‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 259 sur 402 · V. - Mémoires et ouvrages d'histoire · texte numérisé non relu

V. - Mémoires et ouvrages d'histoire

:; Celie époque dramalique éprouva Ie besoin de se raconter. Dans les deux camps des Mémoires s'élaborent: Mémoires du duc de la Force, du maréchal de Vieilleville (voir Charles Marchand, Ie I\laréchal de VieilIevilIe, 1893): mémoires de Sully, de Marguerite de Valois (édition procurée par Paul Bonnefon, 1921); Journal de Pierre de l' Estoile, et tant d'autres. Sur ces auteurs, consulter Henri Hauser, les Sources de I'histoire de France, XVIC siècle, 1906- 1916. Nous nous arrêterons seulement aux Commentaires de Blaise de Monluc. lis ont été publiés d' abord en 1592 (S. .1'.1 illanges, Bordeaux), de façon très incorrecle. Monluc en avait composé en 157'-1572 une première rédaclion, que nous ont conservée deux manuscrits de la Bibliothèque Nationale. Mais il n'a

N É EN 1502, Blaise de Lasseran-Massencome, seigneur de Monluc (château situé près de Damazan en Guyenne), servit de très bonne heure Ie duc Antoine de Lorraine, d'abord comme page, puis comme archer, A partir de 1521, it sera de presque toutes les guerres, II està La Bicoque (1522), à Pavie(1525), OÙ iI est fait prisonnier. II prend part à I'expédition de Naples (1527), it combat à Cerisoles (1544). Gouverneur de Sienne, il défend héroïquement ceUe vilIe contre les Impériaux (\555); il est ausiège de ThionvilIe (1558). II reçoit sous Charles IX la lieutenance générale de la Guyenne, la province la plus agitée de France; it est mêlé aux troubles des années 1560 et 1561, puis aux trois premières guerres de religion. Au siège de Rabastens (juilIet 1570), il reçoit une terrible arquebusade, qui I'obligera Ie reste de sa vie à porter une sorte de masque, ce quïl appelIe un II touret de nez )). II a franchi, depuis Ie grade d'enseigne, tous les degrés de la hiérarchie militaire, quand il reçoit, en 1574, Ie bâton de maréchal de France. II a assisté, dit-i1, à cinq batailles rangées, il a dix-sept fois donné I'assaut à des forteresses, it a soutenu onze sièges, il a combauu dans plus de deux cents escarmouches. II mourut en 1577, dans son château d' Estissac en Agenais. Monluc contait volontiers ses aventures de guerre, et François ler aimait à lui faire redire son récit de la batailIe de Cerisoles, Brantôme, qui I'a beaucoup fait parler, lui reconnaÎt II une fort belIe éloquence militaire )). Mais il n'avait rien du lettré ni de I'homme de plume. Sïl se mêla d'écrire, ce fut un grand hasard et I'effet d'une mésaventure. T ombé en disgrâce en 1570, il venait de perdre Ie gouvernement de la Guyenne, et comme on s'appliquait alors, en vertu du traité de Saint-Germain, à restituer aux protestants les biens qui leur avaient été indûment enlevés, des plaintes s'élevèrent contre sa gestion : iI prit peur. Pour défendre à la fois sa réputation et la grande fortune quïl avait amassée, il décida d'écrire au roi et d'énumérer les services rendus par lui au cours de quatre règnes. Bientôt il cessa d'être inquiété : il reçut de Charles IX une II leure d'abolition )) et un bon de titre de pension (avril 15 72). Son plaidoyer devenait sans objet, mais iI se trouva qu'à I'écrire il avait pris Ie goût de raconter sa vie. II revient donc à son manuscrit, mais c'est désormais à la postérité qu'il songe: il aspire à la gloire de César, d'où Ie titre quïl choisit : les Commentaires. II amplifie sa première rédaction, la pré-

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