parenl quatre statues aroimées et enchantées. Andromaque Ie maintient assis, tandis qu un médecin Ie panse. Au pied de son lit, sa sreur Polyxène et dame Hélène : "Assez en ant sou. vent parlé - Laquel en tienent a plus bele - Ou dame Heleine au la pucele. D (8. N" fonds français, 301).
descriptions. II rêvait, iJ nous I'a conlié quelque part, d'écrire un jour une Imaf.[e du monde en vers, OÙ il eût dinombré toutes les curiosités de la terre; en attendant, iI a déversé dans son roman une masse de renseignements géographiques, zoologiques, cosmologiques, minéralogiques, ethnographiques. On s'étonne que cette ivresse d'érudition fermente dans I'esprit de romanciers qui visent des publics mondains : et pourtant I'infusion violente du savoir c1érical dans la littérature courtoise est I' un des traits constitutifs de cette littérature.
Par la place qu'ils avaient ménagée au merveilleux, par I'insertion qu'ils avaient faite de I'histoire d'amour dans la trame de I'aventure chevaleresque, les romans imités de I' Antiquité avaient établi une formule d'art nouvelle :
c'est cette formule qu'appliqueront un grand nombre de trouvères, et, en premier lieu, ceux qui mettront en æuvre la II matière de Bretagne )).